Les socialistes dans le bac à sable

bac à sable (Crédits : René Le Honzec/Contrepoints.org, licence Creative Commons)

Les socialistes au pouvoir préfèrent rester dans leur bac à sable à faire des trous pour construire des châteaux illusoires plutôt que de se grandir avec des projets solides et innovants.

Par T. Matique

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Le changement de locataire à l’Élysée est parfois vécu comme une naissance, celle d’une nouvelle politique. Dès les premiers pas, certains cherchent les ressemblances, d’autres font des pronostics sur l’avenir, il y en a même pour donner des surnoms ou pour coller des étiquettes comme à un quelconque colis. Les histoires de famille, les photos, les commentaires et les spéculations vont bon train. Puis, viennent les premiers bilans sur le développement, les premières frayeurs et les premiers vaccins. En deux ans, les diagnostics sur les perspectives de leur évolution se succèdent. Chaque cas est un cas particulier souvent apprécié en fonction des attentes de chacun ou des sentiments des proches. Mais, quels que soient les avis et les convictions, l’ordre naturel à toute naissance est celui du développement, de grandir, ce qui en politique équivaut à mûrir. Or, malgré tout le tintamarre et les faire-parts continuellement adressés aux français, force est de constater que les socialistes n’ont pas dépassé le stade du bac à sable.

Dès leur arrivée au pouvoir, les socialistes se sont adonnés aux activités « réflexe ». Ils se sont fait les dents sur le moindre héritage de leurs prédécesseurs, traquant même leurs peluches. Ceux qui s’attendaient à les voir renverser la table et détruire le nouveau traité européen ont dû se contenter de leurs déambulations de « rase moquette ». Quand au bout de huit mois, la phase «  je fais et je constate » est amorcée, avec les bisous et les risettes de Hollande pour les photos souvenir, le changement n’est toujours pas là. La coordination « sensorio-politique » dans le tandem mariage pour tous/guerre au Mali se termine par le divorce d’une partie de la population, puis par un bourbier militaire, et celle de l’inexistante grande réforme fiscale provoque une overdose fiscale et en fait fuir plus d’un. Les autres faits et constats ne sont guère plus concluants. Une réforme des retraites sans réforme, des contrats d’avenir sans avenir, des lois pour renforcer d’autres lois…. des libertés individuelles sans cesse censurées.

Puis, à douze mois s’est ouvert la période « je veux le résultat et je fais » avec l’apparition d’actes intentionnels tels que la volonté d’inverser la courbe du chômage, rassurer les marchés avec un délai accordé par l’UE reposant sur un engagement à réduire les déficits, la mise en avant d’un pacte de compétitivité, etc. Mais, comme les résultats, hormis celui de vouloir préserver le pouvoir, dépendent de leur faculté à agir et à faire des choix, c’est l’impasse. Pas d’inversion de courbe comme prévu, pas de redressement des comptes, pas de compétitivité en vue. À leurs yeux, peu importe. Il y a toujours le recours au « Jacques a dit… » pour entretenir l’espoir, et comme Jacques a dit que Hollande « a fait beaucoup plus de choses en un an que ses prédécesseurs », (Jacques Attali sur France Info le 29 avril 2013), il leur suffit de le répéter à tout va. Avec un tel optimisme affiché, il est vain de rappeler que la croissance est inexorablement en berne, que le taux de chômage ne cesse d’augmenter, que la balance commerciale est désespérément déficitaire, que les investissements étrangers se raréfient, que la fuite des talents s’intensifie, que la dette publique explose et que le déficit public demeure anormalement élevé… car il y aura toujours un Moscovici pour faire diversion en transformant les 0+0 en tête à Toto, ou un Sapin pour faire croire au Père Noël sans éclairer les Français qui ont les boules.

De toute façon, Jacques a dit « Je reste persuadé que François Hollande peut terminer ce mandat en étant un très grand président » (le 29/12/2013 sur Europe 1 dans « Le grand rendez-vous »), alors les socialistes peuvent à loisir jouer le jeu. De plus, à seize mois, commence l’étape de « l’exploration active », les premiers pas vers l’autonomie, et tous les espoirs sont permis. Même après avoir trébuché auparavant en confondant la Chine et le Japon, puis l’Égypte et la Tunisie, et évoqué la Macédonie au lieu de la Macédoine, c’est l’intronisation dans la cour des grands avec le tapis rouge aux États-Unis. Un tapis d’éveil à la stratégie internationale, où la découverte de la Silicone valley peut bien finir comme un implant de silicone greffé dans les mémoires pour être ensuite mis à la poubelle, tant la stratégie de conquête du monde est devenue la priorité des socialistes en quête de nouveaux défis plus honorifiques et moins contraignants. Obama et Hollande ne pouvaient que s’entendre pour redessiner le monde et créer une nouvelle ligue de justiciers, puisque aucun d’eux ne parvient à briller chez lui par ses propres performances.

