L’impossible équation économico-politique de Manuel Valls

La France va payer au prix fort ces erreurs économiques dues intégralement aux choix erronés de François Hollande

Tribune politique de Jérôme Dubus, Conseiller de Paris, Secrétaire National de l’UMP en charge de la croissance.

Depuis l'expulsion de Léonardo, la jeune kosovare, Manuel Valls est sous le feu des critiques de la gauche.

Manuel Valls, à peine nommé et investi a-t-il déjà perdu son pari économique ? La réponse est positive et il n’y peut rien : la principale erreur du gouvernement est bien due à François Hollande qui a cru pouvoir réduire nos déficits en augmentant massivement les impôts sur les entreprises et sur les ménages.

Deux ans plus tard, le résultat a dépassé les prévisions les plus pessimistes : non seulement la croissance a été ralentie par cette nouvelle pression fiscale mais les déficits n’ont pas été réduits. Il a fallu au contraire par deux fois renégocier des prolongations de délai avec la Commission Européenne qui refuse désormais d’en autoriser un troisième. Alors que la plupart de nos concurrents voit leur croissance augmenter, la France stagne et voit passer le train de la reprise.

Cette erreur initiale majeure va coûter très cher à notre pays : peut-être même plus cher que la réduction du temps de travail mise en place par le gouvernement Jospin. Les entreprises paient 17 milliards d’impôts et de charges supplémentaires depuis 2012. Quant aux ménages, ils supportent 30 milliards de prélèvements nouveaux sans compter les nouvelles augmentations qui vont porter leur effet cette année. Aucun autre pays à structure économique comparable n’a connu un tel matraquage fiscal : c’est même le chemin inverse qui a été choisi par la plupart d’entre eux. Résultat : les déficits se réduisent partout, le cercle vertueux de l’économie de l’offre ayant été enclenché par une baisse des prélèvements financés par une baisse de la dépense publique.

La France va donc payer au prix fort ces erreurs économiques dues intégralement aux choix erronés de François Hollande et de ses gouvernements successifs.

Le chemin est d’autant plus difficile à accomplir que la majorité parlementaire, au sein de laquelle subsistent nombre d’archéo-socialistes, traîne les pieds. Ces élus ne pensent qu’à leur réélection et donc à la préservation de leurs clientèles électorales dont les gros bataillons de la fonction publique. Cette majorité attend encore le « grand soir » fiscal : la justice sociale passerait forcément par la taxation des riches, de la finance et des entreprises du CAC 40.

Cette majorité a enfin une vision purement hexagonale des problèmes économiques et n’a toujours pas intégré que depuis 1989, la compétition mondiale s’était accélérée et que toute erreur de politique économique se payait cash !

Alors, on invente en catastrophe des expédients comme le pacte de responsabilité qui ne permettrait que de revenir au niveau des prélèvements de 2011. Quant à la fiscalité des ménages, on imagine en catastrophe un « pacte de solidarité » qui ne pourra que contribuer à creuser encore un peu plus les déficits des régimes sociaux financés par la dette qui pèsera encore un peu plus sur les générations futures.

En réalité, le piège diabolique s’est déjà refermé sur ce nouveau gouvernement, à peine nommé : la croissance n’est pas au rendez-vous ; les déficits vont donc continuer de se creuser malgré la réduction annoncée de 50 milliards de dépenses publiques (ce qui est notoirement insuffisant) et la dette poursuivre son augmentation.

Les résultats économiques du 1er trimestre montrent d’ailleurs que les effets de ce piège s’accélèrent : augmentation des défaillances d’entreprises ; chômage en hausse malgré plusieurs milliards dépensés dans son traitement social ; nouvelle baisse des investissements après une chute de 7% en 2013 ; résultats exécrables de la balance commerciale.

Les recettes sont pourtant connues : il faut mener de front des mesures de court terme permettant de rétablir rapidement la confiance des acteurs économiques et à long terme des réformes de structure profondes pour une véritable politique de l’offre.

Trois décisions devraient être prises dès demain pour rétablir la confiance, une « boîte à outils » autrement plus efficace que celle de François Hollande :

  • Le vote d’une loi qui interdise toute modification de la réglementation des entreprises pendant cinq ans : le vrai « choc de simplification » ;
  • Des mesures fiscales exceptionnelles pour relancer immédiatement l’investissement des entreprises : le vrai « choc de compétitivité » ;
  • Enfin, l’accélération et l’amplification du pacte de responsabilité sans contrepartie et financé par une baisse réelle de la dépense publique à hauteur de 100 milliards sur 3 ans soit 35 milliards dès 2014.

Il n’y aura pas de rétablissement de la confiance des acteurs économiques sans ces trois mesures courageuses que de nombreux pays ont déjà engagées. Faudra-t-il attendre un changement de majorité ? Vraisemblablement. Qu’il intervienne donc le plus vite possible…