Les jeux vidéo face aux médias

Les jeux vidéo ont toujours eu mauvaise presse auprès de tous les médias grand public. Retour sur l’évolution du premier loisir culturel.

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Les jeux vidéo face aux médias

Publié le 13 mars 2014
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Par Benjamin Cart.

Phénomène accablé par la presse, loisir dangereux aux yeux des parents, les jeux vidéo n’ont pas toujours été considérés comme de dangereux prédateurs, avides de transformer vos enfants en dangereux tueurs psychopathes.

Joueur des années 80

jeux 80

Les premiers jeux sortant dans les années 80 étaient regardés plutôt d’un bon œil, vitrines des nouvelles technologies, permettant aux enfants de se familiariser aux nouvelles machines et surtout d’avoir la paix pendant tout un après-midi. Mais à l’époque, c’était bien différent, les jeux ne possédaient pas de sauvegarde, étaient buggés, crashaient quelques fois. Et  n’oubliez pas que les premiers jeux étaient vendus sous forme de code source à rentrer à la main dans sa machine et forcément celui-ci était à retaper à chaque démarrage. Ce nouveau média était donc vu avec une œil curieux sans plus d’animosité.

Joueur des années 90

jeux 90
Franchement vous offririez ce jeu à un enfant de 12 ans ?

 

Peu à peu, avec la démocratisation du marché, les consoles commencent à envahir tous les foyers : que ce soit la Super NES, la Nintendo 64, la Saturn ou encore la PlayStation, tous les enfants veulent une console de salon quitte à devenir des psychopathes notoires. Les premiers Blockbusters commencent à sortir mais surtout les premières critiques commencent. En effet, si l’effet novateur est passé, on commence à voir d’un mauvais œil ces machines qui captivent la nouvelle génération. Le problème est simple : si avant on avait des jeux plutôt mignons et simplistes, on commence à voir pointer le bout de leurs nez les « doom » et autres « Alone in the dark » pour ne citer qu’eux. Les premiers jeux à réellement faire débat seront donc les jeux d’horreur et les jeux de tirs un peu gore.

Eh bien oui, un jeu vidéo digne de ce nom se doit de mettre en scène des poneys roses se baladant gaiement dans des champs (je rappelle qu’à l’époque on pouvait voir passer des dessins animés tel que « Rémi sans famille » et autre sans que cela ne choque personne…), peu importe si sur la jaquette on pouvait voir une espèce de maison hantée, un démon ou autre !

De même que les médias vont se gargariser sur les différents scandales de l’époque. Quand on voit les couvertures médiatiques des scandales sur des jeux comme GTA ou Sanitarium repris en cœur par certains politiques, il y a de quoi se poser des questions. Bien entendu, le travail journalistique est sans faille, les arguments sont clairs et précis et les politiques ont tous terminé le jeu une fois pour savoir de quoi traitait le sujet pour ne pas duper le public. On voit aussi une autre presse spécialisée qui débute : ce sont les débuts de jeuxvideos.com et ses comparses qui à l’époque ne proposent que quelques tests de jeux ou des solutions et autres triches.

Joueur des années 2000

jeux 00

La guerre est déclarée ! Les jeux vidéo sont un mal dont nos enfants doivent être protégés ! La télé et les journaux se font un plaisir de recenser tous les extrêmes. Cela ira des reportages sur les no-lifes, personnes devenues accro à un jeu vidéo comme on pourrait l’être d’une drogue aux coups de publicité sur des thèses scientifiques les plus insensées.

Il faut dire que les jeux qui paraissent leur donnent de la matière à traiter, entre Doom 3 monument du Fps (jeu de tir à la première personne) qui se fait taxer d’incitation au satanisme, la série des Gtas qui pose la question de l’éthique dans les jeux vidéos, World of Warcraft qui est censé engendrer des millions de toxicos et des tas d’autres. Pour citer quelques exemples des curées médiatiques, Resident Evil 5, jeu de tir et d’horreur dans lequel le joueur devait tuer des zombis en Afrique s’est vu taxer de racisme. En effet les zombis étaient tous noirs, Capcom a donc dû changer quelques textures pour qu’apparaissent quelques touristes et créer un personnage secondaire lui aussi noir pour pallier ce manquement impardonnable à la morale.