De la dépendance totale aux mamelles de l’État à la politique d’adulte, les socialistes préfèrent rester dans leur bac à sable à faire des trous pour construire des châteaux illusoires plutôt que de se grandir avec des ambitions d’envergure et de mûrir avec des projets d’ensemble cohérents, solides et innovants. Les avertissements de la Cour des Comptes sur les dérapages budgétaires, les dernières mises en garde de l’agence Moody’s, la récente mise sous surveillance par l’UE comme le sont l’Espagne, l’Italie, le Portugal et la Grèce, la légère mais progressive hausse des taux d’emprunts, rien n’y fait. Les socialistes demeurent accrochés à leurs grains de sable.

Cette persistance dans le bac à sable n’aurait peut-être pas eu autant d’incidences inquiétantes, voire même fatales, pour la France, si d’autres pays n’avaient pas mûri dans leurs objectifs et les mesures prises pour les atteindre. La plupart ont même compris que le rapport à l’international n’est plus un substitut aux défaillances nationales mais un complément nécessaire à leurs projets nationaux.

Les socialistes en sont encore à croire que le mot France fait à lui tout seul autorité et leur permet de faire la morale hors des frontières. Avec Obama, ils ont trouvé un effet miroir, alors quand Obama dit, Hollande répète et Poutine n’est plus qu’un despote qui doit être privé de toute crédibilité, ou de droit, tandis que Obama se transforme en défenseur des libertés, en référence. Dans ce formatage géopolitique à la socialiste, certains en oublient que se sont les USA qui sont partis en guerre contre l’Irak sans aucun mandat international et qui ont aménagé un camp à Guantanamo où certains droits à la dignité humaine ont été violés, que c’est la NSA qui est coupable d’écoutes, donc d’espionnage, que c’est bien Obama qui a poursuivi Edward Snowden pour avoir révélé les systèmes d’écoutes et qui s’est opposé à WikiLeaks. Entre les mains des socialistes, le monde en devient une pâte à modeler où Obama est le socialiste américain défenseur des peuples opprimés tandis que Poutine est le terrible homme de droite capitaliste, l’impérialiste, et de surcroît ultra-nationaliste. Un monde binaire avec les gentils d’un côté et les méchants de l’autre.

Avec les socialistes, le siècle des Lumières ne risque pas de se répéter. Même à la Lanterne, ils ne sont pas plus éclairés. Pourtant, à défaut de connaître la constitution ukrainienne auquel le parlement de Kiev a eu recours sans en respecter toutes les modalités, il suffisait de lire l’avis rendu par la Cour Internationale de Justice sur « La déclaration unilatérale d’indépendance des institutions provisoires d’administration autonome du Kosovo est-elle conforme au droit international ? » pour y trouver la réponse au référendum de la Crimée et sa demande de rattachement à la Russie en matière de droit international : «  Au cours de la seconde moitié du XXe siècle, le droit international, en matière d’autodétermination, a évolué pour donner naissance à un droit à l’indépendance au bénéfice des peuples des territoires non autonomes et de ceux qui étaient soumis à la subjugation, à la domination ou à l’exploitation étrangères… Un très grand nombre de nouveaux États sont nés par suite de l’exercice de ce droit. Il est toutefois également arrivé que des déclarations d’indépendance soient faites en dehors de ce contexte. La pratique des États dans ces derniers cas ne révèle pas l’apparition, en droit international, d’une nouvelle règle interdisant que de telles déclarations soient faites. » Avec autant de prétendants à l’application de droit international en désaccord sur son fondement, il est assez paradoxal, pour ne pas dire suspect, que personne n’ait saisi pour avis cette même Cour. Mais au fond, après avoir essuyé une autre humiliation internationale par Poutine, Obama préfère entretenir une hypothétique menace russe pour convaincre l’Ukraine d’adhérer à l’OTAN et y installer une base, et Hollande comme l’UE seront tout juste bons à financer le redressement du pays. Au final ce seront peut-être les Chinois qui y feront du business, comme ils le font en Grèce. Même les Russes pourraient y accroître le leur.

