Ukraine : faites du commerce, pas la guerre

Libre échange commerce

Quelle est la bonne approche à mettre en oeuvre face à la situation en Ukraine ?

Par Patrick de Casanove.

Libre échange commerceChacun connaît les événements dramatiques qui se déroulent en Ukraine depuis plusieurs mois. Malheureusement personne ne cherche vraiment  à calmer le jeu. Le pouvoir de Kiev envoie l’armée, les milices prorusses étendent leurs actions, les Russes attendent que le fruit soit mûr, les États-Unis, plus ou moins bien suivis pas les Européens,  se lancent dans les sanctions économiques.  Les hommes politiques occidentaux sont devant un dilemme : comment exister aux yeux de leurs opinions publiques en tant que champions de la liberté, sans en avoir les moyens et sans y laisser de plumes. Les sanctions économiques sont le moyen de coercition utilisé par ceux qui ne veulent pas « y aller » parce que personne n’est prêt à en supporter le coût, tout en donnant l’impression d’agir mais à moindre frais. Le but de ces sanctions est que la partie des élites russes très impliquée dans les échanges internationaux fasse pression sur leur gouvernement pour que celui-ci se couche. Résumer de cette manière met en évidence toute la difficulté de cette attitude et tout ce qu’elle a d’aléatoire quant aux résultats.

L’histoire montre que les sanctions économiques atteignent rarement leurs objectifs. Comme toutes les prohibitions elles sont contournées. Elles encouragent la coopération entre états parias qui, pour cela, peuvent en oublier leurs désaccords  idéologiques. Elles détournent les flux commerciaux vers des pays qui n’appliquent pas de sanctions. Elles sont à double tranchant quand elles visent un pays puissant.  Si elles font toujours souffrir les habitants des pays cibles les dirigeants restent en place. C’est le cas par exemple en Iran, en Corée du Nord ou à Cuba. Les gouvernements en sont parfois renforcés parce que les populations rendent les sanctions responsables de leurs malheurs. Dans ce cas l’effet est inverse à celui attendu. C’est flagrant pour Cuba où il est intéressant de remarquer que l’embargo américain est présenté par les « progressistes » de tout poil comme un blocus et comme responsable de la ruine de Cuba. Cet embargo a détérioré l’image des États-Unis. Il apporte encore aujourd‘hui de l’eau au moulin de tous ceux qui, de par le monde, combattent « l’impérialisme yankee ».  Le régime cubain gagne ses galons de victime résistant à l’oppression. Le communisme mortifère est dédouané.

Enfin et c’est le plus paradoxal, les sanctions économiques laissent le champ libre à la force et mettent au premier plan l’action violente terroriste ou militaire. En excluant la concurrence économique la confrontation peut devenir facilement guerrière.  Un concurrent devient un adversaire, il faut peu de choses pour en faire un ennemi.

Dans le cas de l’Ukraine force est de constater que la Russie est mieux préparée au rapport de force que les Occidentaux.  Leur point faible n’est pas le soldat, ni même « l’arrière ». Le point faible est le politicien occidental. Ce dernier est  beaucoup plus pusillanime et manque de ténacité dans les conflits qu’il décide pourtant fréquemment. L’Irak et l’Afghanistan, pour ne citer qu’eux, sont là pour en témoigner. Qui plus est, qu’on le veuille ou non, Vladimir Poutine défend son pays. C’est un avantage. Il est impossible de faire fi de l’histoire et de la géographie. Les Occidentaux ne défendent pas les leurs mais un principe. Le sacrifice doit avoir un sens. Les soldats Russes sont prêts à mourir pour la Russie. Les Occidentaux ne sont pas prêts à mourir pour l’Ukraine. Les rodomontades sur l’absence d’armée européenne n’y changeront rien. La faiblesse des armées nationales en Europe étant d’ailleurs de mauvais augure.

