Prostitution en ligne : scandale ou satire sociale ?

Et si la banalisation de la prostitution en ligne en disait plus long sur l’ordre moral et l’hypocrisie des honnêtes gens que sur la condition féminine et la perversité du capitalisme ?

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Prostitution en ligne : scandale ou satire sociale ?

Publié le 6 avril 2014
- A +

Par Nils Sinkiewicz.

prostitution« Triste à pleurer ». C’est ce qu’à grand renfort d’indignation médiatique l’opinion retiendra du site de rencontre Seeking Arrangement, spécialisé dans les relations mutuellement avantageuses entre sugar babies (comprendre : « jeunes femmes vénales ») et gentlemen « modernes » (comprendre : « fortunés »). Quand ce n’est pas la dignité de la femme qu’on invoque, c’est la « logique du capitalisme » qu’on dénonce, arguant que l’argent fait faire n’importe quoi à n’importe qui, et notamment aux étudiantes précaires qui se prostituent pour financer leurs études.

Certes, « les relations mutuellement avantageuses ne sont pas étranges, et elles ne sont franchement pas nouvelles », rappelle-ton habilement sur le site, qui d’ailleurs n’est pas le seul à solliciter les informations socio-professionnelles (fourchette de revenus, niveau d’études et autres marqueurs sociaux) de ses abonnés. Mais surtout, cette prostitution qui ne dit pas son nom nous est plus familière qu’on ne le croit.

En fait – et on peut s’étonner qu’un tel lieu commun passe à la trappe quand on parle de prostitution en ligne –, une bonne partie des relations « normales » ont bien moins à voir avec de quelconques sentiments amoureux qu’avec des considérations pour le moins superficielles, comme les revenus ou l’appartenance sociale. Et sur ce dernier point, les contempteurs du matérialisme sont trop obsédés par l’argent pour prêter attention aux expressions non monétaires de la vanité, comme le goût de la particule ou du statut social, si répandu chez les gardiens de l’ordre moral.

Certains crient au double standard, et ils ont raison de le faire. Mais ils ne dénoncent l’hypocrisie des uns que pour en étendre les privilèges aux autres. Or le vrai scandale, c’est moins la prostitution en ligne que ces relations « comme il faut » et autres mariages heureux couvrant de leur vernis moral une réalité parfois plus proche du trottoir que de l’autel.

Il est rassurant d’expliquer le succès d’un site comme Seeking Arrangement par la crise des valeurs morales (argument culturel) et la précarité (argument économique). Mais les sugar babies et leurs sugar daddies ne sont ni plus ni moins corrompus que la moyenne des gens, leur plus grand tort étant de faire eux-mêmes et consciemment les calculs normalement dévolus au milieu, au réseau, à la famille.

Citer les paroles de Jésus sur la paille et la poutre (Mt 7 :3-5) pour s’en tirer à bon compte est une habitude chez les brebis galeuses. Dans le cas présent, les brebis galeuses pourraient bien avoir raison.

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  • Ahhh, un article qui en parle sans détours. Je suis d’accord avec vous , merci 🙂

  • Mais est ce qu’on peut arrêter de parler de ce site qui existe depuis des milliards d’années ? Je ne sais pas pourquoi d’un coup d’un seul tout le monde s’excite avec.

  • « Triste à pleurer ». C’est ce qu’à grand renfort d’indignation médiatique l’opinion retiendra du site de rencontre… »

    Une fois de plus, de quoi se mêle-t-on et juge-t-on ? est-ce qu’on oblige ces « indignés » à fréquenter ce site ? c’est dingue cette manie de vouloir tout régenter dans nos vies et ce dans tous les domaines ! comme le dit si bien l’article :

    « …le vrai scandale, c’est moins la prostitution en ligne que ces relations « comme il faut » et autres mariages heureux couvrant de leur vernis moral une réalité parfois plus proche du trottoir que de l’autel. »

  • Et si la banalisation de la prostitution n’existait que,parce qu’aux yeux de l’état, trop de recettes fiscales lui échappent ?

    Attention bientôt le devoir conjugal sera commenté, jugé, normalisé pour être mieux imposé ( dans les deux cas).

    Finalement tu baises, tu baises pas, tu te fais baiser quand même !

  • « Or le vrai scandale, c’est moins la prostitution en ligne que ces relations « comme il faut » et autres mariages heureux couvrant de leur vernis moral une réalité parfois plus proche du trottoir que de l’autel. »

    Pouquoi réintroduire un jugement moral quand vous cherchez à nous défaire d’un autre ?

    • 1. Il ne s’agissait pas de se défaire d’un jugement moral mais d’en souligner l’hypocrisie.
      2. Critiquer le recours à la contrainte légale est une chose, refuser par principe tout jugement moral et se persuader qu’on parvient soi-même à s’en passer, c’en est une autre. (J’ose espérer que vous ne cautionnez pas tout ce qui est aujourd’hui permis à l’individu.)

      • Merci de cette précision, je ne comprenais pas que vous défendiez la liberté de la prostitution et pas la liberté de se marier par intérêt. J’avais l’impression que vous défendiez le sexe sans amour mais et réprouviez marriage sans amour !

  • Autrement dit y a des gigolos qui se proposent sur le net, et des cougar qui font état de leurs revenus ?

