Les jeux vidéo face aux médias

Les jeux vidéo ont toujours eu mauvaise presse auprès de tous les médias grand public. Retour sur l’évolution du premier loisir culturel.

Par Benjamin Cart.

Phénomène accablé par la presse, loisir dangereux aux yeux des parents, les jeux vidéo n’ont pas toujours été considérés comme de dangereux prédateurs, avides de transformer vos enfants en dangereux tueurs psychopathes.

Joueur des années 80

jeux 80

Les premiers jeux sortant dans les années 80 étaient regardés plutôt d’un bon œil, vitrines des nouvelles technologies, permettant aux enfants de se familiariser aux nouvelles machines et surtout d’avoir la paix pendant tout un après-midi. Mais à l’époque, c’était bien différent, les jeux ne possédaient pas de sauvegarde, étaient buggés, crashaient quelques fois. Et  n’oubliez pas que les premiers jeux étaient vendus sous forme de code source à rentrer à la main dans sa machine et forcément celui-ci était à retaper à chaque démarrage. Ce nouveau média était donc vu avec une œil curieux sans plus d’animosité.

Joueur des années 90

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Franchement vous offririez ce jeu à un enfant de 12 ans ?

 

Peu à peu, avec la démocratisation du marché, les consoles commencent à envahir tous les foyers : que ce soit la Super NES, la Nintendo 64, la Saturn ou encore la PlayStation, tous les enfants veulent une console de salon quitte à devenir des psychopathes notoires. Les premiers Blockbusters commencent à sortir mais surtout les premières critiques commencent. En effet, si l’effet novateur est passé, on commence à voir d’un mauvais œil ces machines qui captivent la nouvelle génération. Le problème est simple : si avant on avait des jeux plutôt mignons et simplistes, on commence à voir pointer le bout de leurs nez les « doom » et autres « Alone in the dark » pour ne citer qu’eux. Les premiers jeux à réellement faire débat seront donc les jeux d’horreur et les jeux de tirs un peu gore.

Eh bien oui, un jeu vidéo digne de ce nom se doit de mettre en scène des poneys roses se baladant gaiement dans des champs (je rappelle qu’à l’époque on pouvait voir passer des dessins animés tel que « Rémi sans famille » et autre sans que cela ne choque personne…), peu importe si sur la jaquette on pouvait voir une espèce de maison hantée, un démon ou autre !

De même que les médias vont se gargariser sur les différents scandales de l’époque. Quand on voit les couvertures médiatiques des scandales sur des jeux comme GTA ou Sanitarium repris en cœur par certains politiques, il y a de quoi se poser des questions. Bien entendu, le travail journalistique est sans faille, les arguments sont clairs et précis et les politiques ont tous terminé le jeu une fois pour savoir de quoi traitait le sujet pour ne pas duper le public. On voit aussi une autre presse spécialisée qui débute : ce sont les débuts de jeuxvideos.com et ses comparses qui à l’époque ne proposent que quelques tests de jeux ou des solutions et autres triches.

Joueur des années 2000

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La guerre est déclarée ! Les jeux vidéo sont un mal dont nos enfants doivent être protégés ! La télé et les journaux se font un plaisir de recenser tous les extrêmes. Cela ira des reportages sur les no-lifes, personnes devenues accro à un jeu vidéo comme on pourrait l’être d’une drogue aux coups de publicité sur des thèses scientifiques les plus insensées.

Il faut dire que les jeux qui paraissent leur donnent de la matière à traiter, entre Doom 3 monument du Fps (jeu de tir à la première personne) qui se fait taxer d’incitation au satanisme, la série des Gtas qui pose la question de l’éthique dans les jeux vidéos, World of Warcraft qui est censé engendrer des millions de toxicos et des tas d’autres. Pour citer quelques exemples des curées médiatiques, Resident Evil 5, jeu de tir et d’horreur dans lequel le joueur devait tuer des zombis en Afrique s’est vu taxer de racisme. En effet les zombis étaient tous noirs, Capcom a donc dû changer quelques textures pour qu’apparaissent quelques touristes et créer un personnage secondaire lui aussi noir pour pallier ce manquement impardonnable à la morale.

Et voici une des perles : le 1er novembre 2004, Libération nous apprend que 147 collégiens et lycéens s’étaient suicidés en gobant des poches de silicone ; le 21 novembre de la même année, France 2 fait son JT sur le sujet : le reportage prend peur devant l’engouement des jeunes pour les jeux vidéo. Le plus incroyable dans tout ça, c’est que cela part d’une fausse nouvelle de la part du XBox Mag qui voulait se moquer de l’énorme attente provoquée par le jeu « Dead or alive » et de son report à la dernière minute. On peut donc ainsi voir le magnifique travail journalistique qui officie dans ces deux institutions de notre beau pays.

Néanmoins, on peut constater qu’un changement commence à s’opérer, les premiers gamers sont devenus grands et nourrissent un autre regard sur ce média. Les jeux vidéo n’abrutissent pas mais il ne faut pas en abuser, la règlementation PEGI (institut qui gère les règlementations telles que l’âge minimum et les symboles sur les boites des jeux) commence à être suivie. De même que de nouveaux utilisateurs, eux adultes, commencent à s’y mettre pour leurs loisirs. Le coup de grâce est donné avec la Wii, console familiale qui permet à tout le monde de jouer lors des longues soirées d’hiver, du benjamin de la famille au grand-père.

Joueur des années 2010

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Les joueurs sont devenus grands et sont des consommateurs accomplis, mais un problème se pose ! On ne peut plus tacler le loisir de leur enfance comme ça sans provoquer une moue désapprobatrice. Les sujets se font ainsi plus rares, quelques timides rappellent que les jeux vidéo sont hautement addictifs et que la télé c’est mieux. Réaction des internautes : en octobre 2012, la chaine publique France 2 diffuse un JT traitant du fait qu’ils rendraient violent et hautement dépendant ; sous la pression qu’elle connait les jours suivants, la vidéo est enlevée de sa plateforme internet sous prétexte que les images passées avant le reportage étaient soumises aux droits de la NBC.

Mais désormais certains reportages, passant sur de grandes chaines nationales, se font plus documentés et plus constructifs. « Envoyé spécial » proposera ainsi un reportage fin 2012 sur l’industrie des jeux vidéo sans citer les dangereuses dérives auxquels ils amènent ou encore Arte avec le reportage « Game over » en 2013.

On a donc une évolution des consciences vers le constat que les jeux vidéo ne sont pas si mauvais. Ce sont des défouloirs pour certains, des refuges pour d’autres ou encore des métiers pour quelques-uns. On voit aussi qu’ils rassemblent, créent, informent et parfois même cultivent. Ils ne sont plus le dangereux monstre transformantant les mignons petits enfants en massacreurs armés jusqu’aux dents que nous ont montré les médias il y a quelques années, mais un véritable moteur culturel qui n’est pas la chasse gardée de la jeunesse.

Néanmoins certains aspects du gaming restent encore assez obscurs pour le grand public, des choses comme le rétro-gaming ou l’e-sport sont mal connues et souvent mal interprétées. J’espère néanmoins les détailler dans de prochains articles.