D’une mauvaise interprétation du droit international à des sanctions envers la Russie, l’enfumage diplomatique est total et fragilise encore plus la situation de la France dans sa crédibilité internationale. Le manque à gagner avec un éventuel refus de livraison des deux Mistral n’est rien en comparaison des milliards en jeu par les échanges commerciaux, les intérêts et les projets des entreprises françaises en Russie. Selon Eurostat, en 2012 les exportations de biens de la Russie vers l’UE se sont élevées à 215 milliards d’euros et celles des services à 15,1 milliards d’euros, tandis que les importations de biens de la Russie en provenance de l’UE s’élèvent à 124,4 milliards d’euros et celles des services à 29,3 milliards d’euros faisant de la Russie le troisième partenaire économique de l’UE derrière les USA et la Chine. Les échanges avec la France sont cependant trois fois moins importants qu’avec son principal partenaire qu’est l’Allemagne ; et Poutine, à la mémoire tenace et immunisé contre le syndrome de Solférino (dérivé de Stockholm), ne risque pas de montrer la voie d’une amélioration. Quant aux investissements directs à l’étranger (IDE) de l’UE en Russie, ils s’élèvent à 17,9 milliards d’euros en 2012 et ceux de la Russie dans l’UE ne sont que de 8,4 milliards d’euros la même année. Par ailleurs, la Russie veut favoriser la production locale et l’investissement étranger, notamment au travers de ZES et par la pratique de droits de douanes dont environ 370 produits européens sont concernés avec un manque à gagner pour l’UE de 4 milliards d’euros par an. L’UE est certes un partenaire économique de la Russie, surtout l’Allemagne, mais au fil du temps la Russie a vu son partenariat avec le Moyen-Orient et l’Asie évoluer bien plus vite et sans ingérence de part et d’autre. En 2012, ses échanges avec la Chine ont augmenté de 5,9% atteignant les 90 milliards de dollars. Dans ce contexte, toute sanction économique, voire même financière par des gels, aurait indubitablement un effet boomerang de la part de la Russie. De plus, contrairement à la France, et quels que soient les avis sur Poutine, avec des mesures de sanction envers la Russie, ou quelques-uns de ses représentants, c’est tout le peuple russe qui serait vent debout. Priver la Russie ne serait-ce que des deux Mistral, et la tramontane ne sera plus qu’une brise face au vent « sibérien ».

Les socialistes ne sont guère différents dans l’arène internationale que sur le plan national, ils pratiquent toujours la politique du bac à sable. Ils avaient une chance de trouver en Poutine un allié facilitant le développement du partenariat commercial entre les entreprises françaises et les Russes tout en préservant les relations avec Obama. Raté. Quels que soient les avis et appréciations personnelles sur les protagonistes et leurs méthodes dans cette diplomatie hypocrite, dans les échanges internationaux, Hollande et Obama font de la politique et de l’État un entrepreneur modelant les pays à leur convenance, pratiquant l’interventionnisme comme dans leur pays respectif, tandis que Poutine et la Chine laissent les acteurs économiques faire leur business sans ingérence dans la politique ou l’État du pays. Mais, comme Jacques a dit à propos de Hollande : «Tout ce qu’il a fait en matière de politique étrangère, et en particulier en politique de défense, montre qu’il est capable de laisser une trace dans l’histoire» (le 29/12/2013 sur Europe 1). Reste à savoir quelle trace.

Avec leurs Am stram gram, les socialistes n’ont plus besoin d’une quelconque institution pour imposer une conception ou un jugement. Ils se servent du tribunal médiatique. À défaut de savoir dessiner un nouveau paysage politique et un nouveau modèle pour la France, de se pencher sur une réforme territoriale, de savoir comment trouver les 50 milliards pour financer un pacte de responsabilité qui devient un autre pacte de dupes, de donner des perspectives de simplification de la fiscalité et du droit du travail… ou même d’évoquer le désengagement nécessaire de l’État pour permettre la politique de l’offre et de l’économie de marché, tout ce beau monde sort sa palette de coloriage pour peindre les gentils et les méchants de leur monde binaire.

Même si leurs barbouillages finissent par lasser leurs proches, ils entretiennent les conversations avec des affaires qui n’en sont pas et embrouillent les esprits avec ce que Jacques a dit : « le changement de gouvernement doit avoir lieu maintenant«  (le 24/02/2014 sur Itélé). Alors, au milieu des coloriages grossiers, certains sortent leurs Playmobil avec des têtes de rechange et créent leur mise en scène de rêve avec leur tempo personnel tendant à faire oublier les erreurs socialistes sur la vacuité de leur politique, sur l’obésité entretenue de l’État et son interventionnisme grandissant, sur la censure des libertés individuelles. Ces nouvelles activités ont même mis en sourdine la campagne municipale et les 36 552 communes de la métropole se sont résumées à Paris et Marseille.

Dans ce bac à sable, où règne le collectivisme à coups de pelle et de râteau, nul ne peut sortir sans dommages de leurs jeux de société pour grandir et acquérir une autonomie responsable, pour l’expression des libertés individuelles, pour le libéralisme. De la naissance à la mort, du travail au licenciement, de la protection sociale à la retraite… tout est devenu affaire d’État. Et à présent, tout est dans le bac à sable des socialistes où la majorité politique ne rime pas avec la politique adulte. La politique n’est pas un jeu d’enfant.


Références :