Valls face au naufrage du socialisme à la française

Les temps sont durs pour les adversaires de l’économie de marché.

Par Kevan Saab.

DISCOURS DE POLITIQUE GENERALE DU NOUVEAU PREMIER MINISTRE, A L'ASSEMBLEE NATIONALE.

Le vote de mardi fut historique à plus d’un titre. Jusqu’à peu, le PS était encore le dernier parti socialiste d’Europe ayant une vision marxiste de l’économie et de la société. Comme prévu, le vote du plan d’économies de Manuel Valls a officiellement fait voler en éclat les espoirs des éléments les plus à gauches de voir l’État agrandir encore plus son périmètre, de pousser la redistribution des revenus encore plus loin tout en laissant doucement filer la dette publique vers des sommets jamais atteints jusqu’alors.

Bien-sûr, Hollande n’a aucun mérite dans cette conversion tardive à ce qu’il appelle la social-démocratie. En réalité cette mutation s’est faite bien malgré lui. Quel aveu d’échec pour le candidat jadis pourfendeur de la finance internationale, des multinationales et des riches de se voir obliger de reconnaître, avec l’adoption d’un pacte de compétitivité, que ses hausses d’impôts sapaient les bases de toute reprise en France.

Évidemment, Hollande n’est pas le seul à avaler des couleuvres. À vrai dire, l’homme ne semble pas avoir de ligne politique claire sur aucun sujet. Gageons que cette énième métamorphose ne l’affecte guère. Ce n’est cependant pas le cas du PS, dont 100 de ses 291 députés signaient il y a encore quelques jours une lettre publique contre le plan d’économies soutenu par Manuel Valls. Un chiffre qui tranche avec l’absence de vote contre le texte malgré tous les appels au blocage par la gauche française ces derniers jours.

Et pourtant, la victoire était à portée de main pour les adversaires du sérieux budgétaire, le texte n’ayant été adopté qu’avec 265 voix pour contre 232, avec plus de 67 abstentions de membres de la majorité pour la plupart. Serait-ce la peur d’une exclusion brandie par la Rue de Solférino qui a forcé les troupes de Martine Aubry au silence complice ? En partie seulement. En fait, le blocage du gouvernement Valls n’est pas une option pour la vieille gauche pour la simple et bonne raison qu’il conduirait éventuellement à une dissolution. Et par les temps qui courent, l’étiquette PS, écolo, ou front de gauche par ailleurs, n’augmente pas tellement les chances de renouveler son siège comme on l’a vu aux municipales. La gauche de la gauche y voit pour responsable la soi-disant politique d’austérité de Hollande à l’Élysée depuis deux ans. Explication grotesque quand on voit la déroute électorale de la gauche et encore plus de l’extrême-gauche aux municipales comme dans les sondages. Ajoutons au passage qu’une majorité des Français semblaient approuver les mesures annoncées par Valls la semaine dernière.

Bref, les temps sont durs pour les adversaires de l’économie de marché. Hier élus triomphalement sur un programme économique anti-entreprises, et aujourd’hui obligés d’accepter à contrecœur une baisse limitée, mais une baisse tout de même, de leurs cotisations sociales afin de tenter de sauver ce qui peut encore être sauvé du tissu économique français.

À voir les larmes de Marie-Noëlle Lienemann, la colère de Marine Le Pen, ou les appels à la grève de l’extrême-gauche, on comprend que la rupture est consommée entre les étatistes et le gouvernement. Avec 50 milliards d’économies annoncés, on est encore loin des coupes nécessaires pour redevenir compétitif. Néanmoins on peut d’ores et déjà célébrer le fait que pour la première fois depuis 40 ans, la gauche parlementaire, le centre et la droite parlementaire soient sur une ligne de rigueur budgétaire et de réformes. En attendant que les modestes réformes de Valls soient exécutées, réjouissons-nous de voir pour une fois les apôtres de la dépense publique marginalisés et écartés du pouvoir, leur programme politique réduit en lambeau par la dure réalité des faits.