Pour un « référendum » en Suisse visant à assurer l’égalité du temps de parole

imgscan contrepoints 2013589 votation suisse

Après la défaite du « non », les médias publics romands continuent leur matraquage comme si de rien n’était.

Par Fabio Rafael Fiallo, depuis la Suisse.

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Lors du référendum (« votation ») qui eut lieu en Suisse le 9 février sur la proposition (« initiative ») de limiter l’immigration, l’auteur de ce billet, Suisse par naturalisation, avait été tenté de voter « non » à cette proposition. Les considérations économiques avancées contre l’initiative lui paraissaient suffisamment solides pour motiver un tel choix : la libre circulation des personnes a permis à la Suisse, et de se doter d’une main-d’œuvre qualifiée venue de l’étranger et de maintenir le coût du travail à des niveaux relativement bas. Cela, aux yeux de l’auteur, faisait plus que compenser les inconvénients financiers et sociaux causés par un flux migratoire qui chaque année s’avère être dix fois supérieur aux anticipations des élites gouvernantes.

Toutefois, l’auteur a finalement décidé de s’abstenir, et ce en réaction au matraquage auquel se sont livrées les chaînes de radio et de télévision publiques, notamment en Romandie (Suisse francophone), en faveur du « non ». Sur les plateaux, on entendait ou on voyait plus fréquemment les partisans du « non » que ceux du « oui ». Les journalistes de ces chaînes publiques cachaient mal, ou ne cachaient pas du tout, leur penchant pour le « non ».

Rebuté par un tel procédé, votre humble interlocuteur fit le choix de l’abstention, ce qui le motiva à publier un article à ce sujet.

Après la défaite du « non », les médias publics romands ont continué leur matraquage comme si de rien n’était. Il suffit d’allumer la radio ou le poste de télé pour entendre dire que l’Union Européenne fera à coup sûr payer durement leur choix à ces Suisses malpolis. On rabâche que Bruxelles pourrait déclencher à tout moment la « clause guillotine », c’est-à-dire la suppression des avantages octroyés à la Suisse dans le cadre des accords bilatéraux qui avaient consacré la libre circulation des personnes entre la Suisse et l’UE.

En réalité, la marge de manœuvre de l’UE pour punir la Suisse est plutôt réduite.

D’abord parce que toute tentative de Bruxelles d’appliquer la clause guillotine se heurterait fort vraisemblablement au véto britannique.

Puis, l’UE pourra difficilement prendre des représailles (à part des mesures plutôt cosmétiques) sans porter en même temps préjudice aux entreprises et aux consommateurs européens – ne serait-ce qu’en raison de la place de la Suisse en tant que carrefour du transport de marchandises intra-européen..

Et ce n’est pas tout. Les sondages menés dans différents pays européens, et non les moins importants (France, Allemagne, Angleterre), montrent tous que, à des degrés variés, une partie majoritaire de l’opinion publique de ces pays est favorable à la mise en place des quotas d’immigration. Dans pareilles circonstances, Bruxelles oserait-elle s’acharner contre la Suisse, prenant de ce fait le risque de se couper davantage encore de l’avis des citoyens du continent ?

Cerise sur le gâteau, partout on anticipe un raz-de-marée du vote contestataire lors des élections parlementaires européennes de mai prochain. Aussi, avant de déverser leur colère sur les Suisses, les autorités de Bruxelles devront y réfléchir à deux fois afin de ne pas donner du grain à moudre aux débats à venir au Parlement européen.

Dans un papier publié sur Contrepoints et sur son blog porté par l’hebdomadaire suisse L’Hebdo, Guy Sorman, dont personne ne saurait mettre en doute l’attachement au libéralisme économique (et donc à la libre circulation des biens et des personnes), explique que le vote suisse a l’avantage de nous contraindre « à envisager autrement la question de l’immigration et à en changer les règles objectives ».

Mais toutes ces considérations, ô combien valables, passent inaperçues dans les émissions de radio et de télévision en Romandie.

Que des organes de presse privés prennent ouvertement position sur telle ou telle initiative, rien de plus naturel et légitime. Mais que des chaînes financées par le contribuable fassent de même ne peut que susciter l’exaspération de plus d’un.

Aussi le moment est-il venu d’envisager en Suisse un nouveau référendum (« votation ») visant à obliger les médias qui reçoivent des fonds publics à assurer l’égalité du temps de parole aux différentes positions en lice dans chaque votation.

Cela se pratique en France, sous la supervision du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA), lors des campagnes électorales. On ne voit donc pas sur quelle base nos europhiles s’opposeraient à une disposition légale de même nature en Helvétie.


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