Ce que craignent les régimes dictatoriaux ou totalitaires ce n’est pas l’épreuve de force qui est leur terrain de prédilection,  c’est le libre-échange dont fait partie la libre circulation des personnes. C’est pour cela qu’ils construisent des murs.  L’histoire nous apporte de nombreux exemples de concurrence entre systèmes économiquement libres et moins libres. Il suffit de citer l’Allemagne de l’Ouest et de l’Est, la Corée du Sud et du Nord, La Chine continentale et Taiwan, la Chine communiste avant et après son ouverture au marché, sans oublier les États-Unis et l’URSS. Le système capitaliste a montré qu’il est plus juste et plus efficace.

Il est plus malin d’affronter un adversaire sur un terrain qui ne lui est pas favorable. Historiquement ce qui a fait la spécificité de l’occident c’est l’émergence de la  philosophie libérale qui repose sur les Droits naturels individuels : la Propriété, la Liberté, la Personnalité. Ce sont ces valeurs qui lui ont permis d’accéder à la puissance et à l’abondance. C’est son terrain favorable,  celui de la liberté économique, du libre choix et de la concurrence. Sur ce terrain la ténacité de l’Occident ne fait pas défaut.

Frédéric Bastiat écrit dans Échange : « Simplicité dans les gouvernements, respect de la dignité individuelle, liberté du travail et de l’échange, paix entre les nations, sécurité pour les personnes et les propriétés, tout cela est contenu dans cette vérité: les intérêts sont harmoniques.»  La liberté économique et le libre-échange sont facteurs de paix. Le protectionnisme et  la coercition économique sont causes de conflits.  Pour sortir de la crise par le haut la voie de la sagesse impose la liberté économique comme  moyen de paix et de stabilité.

Une partie de l’Ukraine est attitrée par l’Europe, une autre par la Russie. Les Occidentaux soutiennent les uns, les Russes les autres. L’intérêt de tous est que les parties concurrentes y compris les Occidentaux et Russes échangent. Ouvrons la compétition économique.  Que les Occidentaux influencent leur poulain pour qu’il donne la liberté économique aux individus vivant sur les territoires qu’il contrôle. Que la Russie agisse comme elle l’entend dans les siens. La partie la plus économiquement libre sera vite la plus prospère. Bien sûr une liberté même médiocre comme celle qui prévaut en France (70ème rang mondial avec une note de 63,5 au classement 2014 de l’Index of economic freedom que publie chaque année Heritage Foudation.) serait quand même efficace. Mais le succès sera d’autant plus net et rapide que la liberté économique sera  grande. Donc il faut une  véritable liberté économique de combat qui mérite une note de plus de 80  Note difficile puisque seuls six pays l’ont obtenue en 2014 et sont donc économiquement libres. À la longue la liberté finit par triompher et par s’étendre sans effusion de sang.  Elle met également fin à la corruption. Il n’y a personne à corrompre parce qu’il n’y a pas de faveur ou de passe-droit à acheter. La liberté économique stimule. La partie la moins libre devra à un moment ou à un autre s’y convertir sous peine de se retrouver marginalisée et de passer à côté du train de la prospérité.

Il vaut donc mieux faire du commerce que la guerre. Le libre-échange engendre des intérêts croisés qui induisent des relations pacifiques parce que mutuellement avantageuses. La liberté économique fait d’un adversaire un concurrent. Plus personne n’a intérêt au conflit. Dans ce contexte la confrontation physique n’a plus de raison d’être.

Tout le monde y gagne. Les Russes sont maîtres des fonctions régaliennes sur les territoires où s’exerce historiquement leur souveraineté.  Il en est de même pour le gouvernement Ukrainien sur le reste du territoire. Ce qui ne gêne en rien les habitants quels qu’ils soient. Ils sont individuellement libres et maîtres de leur vie car les États ont des pouvoirs limités à la protection des libertés individuelles. Les Occidentaux ont atteint leur objectif d’extension des libertés. Russes et Occidentaux ont sauvé la face.  L’Ukraine est sortie de la crise et a retrouvé la prospérité fruit de la liberté économique.

Le point délicat est que cette solution dépend de la sagesse des hommes politiques. Ce n’est pas la chose la mieux partagée.