Blanc bonnet ou… bonnet blanc ?

Faut-il se résoudre à endosser un uniforme dans certaines situations sociales ?

Par Bénédicte Cart.

Réunion cardiologues

Il y a quelque temps, lors d’un déjeuner au soleil, en grande conversation au sujet de tout et de rien, vient une remarque anodine « tiens tu as mis un jean aujourd’hui », bon je suis légèrement vexée mais je ne tiens pas rigueur à mon interlocuteur qui enchaine sur « et pour le travail tu décides de porter un uniforme ? ».

Là c’en était trop pour mon petit égo, je ne comprenais pas et commençais à chercher à savoir ce que mon interlocuteur voulait dire par ‘uniforme’. Me connaissant bien pour savoir à quel point je tiens à ma liberté vestimentaire, me questionner sur l’uniforme au travail avait une teinte angoissante pour moi. Je voyais déjà la scène très précisément : aucun suspens le matin, plus de réflexion, de choix devant mes montagnes de possibilités, arrangements. Non aujourd’hui comme hier, comme avant-hier, les mêmes couleurs, formes… aucune originalité ni fioriture, la joie du matin devrait se transformer en routine amère. Je me suis questionnée, mais bon sang que diable lui était-il passé par la tête pour me parler, à moi, d’uniforme ?

Reprenons. Monsieur faisait peut-être référence au costume pour homme ? Faut-il un équivalent pour femme ? J’ai longtemps eu un travail qui nécessitait de porter un uniforme, sauf que dans la structure où j’étais employée, ma patronne ne m’imposait rien. Et, je m’en suis donné à coeur joie, oser des associations que je m’imaginais, me renouvelant chaque soir. Je pouvais profiter pleinement de toutes mes jolies acquisitions et cerise sur le gâteau, mes bons choix étaient reconnus et appréciés.

Alors pourquoi un uniforme dans ces conditions ? Dans un élan passionné, je vous dirai qu’il n’est pas nécessaire de (s’) imposer une tenue vestimentaire. En effet, le bon goût doublé de bon sens devrait être suffisant pour trouver le juste équilibre vestimentaire. Oui mais voilà, cela fait beaucoup de bon.

Un soir d’été, je débute mon travail avec une robe légèrement échancrée dans le dos, et la robe suivant le mouvement, l’échancrure devient décolleté profond. Ma patronne, attrapant une épingle à nourrice et moi au passage, arrange cette affaire en quelques secondes et me permet de continuer plus sereinement. Je l’en remercie et la gratifie d’un sourire complice. Cette légère bévue ne se serait pas produite si j’avais eu un uniforme.

Et si un jour le « bon » me quitte ? Si je suis complètement libre de m’habiller comme bon me semble est-ce que je saurais tous les jours comment le faire justement ? Toutes mes questions étaient là et je rejoignais l’interrogation de monsieur en osant imaginer me trouver un uniforme de travail.

Mais est-ce à moi de décider ou dois-je suivre un mouvement ? Je décidais d’interroger mes collègues qui portaient le fameux uniforme. Pour certains, les conditions étaient supportables, pour d’autres il s’agissait d’une bêtise (ou quand leur patron impose un « déguisement » ou encore leur demande de se munir eux-même de certains vêtements, chaussures…). Une amie, par choix s’habille toujours de la même manière. C’est pratique, me dit-elle, et puis elle ne trouve rien à son goût et préfère confectionner ses vêtements elle-même. Pourquoi pas, elle semble à l’aise et se satisfaire de cette décision.

Et puis j’ai travaillé en blouse blanche. Ah, mes idées préconçues : est-ce que cela va me donner plus de crédit ? Ou faire de moi quelqu’un de plus intelligent (comprendre : mes propos seront intelligents puisque je porte la blouse du savoir). Sur moi, rien ne s’est produit. J’étais toujours la même, blouse (100% coton) blanche sur petite blouse (100% soie) grise. Oui cela facilite la reconnaissance des rôles de chacun, l’habit fait ici le moine et c’est bien pratique pour mettre des petites étiquettes au-dessus de la tête des individus que nous croisons (médecins, patients, autres…)

Mais attention, n’allons-nous pas un peu trop vite en besogne ? L’uniforme facilite les interprétations, les raccourcis. Je me suis toujours demandé pourquoi les patients me demandaient des informations médicales tout en sachant que je n’étais pas médecin : la blouse blanche ? La volonté de savoir, d’accéder et de comprendre un discours parfois complexe que seule une poignée d’individus maitrise parfaitement : ceux qui ont une blouse blanche. Eh bien non, l’habit ne fait pas toujours le toubib, j’avouais sans honte mon ignorance et proposais de partir ensemble à la chasse aux connaissances.

Est-ce qu’aujourd’hui je mets un uniforme ? Oui et non…c’est blanc bonnet et bonnet blanc. Je décide, c’est vrai, de ce que je porte tous les matins, j’accommode, je colore, j’adapte. Mais avant tout je réfléchis, tout dépend du contexte et, au final, mes associations sont souvent similaires. Il y a une certaine cohérence, un fil conducteur qui est ma pensée : oui nous pouvons utiliser notre tête pour nous habiller et oui cela peut aller très loin (jusqu’à changer de vernis au dernier moment).

L’uniforme est à l’intérieur de nous, nous le créons, il fait partie de notre identité et nos vêtements, si nous savons les choisir sont le reflet de notre esprit.