Guide anti-FN : la Gauche Forte face à l’extrême gauche

Le courant PS de la Gauche Forte sort un guide anti-FN. Et si ce qui gênait la Gauche Forte c’est que le FN soit de plus en plus de gauche ?

Par T. Matique.

Marine_le_penLes militants socialistes du PS ont tant de mal à parler de leurs homologues socialistes du FN, qu’il fallait bien qu’ils sortent un « guide anti-FN » pour y répertorier des éléments les distinguant.

Le premier élément est celui de l’ADN politique du FN que la Gauche Forte, un courant du Parti Socialiste, tente de dissocier du sien au travers d’anecdotes  documentées et interprétées à leur convenance au point de faire apparaître des contradictions et de renforcer leurs liens de parenté.

Le point de départ de la Gauche Forte sur la « génétique » politique du FN est leur conviction que « le Front National n’a pas bougé de sa position initiale au sein de l’échiquier politique : il est d’extrême droite ». Pour conforter ce naturalisme politique, la Gauche Forte associe le penchant naturel du FN à l’un des fondateurs du parti, Alain Robert, et au fait qu’il soit selon eux un « admirateur déclaré de Mussolini ». Une allusion à peine voilée à des connotations fascistes éludant le fait que Mussolini, fondateur du fascisme, avait défini sa politique comme étant « Tout dans l’État, rien contre l’État, rien en dehors de l’État » et opposée au libéralisme. C’était du socialisme. Ensuite, il y a de nombreuses comparaisons avec Pétain à l’heure de sa collaboration avec le régime nazi, jouant ainsi sur l’erreur commise depuis des décennies à vouloir placer le fascisme et le national-socialisme à l’extrême droite qui a souvent été associée par la gauche à l’ « ultra-capitalisme », à l’« ultra-libéralisme » qui n’existe pas et souvent confondu avec le libertarianisme, et l’ultra conservatisme. Une erreur d’appréciation déjà évoquée par Hayek dans son livre « La route de la servitude » paru en 1944  : « Peu de gens sont prêts à reconnaître que l’ascension du fascisme et du nazisme a été non pas une réaction contre les tendances socialistes de la période antérieure, mais le résultat inévitable de ces tendances » ; « Les partis de gauche aussi bien que ceux de droite se sont trompés en croyant que le national-socialisme était au service du capitalisme et qu’il était opposé à toute forme de socialisme ».

À force de vouloir ranger le FN à l’extrême droite, la Gauche Forte en oublie les racines socialistes du FN, pour affirmer un contre-sens comme « Le Pen père prônait un État minimal », puis préciser qu’à présent le FN « souhaite désormais l’existence d’un État fort, d’un État puissant, dont le bras armé serait une politique industrielle efficace », pour nous expliquer que « ce brusque revirement est cependant et essentiellement dû à une évolution de l’électorat frontiste, qui guide le changement de discours ». Non seulement la gauche forte se contredit sur sa conviction émise au départ de non changement du FN sur l’échiquier politique, mais de plus elle nous construit un hybride politique qui associerait le libéralisme, dont selon eux Le Pen père aurait été un défenseur, à son antonyme politique le fascisme (=socialisme totalitaire) qu’aurait incarné son ami politique Alain Robert et dont le FN puise certains fondements « d’un État fort, d’un État puissant ». Il faut vraiment être aux abois pour faire un tel amalgame et jouer au yoyo politique !

Le libéralisme étant par essence l’opposé du socialisme, il leur fallait bien fournir une autre « preuve » pouvant relier le FN au libéralisme. Et là nous touchons le fond de la dyslexie politique par la confusion faite entre conservatisme et libéralisme. Le FN devient « libéral » car il a adressé ses condoléances au Parti Conservateur après le décès de Margaret Thatcher. Pourtant les condoléances était très claires sur ce que le FN avait apprécié en elle : « Il salue la mémoire d’une dirigeante de convictions profondément attachée à la souveraineté de son pays et adversaire résolue de l’Europe fédérale ». Rien à voir avec sa politique libérale.

