Sauvez Libération ! Voici comment

Libé parodie une du 8 février b

Pour peu qu’on applique quelques recommandations de bon sens, il est encore possible de sauver Libération.

Par Nick de Cusa.

Libé parodie une du 8 février b
Un détournement parodique de la une de Libération du 8 février.

Ma réaction à voir des gens se réjouir à l’idée que le quotidien d’information Libération pourrait disparaitre, est une certaine tristesse. Tristesse de voir un organe d’information disparaitre plus que tristesse pour celui-ci en particulier. Nul ne regrette Le Matin ou Le Quotidien, néanmoins ils manquent à la diversité de la presse quotidienne.

Voilà pourquoi, pour ma part, j’écrirais plus volontiers, plutôt que « disparais, Libération »,  « Sauvez libération » ! Sauver, oui, mais pas à n’importe quel prix. Certainement pas par l’empilement d’encore plus de subventions et de niches fiscales pour les journaux et les journalistes, car on constate justement ici combien cela les pervertit et les détourne de leur si noble mission d’investigation.

Et néanmoins, Libération est sauvable. Pour ce faire, il est nécessaire de se recentrer sur une vraie mission d’information, de baisser les coûts et d’augmenter la demande.

Une vraie mission d’information

Un journal ayant pour titre Libération devrait revenir au thème de la façon de libérer les gens. Par exemple, quel besoin est-il de maximiser toujours le nombre de lois et de règles, et pire encore, d’accélérer chaque année cette maximisation ? De plus, quel respect de la liberté représente le fait de prendre aux gens plus de la moitié des fruits de leur travail par la force ? Partant de là, quel meilleur défi pour un journaliste digne de ce nom que de traquer, tel un beagle, l’usage fait de l’argent pris de force aux gens ? Pour donner un exemple simplissime, pourquoi pas commencer par éplucher, avec une patience inébranlable, tous les budgets de subventions de tous les niveaux du pouvoir en France, de la commune à la nation ? Voilà un travail à vocation libératoire. Et ça ne serait qu’un début car il y a tant à faire.

Baisser les coûts

Pas de mystère, le poids des impots, taxes et des charges sur le travail est bien trop lourd, et quand les marges d’une industrie se dégradent du fait d’une période de transition technologique, cela devient intenable. La raison principale de ce surcoût, de plus en plus intolérable, qui en arrive à menacer les emplois comme c’est le cas aujourd’hui pour Libération, est bien entendu le monopole aussi abusif qu’illégitime (mais « légal » au sens ou ce sont les autorités qui le disent, ce qui coupe court au débat) sur la santé, le chômage, la famille et la retraite. Supprimons ce monopole, débarrassons-nous de ce fardeau qui n’amène rien de bon à personne, sauf à quelques partenaires « sociaux », et donnons ainsi un bol d’air aux journalistes de Libération, ainsi qu’à tout le monde.

En ce qui concerne les journalistes eux-mêmes, de grâce, oubliez le CDI et le « non au licenciement ». Un journaliste, et qui plus est de gauche, c’est quelqu’un qui aime le terrain, en particulier qui aime être avec les démunis et ceux qui ont moins de chance dans la vie. Bref, un journaliste, ça recherche activement un certain inconfort, une certaine insécurité, une vie rude. Un journaliste, enfin, et c’est le plus important, ça doit absolument pouvoir, à tout moment, claquer la porte. Sinon, il faut être comptable. Bref, un vrai journaliste, non pas quelqu’un qui cherche un gagne-pain, mais mené par un vocation, ça doit presque par définition être un indépendant.

Augmenter la demande

Et finalement, recréons l’excitation dans le public qui relancera la demande. Libération a une image d’impertinence, voire de rébellion. Les choses sont moins compliquées qu’elle n’y paraissent : qu’il se mette en conformité avec cette image, qu’il soit absolument sans compromissions et totalement sans complaisance avec tout pouvoir, quelqu’en soit le « bord », et le public, infiniment las d’une « presse » qui protège tel ou tel puissant pourvu qu’il soit de telle ou telle couleur, se précipitera vers les courageux journalistes qui oseront cela. La demande est là. Satisfaisez la, et vous saurez. En bonus, vous redeviendrez le noble 4ème pourvoir, au lieu d’un simple et indigne canal à disposition des spin doctors.

J’ai bon espoir. Pour peu qu’on applique ces quelques recommandations de bon sens, et qui franchement s’imposent d’elles-mêmes, au point de relever du pur enfonçage de portes ouvertes, Libération peut être sauvé.

Sauvez Libération !