Les « Bonnets Rouges Frontaliers » dénoncent leur affiliation de force à la Sécurité sociale

Réaction du Collectif Bonnets Rouges Frontaliers suite à la visite à Berne du Ministre de l’Économie Pierre Moscovici le jeudi 6 mars 2014.

Un communiqué du Collectif Bonnets Rouges Frontaliers

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Nous souhaitons réagir après la visite à Berne du Ministre de l’Économie Pierre Moscovici. Nous avons pu relever dans la presse que notre Ministre confiait qu’il profitait de cette visite pour « défendre les droits des travailleurs frontaliers français ». Nous ne pouvons qu’une fois de plus déplorer cet effet d’annonce.

De fait, nous avons pu nous procurer le projet de décret (qui est constitué de deux décrets) que le ministre de l’Économie Monsieur Pierre Moscovici, avec la ministre de la Santé Madame Marisol Touraine, finalisent sur la fin du droit d’option pour les travailleurs frontaliers. Et une chose est sûre, ni Monsieur Moscovici, ni Madame Touraine ne défendent les droits des travailleurs frontaliers, bien au contraire.

Ces deux décrets nous précisent les conditions d’affiliation automatique au Régime Général de la Sécurité sociale pour les travailleurs frontaliers. Cela concerne les travailleurs frontaliers assurés aujourd’hui en assurance privée, mais aussi les nouveaux frontaliers qui feraient le choix de s’assurer en France, à la Sécurité Sociale. Il est utile de rappeler que les travailleurs frontaliers sont soumis à la base, en matière d’assurance maladie, à la réglementation de leur pays de travail (critère pays de travail), en l’occurrence la Suisse.

Lors de notre entretien avec les conseillers de Marisol Touraine et Pierre Moscovici à Strasbourg le jeudi 30 janvier 2014, ces derniers avaient indiqué que les travailleurs frontaliers ne seraient pas intégrés dans le Régime Général de la Sécurité Sociale, ni dans la CMU. Ces conseillers avaient évoqué un « dispositif frontalier », mention qui ne figure nulle part dans le projet de décret.

Ces décrets déterminent d’une part les modalités de calcul de la cotisation, et d’autre part les modalités de liquidation et de recouvrement de la cotisation. Les frontaliers, sur le critère de résidence au titre de l’article L. 380-1 du code de la sécurité sociale invoqué par le gouvernement, seront assujettis à une cotisation au taux de 6% du Revenu Fiscal de Référence avec un abattement de 9 534 € pour la période du 1er juin 2014 au 31 décembre 2015, puis 8% du RFR à partir du 1er janvier 2016. Cette cotisation sera recouverte trimestriellement par l’URSSAF, avec la possibilité de demander une mensualisation dématérialisée.

Il est très important de souligner que le RFR inclut TOUS les revenus, et pas seulement ceux issus du travail, ce qui est totalement inégal par rapport aux salariés français qui voient leur cotisation maladie indexée uniquement sur les revenus du travail. Nous soulignons à ce sujet que le communiqué de presse du Ministère de la Santé daté du 20 janvier 2014 (suite à la réception des Associations) stipulait un abattement de 10% pour frais professionnels, et un abattement supplémentaire de 9 534 €. Or, le projet de décret évoque seulement un abattement de 9 534 €.

Nous dénonçons une fois de plus les effets d’annonces utilisés par le gouvernement pour adoucir cette réforme aux yeux des frontaliers et de l’opinion publique.

Attention, le projet de décret nous apprend qu’en cas de non-déclaration des revenus à l’administration fiscale française, pour calcul de la cotisation, l’assiette retenue pour le calcul de la cotisation sera équivalente à 5 fois le Plafond Annuel de la Sécurité Sociale (1 PASS = 37 548 € : donc 5X37548 = 187 740€). Autant dire qu’il ne faudra pas omettre de déclarer ses revenus, ou que l’administration fiscale ne connaisse aucun problème d’enregistrement de ces derniers. Aussi, comme pour tout retard de paiement à l’administration fiscale, une majoration de 10% de la cotisation sera appliquée. Nous notons simplement que la collecte de cette cotisation fonctionne en fait comme un impôt.

On apprend aussi que les organismes d’assurance privée auront l’obligation de transmettre les données relatives à leurs assurés directement à l’organisme compétent (CPAM) qui permettra l’affiliation des travailleurs frontaliers directement au Régime Général.

Concernant les soins prodigués en Suisse, dans le projet de décret, le gouvernement compte rembourser les soins selon les tarifs LAMal (ou tarif Sécurité Sociale sur demande de l’affilié). Hors soins urgents et frais ambulatoires, donc pour une hospitalisation supérieure à 24h, une demande d’autorisation préalable (avec des conditions bien particulières) devra être formulée par l’affilié. La CPAM aura 15 jours pour répondre à cette demande. Sans demande préalable, et pour tout autre soin volontaire, les travailleurs seront remboursés sur la base de la Sécurité Sociale, sous réserve que ces soins soient conventionnés par la réglementation française.

Nous avons aussi appris que la France envoyait des demandes de conventions à certains médecins en Suisse. Selon nos informations, la France proposerait un tarif de convention de 28 CHF pour une visite chez un médecin généraliste. Une réelle utopie de penser que les médecins suisses vont accepter une telle proposition.

Nous tirons une fois de plus la sonnette d’alarme contre cette réforme idéologique. Nous demandons sans délai, l’abandon immédiat de tout projet de réforme de l’assurance maladie des travailleurs frontaliers.

Comme nous l’avions indiqué aux ministères lors de notre réunion du 30 janvier 2014 à Strasbourg, nous demandons un moratoire de deux ans, pour démontrer que le statut du travailleur frontalier est bien plus subtil que l’imagine le gouvernement et qu’il n’est judicieux pour personne d’obliger l’affiliation des travailleurs frontaliers au Régime Général de la Sécurité sociale.


Note : les Bonnets rouges Frontaliers sont un groupe apolitique et pacifiste qui revendique le maintien du droit d’option pour les frontaliers suisses avec la possibilité de continuer à s’assurer en caisse prIvée. Ils sont constitués essentiellement de travailleurs frontaliers, qui se révoltent face à un accord dominé par une association censé « représenter » les frontaliers, le GTE, qui les a vendu au gouvernement. Cet accord s’est fait sans unanimité des 3 associations présentes le 20 janvier dernier avec la ministre de la santé Marisol Touraine. À noter que plusieurs membres du GTE sont présents sur des listes électorales PS dans la région d’Annemasse…