Et voici une des perles : le 1er novembre 2004, Libération nous apprend que 147 collégiens et lycéens s’étaient suicidés en gobant des poches de silicone ; le 21 novembre de la même année, France 2 fait son JT sur le sujet : le reportage prend peur devant l’engouement des jeunes pour les jeux vidéo. Le plus incroyable dans tout ça, c’est que cela part d’une fausse nouvelle de la part du XBox Mag qui voulait se moquer de l’énorme attente provoquée par le jeu « Dead or alive » et de son report à la dernière minute. On peut donc ainsi voir le magnifique travail journalistique qui officie dans ces deux institutions de notre beau pays.

Néanmoins, on peut constater qu’un changement commence à s’opérer, les premiers gamers sont devenus grands et nourrissent un autre regard sur ce média. Les jeux vidéo n’abrutissent pas mais il ne faut pas en abuser, la règlementation PEGI (institut qui gère les règlementations telles que l’âge minimum et les symboles sur les boites des jeux) commence à être suivie. De même que de nouveaux utilisateurs, eux adultes, commencent à s’y mettre pour leurs loisirs. Le coup de grâce est donné avec la Wii, console familiale qui permet à tout le monde de jouer lors des longues soirées d’hiver, du benjamin de la famille au grand-père.

Joueur des années 2010

jeux 10

Les joueurs sont devenus grands et sont des consommateurs accomplis, mais un problème se pose ! On ne peut plus tacler le loisir de leur enfance comme ça sans provoquer une moue désapprobatrice. Les sujets se font ainsi plus rares, quelques timides rappellent que les jeux vidéo sont hautement addictifs et que la télé c’est mieux. Réaction des internautes : en octobre 2012, la chaine publique France 2 diffuse un JT traitant du fait qu’ils rendraient violent et hautement dépendant ; sous la pression qu’elle connait les jours suivants, la vidéo est enlevée de sa plateforme internet sous prétexte que les images passées avant le reportage étaient soumises aux droits de la NBC.

Mais désormais certains reportages, passant sur de grandes chaines nationales, se font plus documentés et plus constructifs. « Envoyé spécial » proposera ainsi un reportage fin 2012 sur l’industrie des jeux vidéo sans citer les dangereuses dérives auxquels ils amènent ou encore Arte avec le reportage « Game over » en 2013.

On a donc une évolution des consciences vers le constat que les jeux vidéo ne sont pas si mauvais. Ce sont des défouloirs pour certains, des refuges pour d’autres ou encore des métiers pour quelques-uns. On voit aussi qu’ils rassemblent, créent, informent et parfois même cultivent. Ils ne sont plus le dangereux monstre transformantant les mignons petits enfants en massacreurs armés jusqu’aux dents que nous ont montré les médias il y a quelques années, mais un véritable moteur culturel qui n’est pas la chasse gardée de la jeunesse.

Néanmoins certains aspects du gaming restent encore assez obscurs pour le grand public, des choses comme le rétro-gaming ou l’e-sport sont mal connues et souvent mal interprétées. J’espère néanmoins les détailler dans de prochains articles.

Voir les commentaires (15)

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  • Hé hé, j aime bien 🙂

  • Un parallèle serait intéressant avec le traitement médiatique des jeux de rôle et du black métal, autres moutons noirs médiatiques des années 90, et qui ont formé une génération de dangereux psychopathes satanistes (si on en croit les titres de l’époque)

    • @Anagrys

      Absolument.
      La croisade des médias contre le milieu vidéo-ludique a, de mon point de vue, vraiment pris en intensité après la fusillade de Columbine en début 1999. L’un des auteurs créait et distribuait des maps personnalisés pour le jeu Doom et était amateur de Marylin Manson, ce que n’a pas manqué de noter plus d’un canard plutôt que de faire un vrai débat de fond sur les réelles problèmatiques.

      Et c’est depuis que l’influence des jeux vidéos sur la jeunesse a vraiment été diabolisé.

    • On peut aussi ajouter les comics, certaines émissions de radio, le cinéma, l’animation japonaise ou même le rock!
      Je me rappelle d’un documentaire intitulé Pixel Room (passé sur Arte ou la 5) qui montrait qu’à travers les époques, même si le mouton noir changeait, les accusations restaient les mêmes…

  • Une presse spécialisé qui débute dans les années 90 avec jeuxvideo.com?????
    J’ai cru avoir une attaque en lisant ça!!!
    Les jeux vidéos ont eu une vie avant internet, et la presse aussi.

