Parti socialiste belge, campagne émotions

Elio Di Rupo

Combien d’émotions exploiter dans une campagne électorale et à partir de quelle limite cela devient-il trop ?

Un billet de Corentin de Salle.

Jusqu’à maintenant, le PS semble miser avant tout sur une campagne 100% émotionnelle.

Di Rupo accueille les pandas à l’aéroport avec des peluches à la main ; il exhibe son corps à la piscine, dénude lascivement son dos à la télé flamande, pleure ostensiblement devant les caméras à l’occasion de la cérémonie commémorative du massacre rwandais à la Colonne du Congrès. Quant à Laurette Onkelinx, elle descend en tyrolienne à partir d’une grue en pleine rue ou se déhanche en boubou dans une fête africaine.

Soyons de bon compte : toute élection comporte toujours une part de démagogie et chaque candidat aime jouer sur le registre de la proximité. Mais il y a une marge entre proximité et identification, entre convivialité et travestissement, entre empathie et prostitution électorale. Ces stratégies révèlent en creux la conception que les socialistes se font des électeurs : il faut les cajoler (pandas), les séduire (strip tease), les faire pleurer (paras) et leur faire peur par des arguments également émotionnels et mensongers : Di Rupo nous a ressorti son « bain de sang social » (alors que la réforme fiscale du MR se focalise sur les bas et moyens salaires) et Onkelinx innove avec le « karcher social » (métaphore qu’elle et toute la gauche scandalisée jugeaient pourtant fasciste lorsqu’elle était utilisée par Sarkozy en 2007).

Tocqueville, toujours actuel, écrivait en 1840 ces lignes célèbres :

« Au-dessus de ceux-là s’élève un pouvoir immense et tutélaire, qui se charge seul d’assurer leur jouissance et de veiller sur leur sort (…) il ne cherche (…) qu’à les fixer irrévocablement dans l’enfance ; il aime que les citoyens se réjouissent, pourvu qu’ils ne pensent qu’à se réjouir. Il travaille volontiers à leur bonheur ; mais il veut en être l’unique agent et le seul arbitre (…) que ne peut-il leur ôter entièrement le trouble de penser et la peine de vivre ? » (De la Démocratie en Amérique, 1840, T.II).