Pour un « référendum » en Suisse visant à assurer l’égalité du temps de parole

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Pour un « référendum » en Suisse visant à assurer l’égalité du temps de parole

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 19 février 2014
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Par Fabio Rafael Fiallo, depuis la Suisse.

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Lors du référendum (« votation ») qui eut lieu en Suisse le 9 février sur la proposition (« initiative ») de limiter l’immigration, l’auteur de ce billet, Suisse par naturalisation, avait été tenté de voter « non » à cette proposition. Les considérations économiques avancées contre l’initiative lui paraissaient suffisamment solides pour motiver un tel choix : la libre circulation des personnes a permis à la Suisse, et de se doter d’une main-d’œuvre qualifiée venue de l’étranger et de maintenir le coût du travail à des niveaux relativement bas. Cela, aux yeux de l’auteur, faisait plus que compenser les inconvénients financiers et sociaux causés par un flux migratoire qui chaque année s’avère être dix fois supérieur aux anticipations des élites gouvernantes.

Toutefois, l’auteur a finalement décidé de s’abstenir, et ce en réaction au matraquage auquel se sont livrées les chaînes de radio et de télévision publiques, notamment en Romandie (Suisse francophone), en faveur du « non ». Sur les plateaux, on entendait ou on voyait plus fréquemment les partisans du « non » que ceux du « oui ». Les journalistes de ces chaînes publiques cachaient mal, ou ne cachaient pas du tout, leur penchant pour le « non ».

Rebuté par un tel procédé, votre humble interlocuteur fit le choix de l’abstention, ce qui le motiva à publier un article à ce sujet.

Après la défaite du « non », les médias publics romands ont continué leur matraquage comme si de rien n’était. Il suffit d’allumer la radio ou le poste de télé pour entendre dire que l’Union Européenne fera à coup sûr payer durement leur choix à ces Suisses malpolis. On rabâche que Bruxelles pourrait déclencher à tout moment la « clause guillotine », c’est-à-dire la suppression des avantages octroyés à la Suisse dans le cadre des accords bilatéraux qui avaient consacré la libre circulation des personnes entre la Suisse et l’UE.

En réalité, la marge de manœuvre de l’UE pour punir la Suisse est plutôt réduite.

D’abord parce que toute tentative de Bruxelles d’appliquer la clause guillotine se heurterait fort vraisemblablement au véto britannique.

Puis, l’UE pourra difficilement prendre des représailles (à part des mesures plutôt cosmétiques) sans porter en même temps préjudice aux entreprises et aux consommateurs européens – ne serait-ce qu’en raison de la place de la Suisse en tant que carrefour du transport de marchandises intra-européen..

Et ce n’est pas tout. Les sondages menés dans différents pays européens, et non les moins importants (France, Allemagne, Angleterre), montrent tous que, à des degrés variés, une partie majoritaire de l’opinion publique de ces pays est favorable à la mise en place des quotas d’immigration. Dans pareilles circonstances, Bruxelles oserait-elle s’acharner contre la Suisse, prenant de ce fait le risque de se couper davantage encore de l’avis des citoyens du continent ?

Cerise sur le gâteau, partout on anticipe un raz-de-marée du vote contestataire lors des élections parlementaires européennes de mai prochain. Aussi, avant de déverser leur colère sur les Suisses, les autorités de Bruxelles devront y réfléchir à deux fois afin de ne pas donner du grain à moudre aux débats à venir au Parlement européen.

Dans un papier publié sur Contrepoints et sur son blog porté par l’hebdomadaire suisse L’Hebdo, Guy Sorman, dont personne ne saurait mettre en doute l’attachement au libéralisme économique (et donc à la libre circulation des biens et des personnes), explique que le vote suisse a l’avantage de nous contraindre « à envisager autrement la question de l’immigration et à en changer les règles objectives ».

Mais toutes ces considérations, ô combien valables, passent inaperçues dans les émissions de radio et de télévision en Romandie.

Que des organes de presse privés prennent ouvertement position sur telle ou telle initiative, rien de plus naturel et légitime. Mais que des chaînes financées par le contribuable fassent de même ne peut que susciter l’exaspération de plus d’un.

Aussi le moment est-il venu d’envisager en Suisse un nouveau référendum (« votation ») visant à obliger les médias qui reçoivent des fonds publics à assurer l’égalité du temps de parole aux différentes positions en lice dans chaque votation.

Cela se pratique en France, sous la supervision du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA), lors des campagnes électorales. On ne voit donc pas sur quelle base nos europhiles s’opposeraient à une disposition légale de même nature en Helvétie.


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Voir les commentaires (15)

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  • Il faudrait plutôt abolir la redevance et le principe même de média public ; média financé par le contribuable, donc le racket.

  • Je trouve que vous êtes encore clément envers les médias. Depuis la votation tout y passe : on peut voir chaque jour sur les manchettes de journaux des grands titres tels que : ‘J’ai honte d’être Suisse’, ‘Les suisses égoïstes et racistes’, ‘Genève prépare la riposte’. Et aussi des articles qui nous expliquent qu’au niveau économique c’est la catastrophe, que nous allons tous mourir dans d’atroces souffrance.
    Il n’y aucun respect envers la démocratie. J’espère que de plus en plus de gens se détourneront des médias, qui sont devenus que des torchons de propagande.

  • Une votation pour l’égalité du temps de parole, ok, mais pas comme en France, ici, on fait l’égalité du temps de parole des différents courants politiques.
    Sauf que tous les courants politiques sont pour plus d’état, plus d’impôts, plus de normes contraignantes destructrices d’emploi et de richesse, plus de réglementations liberticides ……

    Pour revenir sur la votation sur les quotas d’immigration, la gauche et la droite étaient d’accord, alors, l’égalité de temps de parole entre les participants n’a pas sens, en revanche, une égalité de temps de parole entre les partisans et leurs adversaires serait plus judicieuse.

