Le CSA, censeur ultime des écrans

Les pouvoirs du gendarme de l’audiovisuel pourraient être étendus, notamment en matière de régulation d’internet.

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Le CSA, censeur ultime des écrans

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 2 mai 2014
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Par Emmanuel Bourgerie.

CSA

Au cours de ce mois d’avril, l’État continue de jouer les parents hyper-protecteurs en tapant sur les doigts de France Télévision pour un épisode de la série Plus Belle la Vie. La raison ? Deux des personnages ont parlé de cannabis, ce qui a choqué de nombreux téléspectateurs, au point que France Télévision a reçu de nombreuses plaintes et que le CSA s’est permis de leur adresser un avertissement.

Il est tout d’abord intéressant de noter que ces téléspectateurs auraient pu se contenter de changer de chaîne, mais non, quand quelque chose de « choquant » apparaît à l’écran, il faut que ces braves justiciers de la télé fassent pression pour interdire aux autres de pouvoir regarder ce programme. J’attends impatiemment la diffusion de Breaking Bad à une heure de grande écoute…

Cela semble anecdotique, et ça l’est sans aucun doute. La télévision, bien qu’ouverte à la concurrence, a toujours été un terrain dominé par l’État où le CSA y fait la pluie et le beau temps. Sauf que derrière la télévision, le gouvernement prépare une loi pour étendre les pouvoirs du CSA à Internet et en faire le nouveau régulateur des écrans. Ce genre d’ « anecdotes » prend alors une tournure plus inquiétante.

Comme par hasard, on retrouve la ministre de la Culture aux manettes de la régulation d’internet. Il faudrait un jour prévenir nos chers politiques (de gauche comme de droite) qu’internet, c’est autre chose que pirater des films et regarder des tutoriels de bombes artisanales…

En effet, la ministre de la Culture Aurélie Filippetti a annoncé que dans le texte à venir le CSA disposerait d’un nouveau service dédié « à la protection de l’enfance et de l’adolescence et au respect de la dignité de la personne ». Règle numéro 1 en politique pour faire passer les pires horreurs législatives : trouver un joli emballage plein de bonnes intentions, afin que vous puissiez accuser votre opposant de soutenir le terrorisme pédophile néolibéral.

Le CSA mettra donc en place des « listes » de sites respectant ses critères pour alimenter les logiciels de contrôle parental. Pas de quoi s’affoler jusqu’ici me direz-vous, si ce n’est que le gouvernement britannique nous a devancé sur la question et a décidé qu’au nom de la protection des enfants, les sites pornographiques seraient inaccessibles par défaut. Il est maintenant nécessaire de demander explicitement au fournisseur d’accès de désactiver ce filtre.

Mais ne nous voilons pas la face. Derrière la protection de l’enfance se cache un cheval de Troie pour faire ce que Sarkozy lui-même n’a pas osé : réguler Internet à vue et enfin pouvoir museler ce soi-disant espace de non-droit. Nulle paranoïa excessive de ma part, puisque le blocage sans passer par le juge fera partie de la loi, comme nous l’a confirmé Fleur Pellerin. Le PS retourne sa veste et propose la même chose contre laquelle il s’est opposé lors des débats HADOPI et LOPPSI.

Prétendre savoir pour les gens ce qui est bon pour eux est une chose. Prétendre protéger les enfants en passant outre leurs parents en est une autre. Mais en plus, confier à une autorité indépendante le pouvoir de censurer à l’envi sans aucun contrôle judiciaire, au motif que des enfants pourraient voir des choses qui ne sont pas adaptées pour eux, c’est un tout autre niveau dans l’échelle de l’État-Nounou.


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  • Que le CSA commence par bien faire son travail.
    Je ne suis pas du genre à coller mes 3 enfants devant la télé, mais j’en ai une comme la plupart des familles et il lui arrive d’être allumée.
    Quand je vois le nombre de publicités et de bandes annonce, carrément « gore, trash, avec du sang, du sexe, de la violence », qui passent aux heures de grande écoute, notamment sur la première chaine française mais également sur le service public, je me demande ce qu’ils br… au CSA…

    • « je me demande ce qu’ils br… au CSA »

      Et vous, que branlez-vous à laisser vos enfants regarder la télé sans jeter un oeil sur ce qu’ils regardent ?

      • Justement ! je veille au grain et mes enfants ne regardent pas n’importe quoi !
        Je n’ai pas dit que je me servais de la télé comme nounou, mais bon, je constate juste qu’aux heures dites de « grande écoute », il y a de plus en plus de pubs et de bandes annonce qui sont choquantes pour un jeune public et que les missions du CSA (définies sur son site internet) ne sont pas remplies.
        Faut être clair : soit on a organisme qui rempli son rôle à 100%, soit on a en pas et, effectivement je m’adapterais en fonction.
        Dans l’absolu je ne suis pas pour l’une ou l’autre solution, je veux juste qu’on soit honnête avec nous.
        P.S. : moi aussi, j’adore les pubs gore, trash horrible avec du sang du sexe et tout et tout

        • Vous demandez donc au CSA de faire votre boulot. S’il y a trop de choses qui vous paraissent horribles sur le petit écran, éteignez donc la télé.

