École : l’inspection générale dénonce le manque de formation des instituteurs

La formation des enseignants en France, à revoir complètement ?

Par Anne Coffinier.

classe d'école

Le rapport  de l’IGEN intitulé « Bilan de la mise en œuvre des programmes issus de la réforme de l’école primaire de 2008 » et publié en juin 2013 rend les professeurs des écoles responsables des piètres résultats de l’école primaire française. Cette mise en accusation des instituteurs est particulièrement violente. Ce rapport a été très mal perçu du monde enseignant qui y a vu une marque de mépris condescendant émanant précisément de personnes qui portent une large responsabilité dans l’insoutenable complexification de la profession enseignante : les inspecteurs généraux de l’Éducation nationale.

Il nous semble que l’on peut tirer quelques conclusions sûres de ce rapport :

  • Les professeurs sont trop livrés à eux-mêmes, sans aucun repère clair et pérenne auxquels s’accrocher, particulièrement en début de carrière ;
  • La formation initiale des instituteurs en France est particulièrement légère ;
  • La formation continue, qui est au cœur de la qualité des systèmes éducatifs les plus performants, notamment dans les pays scandinaves, est très insuffisamment développée et elle ne porte quasiment jamais sur la manière d’enseigner les matières principales ; vous trouverez ainsi à l’envi des formations sur la gestion des conflits, l’analyse transactionnelle plutôt que sur la manière de faire comprendre la règle de trois à ses élèves.

Pour notre part, ce qui nous frappe, c’est que les chefs d’accusation des enseignants sont surtout des pierres pour le jardin de l’administration, de l’inspection, de ceux qui pilotent l’Éducation nationale. Est-ce la faute des enseignants si aucune formation initiale ou continue n’est dispensée par leur employeur, l’État ? Sont-ils responsables si les nouveaux programmes sont imposés sans aucune forme d’explication et de formation ? Est-ce leur faute si les programmes demeurent tellement alourdis de choses accessoires qu’ils en deviennent parfaitement irréalistes ? Non, c’est bien plutôt cette administration de l’Éducation nationale, qui leur complique savamment la vie sans leur apporter de moyens pour mieux faire leur métier. Ainsi, la fonction classique de formation, de conseil et d’accompagnement des professeurs par les Inspecteurs a plus ou moins disparu. L’inspecteur note, vérifie la docilité à la ligne pédagogique, mais il ne dit plus que faire concrètement pour bien enseigner.

Un blog d’information, « L’instit’humeurs », le reconnaît nettement :  « Passée la dureté des mots, la sécheresse des constats, vient peu à peu l’idée d’un instit livré à lui-même, perdu parfois, à côté souvent, se débattant dans le brouillard. On s’éloigne alors d’une accusation brute et entre les lignes de ce rapport décidément complexe, pas toujours facile à saisir, on perçoit que l’instit n’est pas le coupable, mais plutôt la victime d’un système imparfait qui ne lui donne pas les moyens de réussir dans sa mission, le bras désarmé d’une institution qui ne se préoccupe pas de savoir si ce qu’elle veut peut être mis en œuvre concrètement. »

Emmanuel Davidenkoff, dans son analyse du rapport, le résume brillamment : « Si ce qui est écrit dans ce rapport relève de la réalité, on ne peut que relever le formidable cynisme de l’institution, parce qu’il est tout de même assez facile de reprocher aux professeurs des écoles de ne pas savoir faire des choses auxquelles on ne les a pas formés et pour lesquelles on ne leur donne pas suffisamment de temps. Plus que jamais cette question de la formation initiale et continue des enseignants s’impose comme le véritable cœur de la refondation de l’école. »

« Pour tous les domaines, les préconisations de l’Inspection Générale ne concernent pas les instits, mais l’administration centrale, les autorités académiques, les inspecteurs de circonscription. Ce sont eux qui peuvent faire bouger les choses, en aidant les instits, » conclut le blog « l’instit’humeurs ».

img contrepoints112Pour aller plus loin :  voici quelques extraits du rapport de l’Inspection Générale.

Sur la lecture :

« Il manque donc aux maîtres des compétences importantes que la formation ne leur offre pas. Ce défaut semble valoir aussi bien pour les maîtres depuis longtemps dans les classes, qui n’ont donc pas bénéficié des derniers apports de la science et pour les nouveaux venus, sans formation depuis 2008. »

Sur le français : « Il convient d’insister ici sur l’impression de « panne didactique » en français, à l’école primaire, qui appelle des réponses en formation. Beaucoup reste à faire pour faire connaître et comprendre les travaux aujourd’hui exploitables de la recherche ».

Sur les mathématiques : « L’enseignement des mathématiques à l’école primaire souffre de l’insuffisance de formation des maîtres et des inspecteurs dans cette discipline. Si la formation initiale des enseignants doit être assurée dans les futures ESPE et soutenue par le maintien d’exigences de bon niveau au concours de recrutement des professeurs des écoles, la formation continue restera un élément essentiel de la professionnalisation des maîtres. Dans le cadre d’un accompagnement des programmes, d’un apport de connaissances scientifiques ou d’un approfondissement didactique, les mathématiques doivent rester une discipline majeure de la formation continue ».

Sur l’histoire : « des enseignants de très bonne volonté, trop peu formés », « la nécessité de programmes précis et clairs », « des enseignants mis en difficulté par le manque de temps, le manque de formation, le manque d’outils ».


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