    • Il faut arrêter avec cette sainte égalité ! Tout n’est pas symétrique.

      Je prends l’exemple du référendum de 2005 en France :
      Les « non » parlaient d’un « plan B ». Or il n’y avait pas de plan B, puisque le référendum venait après négociation avec toute l’Europe. C’était ou le plan A ou la solution existante.

      Le plan B n’existait pour la bonne raison que les opposants étaient trop différents et que leur solution respective était encore moins légitime.

      Ce qu’il faut, c’est un pacte des droits et devoirs des partisans et des adversaires :
      – Les premiers doivent garantir le droit d’expression à toutes les sensibilités
      – Les seconds ont le devoir de prendre la responsabilité de leurs propositions. Trop facile de hurler tous ensembles en cachant ses désavantages.

  • Je comprends votre frustration, mais ne rêvez pas : le remède « quotas de temps de parole » est pire que le mal « pensée unique ». nous le savons en France pour le vivre tous les jours.
    De toute façon techniquement ça ne marche plus : internet a pris une trop grande place dans l’information. Les gens se rient des matraques médiatiques publiques, seuls ceux qui sont déjà convaincus et aiment se faire ainsi matraqués les écoutent.

    • Une recherche d’équilibre dans les grandes chaines TV nationales me semble souhaitable.

      Mais le CSA n’est pas un outil efficace, c’est évident.

  • La « régulation » du CSA est une blague!

    Lors du débat sur la Constitution européenne, tous les médias ont clairement pris parti pour. (Preuve que la panzer-propagande ne marche pas!)

  • L’égalité du temps de parole est un principe aussi productif que l’égalitarisme socialiste.
    D’abord, cela part du principe que les gens sont idiots et se laissent convaincre par celui qui parle le plus au détriment du plus convaincant. Il faudrait donc s’assurer que tous les avis occupent le même temps de parole pour que les pauvres imbéciles irrationnels se fassent berner le moins possible. Il semble que le résultat de la votation suisse montre que celui qui parle le plus n’est pas celui qui convainc le mieux les électeurs, et que ceux-ci auraient bel et bien un cerveau en état de fonctionnement.
    Ensuite, cette belle idée d’égalité, au lieu de favoriser la qualité du débat, produit les effets biens connus du socialisme : le nivellement par le bas. On a droit à chaque élection à un temps de parole énorme pour les ultra-gauchos et gauchos (rouges, verts, noirs), souverainistes, FN, bref des gens qui n’ont que des conneries à raconter (si on part du principe que le PS, l’UMP et le Modem disent des choses intelligentes, ce qui doit arriver moins de 10% de leur temps de parole).
    Donc non, faites confiance aux électeurs, à la démocratie, et laissez le temps de parole libre.

    • Stéphane Montabert
      20 février 2014 at 13 h 54 min

      +1. L’égalité du temps de parole est une aberration étatiste. D’une part elle justifie un CSA qui touche tout avec ses gros doigts boudinés, ensuite elle laisse de côté l’essentiel (quid des reportages « neutres » ou aux sujets journalistiques soigneusement choisis pour nuire à un camp en présence?) et enfin rabaisse les électeurs au niveau de gros beauf demeurés apportant le suffrage à celui qu’ils ont le plus vu.

      Cela fait fort longtemps que les médias ne cherchent plus à « informer » mais à « former l’opinion »…

      Le marché – non distordu – est le meilleur moyen d’écarter les mauvais médias en faveur de meilleurs. La fin de Libération en France (et du Temps en Suisse) ou l’émergence de Contrepoints comme acteur majeur de l’information en ligne en sont une excellente illustration.

      • Sur les télés françaises, de nombreux reportages respectent ostensiblement l’obligation éthique de donner la parole aux différents camps (ce qui est une obligation de la charte des journalistes, il me semble). Sauf qu’en fait de neutralité, le journaliste ne se gène pas pour donner son avis en voix-off, et d’ironiser sur l’attitude et les réponses des intervenants, sans leur permettre de répondre à ces persiflages.

        Ce type de journaliste se veut au dessus de la mêlée et ne descend pas dans l’arène du débat, où il risquerait de se faire moucher (comme par exemple le présentateur d’une émission de M6, qui faisait un sujet sur le nucléaire en France, et qui s’est fait faire la leçon de manière très humiliante par un … ministre de Sarkozy).

        Si un journaliste veut faire du militantisme, je préfère qu’il le fasse carrément, en prenant le risque de se faire renvoyer dans les cordes par un contradicteur plus affûté.

  • Le problème des médias suisses c’est que le parti qui a remporté ces votations (l’UDC) ne communique absolument pas sur ce qu’elle souhaite désormais pour la Suisse. Les journaux se concentrent donc sur les conséquences plus ou moins probables du vote.
    Dommage que Christophe Blocher ne saisisse pas l’occasion qui lui est donnée d’aller défendre ses idées à Bruxelles…
    Il ne semble pas avoir de projets pour aller de l’avant avec cette nouvelle donne et au final il laisse l’Union Européenne décider seule de ce que vont devenir les négociations bilatérales. Pour lui, il faut revenir à la période avant 2007, c’est un peu court comme programme pour faire la une des médias.

    Pour être cités par les médias, les partisans du oui devraient s’exprimer davantage sur les avantages de cette victoire. mais comme ils laissent la parole à l’UE et aux inquiets, forcément les médias ne relaient que ceux qui s’expriment, pas ceux qui se taisent

    http://www.rts.ch/info/suisse/5605263-christoph-blocher-je-regrette-le-non-de-la-suisse-romande.html

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