    • net ou pas net, la sexualité a toujours été une question d’argent :

      on voit beaucoup plus de vieux ( ou vieille ) riche et moche marié avec de jeune beautés sans le sous que le contraire…

  • Puisqu’il faut « tout » moraliser et surtout fiscaliser, on pourrait faire imposer un revenu fictif pour les conjoints sans revenus… Ricanements 🙄

  • Article génial !
    Je relate une anecdote vécue il y a quelques jours ici à Santa Cruz de Tenerife.
    Il y a 6 ans quand j’ai décidé de m’installer ici, une amie tenancière d’une tasca, un restaurant bon marché, m’avait accompagné à la banque Bankinter pour y ouvrir un compte. Il y a un certain ordre des choses à respecter quand on s’installe dans un pays européen. Pour pouvoir louer un appartement il faut un compte en banque, mais pour ouvrir un compte en banque il faut avoir une résidence, autant dire que c’est comme un serpent qui se mord la queue. Bref, la préposée de Bankinter m’a regardé de haut avec un air pour le moins méprisant. Puisque je ne parlais pas espagnol, j’étais mal venu. Si tôt dit, si tôt fait. Je suis allé ouvrir un compte à la Deutsche Bank.
    Quand je suis allé payer ma facture d’électricité il y a quelques jours à Bankinter, j’ai raconté mon histoire à une charmante caissière qui m’a écouté poliment puis s’est vivement intéressée de mon cas quand je lui ai déclaré que Bankinter avait perdu un bon client puisque j’avais un compte bien fourni à la Deutsche Bank.
    J’ai menti sur l’état de santé de mes économies mais je voulais apprécier la spontanéité de cette petite employée payée trois francs six sous pour s’occuper de clients improbables comme moi. Quand je lui ai annoncé le montant (astronomique mais fictif) de mes économies, elle s’est levée de sa chaise et m’a spontanément proposé des leçons particulières d’espagnol (nous conversions en anglais, très approximatif de sa part) pour que je puisse m’intégrer à la vie locale et … plus si affinités !
    Comme quoi l’attrait de l’argent est le nerf de la guerre des sexes …

  • C’est du proxénétisme déguisé ce genre de site et les hommes qui veulent acheter des femmes des vermines. Vivement que la loi sur la prostitution passe ça atteints des sommets. Pourquoi pas la vente d’esclave tant qu’on y est ! Au secours.

    • y a des gigolos qui se proposent sur le net, et des cougar qui font état de leurs revenus ?

    • Adèle: « et les hommes qui veulent acheter des femmes des vermines. »

      L’esclavage ayant été aboli (mettre ton logiciel à jour) ils n’achètent pas « des femmes » mais un service.
      Ensuite il s’agit d’un échange librement consenti qui peut aller de la simple sortie à la faveur sexuelle, c’est la fille qui décide personne ne la force.

      Adèle: « Pourquoi pas la vente d’esclave tant qu’on y est »

      Et c’est la ou ton libéralisme de pacotille explose, avec une tel irrationalité et des jugements moraux violent et radicaux tu ne mettrais pas long à cramer tout le monde.

      Juste pour rire, tu ferais quoi et quel peines appliquerais tu a la « vermine » ? :mrgreen:

    • Adèle la super libérale libertarienne qui rêve d’interdire ce qui ne lui plait pas…

      Vendre son cul c’est pas bien, mais vendre son ventre c’est super…

      Du discours, des mots, mais zéro sémantique…

      •  » vendre son cul c’est pas bien, mais vendre son ventre c’est super …  »

        et pourquoi donc ? parce que le cul est en dessous du ventre ? qu’est ce qu’on devrait dire des  » troudeballeurs qui vendent leur pieds …

  • C’est le mal Français, de vouloir imposer une morale utopique quand les peuples resterons toujours libres de leurs coutumes..
    Mais aux termes de la croyance à vouloir protéger une population féminine qui n’en à jamais requis le besoin, la France vient de s’enticher d’une nouvelle prohibition (dont on se serait passés volontiers), celle de la prostitution ou plutôt de ces clients (loi de 2014), une ineptie impopulaire et dégradante.

    Prenant modèle sur un royaume chrétien prohibitionniste, la Suède, notre république se voit empêtrée dans l’usage clandestin de ses coutumes afin d’éviter l’inquisition des meurs alors punis de leurs libertés.
    Alors l’indestructible qui nous habite, ne se soumettra pas aux veux puritains de royaumes croyants et préféreront s’ébattre au détours virtuels de rencontres réelles.

    Ainsi le concept ancestral des maisons closes est réhabilité clandestinement et se déplace à la maison.
    Il faut préciser que la maison close est la seule solution valable et protectrice que l’état refuse d’appliquer, et que comme toute prohibition, elle coûtera cher à l’état et aux citoyens pour indéniablement s’effondrer.

  • On est reviens toujours au même, que ça soit sur les sites de rencontres ou dans la vrai vie, l’hypocrisie liée à l’argent et à tout ce qui l’entoure ne s’arrêtera jamais.

    Ce genre de site met juste en avant un lieu de rencontre où se trouve les personnes qui possèdent énormément d’argent et ceux qui souhaitent justement en profiter. Je connais beaucoup d’endroits à Paris ou c’est également le cas …

  • Les commentaires sont fermés.

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