    On a eu droit à Tilt : http://fr.wikipedia.org/wiki/Tilt_%28magazine%29

    • Tilt était là dans les années 80 et fut le premier journal mais le réel départ et essor de cette presse c’est déroulé dans la fin des années 80/début 90. La citation de jeuxvideo.com est pour citer une reference grand public mais sinon on aurait pu citer aussi joystick (88) et autre.

      • Oui mais JVC n’a été créé qu’en 97. Et donc si je comprends qu’on puisse citer un site connu de tous, aujourd’hui, cela me gène qu’on l’associe à l’essor de la presse spécialisée.

  • Je prêche bien sûr pour ma paroisse, mais je trouve ça un peu malhonnête, quand on traite du jeu vidéo et des médias grand public, de ne citer Libération que pour rappeler l’énorme FAIL qui empêcha les trois journalistes du quotidien en charge du sujet jeu vidéo de dormir pendant des semaines.

    Car oui, Libé et le jeu vidéo, c’est une histoire qui remonte quand même assez loin. En juillet 1997, Libération a été le premier quotidien généraliste à faire sa une sur un jeu vidéo (Tomb Raider), chose qui s’est reproduite plusieurs fois depuis (GTA 4, Zelda avec un dessin réalisé spécialement par les équipes du jeu, etc.). Et depuis 2000 environ, Libé traite toutes les semaines du sujet, avec une chronique (Moi Jeux), des critiques de jeux régulières (dernièrement DKCTF, Castlevania, Octodad, ou encore Mighty Quest), des papiers plus généraux (les jeux indés, Twitch, etc.), sans oublié un podcast hebdo sur le sujet, Silence on joue.

    Alors oui, bien sûr, il y a eu cette énorme bourde en 2004, mais c’est dommage, quand on prétend faire un peu un point sur ce sujet, de ne s’en tenir qu’à ça, même si le reste va un peu à l’encontre de l’idée reçue « les médias généralistes n’y connaissent rien ».

    • Je sais que ça fait un peu « tirer sur l’ambulance » mais…

      « sans oublié un podcast hebdo »

      *clap clap* 😉

      Mais sinon, d’accord sur le fond: depuis qu’il y a des gamers parmi les journalistes de la presse généraliste, le niveau remonte.

    • J’ai cité l’article parut dans libé pour montrer le traitement de l’information, et surtout son relais. Certes libé n’est pas ce qui ce fait de plus mal dans le domaine mais la reprise du sujet par France 2 démontrait bien le traitement de l’info.

      Et si les médias généralistes n’y connaissent pas rien parce que ceux ci possédaient des chroniqueurs traitant de ce sujet , j’aimerais savoir comment on a pu voir autant d’articles si piquant pour les yeux passer dans notre chère presse généraliste.
      J’ai tout de même préciser néanmoins que ce média est bien mieux perçu depuis quelques années.

      Et j’ai prétendu ne faire qu’un point sur le sujet car si on devait le traiter sérieusement, je doute que contrepoints publierai un mémoire de sociologie

      • Bon, j’avoue, c’était une réaction très corpo sur mon propre journal, et sur mon propre sujet. 🙂 C’est vrai que pendant très longtemps, le traitement des jv chez les autres titres géné était assez désespérant. Mais ça commence à bouger pas mal, notamment sous l’impulsion des équipes web.

    • laissez moi rire, la presse du Jv c’est la caricature depuis les 80s, j’y etais on me la fait pas.Liberation est parmis les pires etrons que compte la presse francaise, c’est une catastrophe absolue.
      sans meme parler de leurs journalistes, que j’ai vu a l’oeuvre en live et qui sont d’horribles petits trous du cul indignes.

  • Aucune evolution: les jeunes sont juste entres dans l’establishment et les discours stereotypes negatifs sur le JV ont disparu.
    Mais c’est exactement la meme defiance qui est a l’oeuvre pour tout nouveaute, et les JT et articles sont toujours aussi mal documentes et idiotiquement catastrophistes des qu’on est en terrain inconnu du grand public.

  • Très bon article j’attends la suite avec impatience.

  • On commence aussi a entrevoir quels seraient les « bien faits » du jeux vidéo.

    http://www.huffingtonpost.fr/2013/11/12/jeux-video-bienfaits-sante_n_4264120.html

    Certains sont a prendre avec des pincettes quand même…

    Mais par exemple, il est prouvé que les joueurs de jeux de stratégie en temps réel, sont plus rapides que la moyenne a prendre des décisions, et ils sont capables de se concentrer sur plusieurs choses a la foi.

  • Les commentaires sont fermés.

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