          • Non, nous voulons qu’ils remboursent ce qu’ils perçoivent pour ne pas faire leur travail. Je n’ai pas la télé.

    • Moi, j’adore les publicités avec du gore, du trash, du sang, du sexe et de la violence. Deux solutions :
      – on se fait la guerre pour faire valoir son propre point de vue auprès du pouvoir (législateur, CSA) ;
      – on laisse les chaînes décider librement, probablement en fonction de l’audience qu’elles font, c’est-à-dire de l’utilité qu’elles procurent aux téléspectateurs.

      Il m’est d’avis qu’une des deux options engendre une société plus paisible que l’autre.

      • On peut aussi condamner l’immoralité totale et assumée de certains spectacles, sans pour autant appeler l’État à intervenir. Dans la vie, le choix ne se résume pas à « Hayek ou Hitler ? »

        • Hibou réponds à un commentaire qui appelle le CSA à « bien faire son travail » : il s’agit donc bien d’appeler l’Etat à intervenir.

          • Cela dit, tant qu’à faire d’avoir un Etat qui met ses doigts partout, et coute TRRESSSSS cher, autant qu’il fasse convenablement le boulot qu’il prétend faire. Et si ce boulot effectivement nous court sur le haricot, on (la majorité non libérale) le réalisera d’autant mieux.

            • Je ne suis pas tout d’accord avec cela. Quand le boulot en question c’est l’éducation ou la santé oui il faut que l’État fasse au mieux le boulot qu’il prétend faire, mais lorsqu’il s’agit de restreindre la liberté d’expression et bien moins l’État est zélé mieux c’est.

              Et la population ne réalisera rien du tout : au contraire chaque atteinte à la liberté les prépareras aux atteintes futures.

            • Je suis d’accord avec la seconde partie de votre proposition (pour restreindre la liberté d’expression… ). Seulement il ne s’agit pas vraiment de cela ici. Il faut que l’institution publique fasse au mieux ce qu’elle s’est théoriquement mêlée de faire (et ce n’est pas de censurer, ou autre, au contraire elle prétend faire respecter les opinions des uns et des autres, et garantir la pluralité). Dans un régime totalement anarcho capitaliste il est probable qu’une organisation (ou plusieurs, en concurrence) s’occupent de réguler ce qui est diffusé sur les différents média, une forme de conciliation entre les envies souhaits des clients divers et actionnaires, sur le terrain très sensible de la liberté d’expression.

              Pour la première partie, par contre je ne suis pas du tout d’accord. Surtout sur l’éducation et la santé, il ne FAUT PAS que l’État s’acquitte correctement de la tâche qu’il s’est attribué (comme il l’a fait en France entre les années 50 et les années 80). Car dans ce cas (et on le voit aujourd’hui) beaucoup penseront alors qu’il est en effet normal, naturel, que l’État s’occupe de cela. J’ai même entendu certains ranger l’éducation dans le régalien. Alors que s’il est bien un domaine où l’État est mauvais et nuisible c’est bien celui de l’instruction, pour ne rien dire de l’éducation qui relève des parents et des enfants seuls, de façon absolue, car c’est une sinon la condition de la liberté.

    • Je suis pour la suppression totale du CSA.
      Laissons les chaines de télé et de radio faire ce qu’elle veulent.
      Si elles ont envie de diffuser 50 mns de pub par heure, qu’elles le fasse, si nous ne sommes pas content, nous en regarderons/écouterons une autre.
      Pour le marquage des films (- 10 ans, -12 ans etc….), nous pouvons regarder le résumé du film avant de le mettre.
      Bref, un organisme qui sait mieux que nous ce qui est bon pour nous, nous contraint à écouter 40% de chansons française, et nous oblige à regarder 20% « œuvres télévisuelles » française, et nous oblige à financer tout ça de multiples fois, est un organisme liberticide qui doit disparaître.

  • De toute façon la mécanique est ultra-rodé. On prend prétexte d’un contre lequel personne n’osera s’opposer (lutte pédo, terrorisme) pour mettre en place le système puis ensuite on l’étends doucement.

    • Adèle: « On prend prétexte d’un contre lequel personne n’osera s’opposer (lutte pédo, terrorisme) pour mettre en place le système puis ensuite on l’étends doucement. »

      Pour ceux qui sont né dans les année 50-70 voir 80 un truc amusant c’est d’essayer de se rappeler comment auraient été perçues à l’époque nombre de lois actuelle.

      La on voit bien l’effet grignotage, un truc qui aurait fait hurler au contrôle totalitaire à l’époque ne fait même plus lever un sourcil actuellement.

  • Je me souviens d’un temps où la série criminelle de référence s’appelait : « les 5 dernières minutes ». Mais bon sang, mais c’est bien sur ! En ce temps la, pas question de scène gore ou de sang (en noir et blan, ça n’aurait pas rendu de toutes façon). La scène la plus violente était celle où l’on voyait l’inspecteur qui regardait le cadavre. On ne voyait pas le cadavre, au plus le bout de ses pieds pour donner un ancrage à la vision d’horreur du brave fonctionnaire.

    Dans les western, les indiens étaient des méchants et il était normal, voir salutaire de les tuer. Ils mourraient proprement par dizaines, sans souffrance et sans hémoglobine, grâce à l’habilité du héro au maniment du 6 coups au barillet toujours garni.

    Autre temps, autres moeurs. Le héro a troqué sa pétoire pour 2 M16, un dans chaque main, dont il se sert avec encore plus de virtuosité pour découper les méchants terroristes en rondelles bien saignantes tout en effectuant des triples salto. A part ça, les réalisateurs d’Holliwood sont de grands humanistes toujours prêts à défendre les grandes causes sociales et écologistes.

    La société évolue, en bien ou en mal, mais on n’y peut pas grand chose. En revanche l’absurdité fait aussi un grand pas en avant. L’irréalité des scènes de guerre ou de sexe est encore plus néfaste à mon sens que les images elles-mêmes. On ne banalise pas seulement la violence ; on la dénature. Un chaton projeté contre un mur est plus insoutenable qu’un combat au sabre au corps à corps. Tout est dans la nature fictionelle de la scène. Mais comment le CSA peut-il juger de l’aspect réel ou fiction d’une scène, sachant en outre que dans les info du 20 heures, les scènes violentes sont à priori bien réelles mais plutot moins trash qu’un dessin animé ?

    • « Je me souviens d’un temps où la série criminelle de référence s’appelait : « les 5 dernières minutes ». Mais bon sang, mais c’est bien sur ! En ce temps la, pas question de scène gore ou de sang (en noir et blan, ça n’aurait pas rendu de toutes façon). La scène la plus violente était celle où l’on voyait l’inspecteur qui regardait le cadavre. On ne voyait pas le cadavre, au plus le bout de ses pieds pour donner un ancrage à la vision d’horreur du brave fonctionnaire. »

      Tellement vrai ! Mais le show-biz est devenu pornographique : il fait son business sur le fait de montrer ce qui ne doit pas être montré. Moins il respecte la pudeur, plus il s’enrichit.

      « on n’y peut pas grand chose »

      Si, si. Mais si on pense qu’on n’y peut rien, alors, on n’y peut rien.

  • « Apres jme suis r’garder Dallas ce feuilleton pourri degueulasse ca fait fremir le populo de voir tous ces enfants d’salauds ces ricains vereux pleins au as y’a l’apologie du ponion »:d une chanson de Renaud il y a fort longtemps.
    Je ne sais plus chez quel blogueur qui avait trouver ce mot a propos de la tv(radio aussi dans une mesure moindre) et son impact chez l individu:formatage..formatage du cerveau.Et ceci de preoccupant « temps de cerveau disponible » de la part d un responsable de chaine..
    Le peu que je connais en informatique,formater un cerveau..euh disque dur,et le terme employer en cas ou ce cer..disque dur n est pas vierge mais a deja un systeme dedans,systeme qui va etre retirer pour en mettre un a nouveau.
    La tv c est tres dangereux disait Renaud..Pas si bete!
    tv acephalisante decerebrante hydrocephalisante lobotomisante sauf peutetre dans de rares emissions.

  • Pour mes enfants, comme pour moi d’ailleurs. Choix sur programme, enregistrement puis visionnage avant de ne diffuser que ce qui convient. Jamais de TV allumée sans surveillance.

    • Je choisissais les chaines quand ils étaient tout petit (Disney), sinon DVD.

      Mais j’ai choisi surtout de leur expliquer très tôt comment regarder la télé et les médias, la différence entre fiction et réalité et comment se poser les bonnes questions par exemple devant les informations: essaient ils de faire jouer nos émotions, qui parle, pourquoi, est ce une réalité globale (a prendre en compte) ou un événement très, très rare (meurtre) qui ne reflète pas ce que sont les humains en vrais etc. etc.

      Ils sont rodés au « qu’on ne voit pas » et je leur répète souvent que « quand un journaliste parle à notre émotion c’est qu’il n’a rien à soumettre à notre raison ».

      Ils sont ado, il n’y a aucun contrôle parental sur leurs tablette/ordinateur, mais je leurs explique les pièges psychologique du porno et de la violence pour qu’ils aient un regard critique si ils en voient. (Il y a toujours un « copain » pour le leur mettre sous le nez de toute façon, mieux vaut les préparer)

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