Une phrase résume parfaitement la difficulté pour le PS de se défaire de son double : « Le FN ne peut se revendiquer ouvertement anticapitaliste ; d’une part parce que c’est une position de gauche, et d’autre part parce qu’il est, fondamentalement, en faveur du capitalisme, familial et national ». Marquer son territoire et en exclure son clone politique nationaliste par une affirmation gratuite, n’a rien à envier aux méthodes du FN. Il est aisé de comprendre que la Gauche Forte ne pouvait aborder dans ce « guide » certains aspects du programme du FN qui en auraient fait publiquement des siamois du socialisme : « TVA majorée pour les produits de luxe », « amélioration de la progressivité de l’impôt. Instauration d’une tranche supérieure à 46 % », « retour progressif et le plus rapide possible à la règle de 40 annuités de cotisation pour bénéficier d’une retraite à taux plein et à l’âge légal de 60 ans pour le droit à la retraite », « élargissement du financement des retraites aux revenus du capital », « gel de la libéralisation et de la privatisation des services publics imposées par les traités européens », « renationalisation de La Poste ». Trop  anticapitaliste. Trop de gauche. Carrément à l’extrême gauche.

guide anti-fnMême la couverture du livre tente d’imager le refus d’un partage d’ADN politique par la symbolique : les couleurs du drapeau républicain où le rouge prédomine rappelant leurs liens (lointains) avec le mouvement ouvrier et le choix des auteurs de « la Gauche Forte ». Il ne s’agit pas de « bobos », ni de « sociaux-démocrates », ni de socialistes mous. Non, il s’agit d’une gauche forte qui n’a rien à voir avec la gauche gouvernementale. Une opposition à une droite forte, donc extrême, dans laquelle la Gauche Forte, dans son déni des fondements socialistes du fascisme et du national-socialisme, tente d’inclure le FN. Seulement voilà, le FN ce n’est pas la droite, et encore moins la droite forte, mais bel et bien la gauche extrême, un PS multiplié par deux. La gauche peut bien mettre un extincteur sur les braises du FN, elle n’en demeure pas moins la pyromane d’un incendie socialiste qui la consume à présent.

Mais, hormis cet énorme cafouillage sur « l’échiquier politique » (entretenu par bien des journalistes) et cette tentative désespérée de renier l’ADN socialiste du FN pour se prémunir de toute responsabilité, il faut admettre que les explications et les arguments de la Gauche Forte sur la sortie de l’euro, l’antimondialisation et l’immigration ont au moins la particularité d’être cohérents et compréhensibles par tout novice socialiste en la matière. Bien entendu, ce n’est pas une thèse, ni un compte rendu technique, et ce guide paraît à bien des égards simpliste et tendancieux. Mais avec des mots simples et des explications argumentées faciles à comprendre et vérifiables par tous, ce guide est à la portée de tout socialiste non-initié à la complexité des rouages économiques, du PS comme du FN, qui voudrait comprendre le b.a-ba des enjeux. Il résume bien les revers du programme FN dans ces trois domaines. Parfois, il faut même relire certaines affirmations de la Gauche Forte tant elles sont loin des propos tenus habituellement par les socialistes, voire par moment presque opposées :

  • La reconnaissance des impératifs de rendement du capital : « Alors que plus de 60% de la dette publique est possédée par des entités extra-nationales, le FN imagine entreprendre une entreprise de ‘francisation’. Baguette magique ? » « Car l’épargnant français n’est pas moins regardant qu’un autre ; ses attentes en terme de rendement et de risque seront les mêmes pour les titres français que pour les titres étrangers. »
  • Les marchés et la finance ne sont plus des ennemis opportunistes et spéculateurs : « Le problème de fond, c’est l’endettement de la France et les difficultés que nous rencontrons à générer la richesse nécessaire pour maintenir la confiance des créanciers et de l’ensemble des acteurs économiques. »
  • L’absence d’humanisme ostentatoire pour faire de l’immigration un paramètre économique au profit des Français qui eux auraient les postes qualifiés : « … l’immigration représente un facteur d’ascension sociale pour les Français – en accroissant la population active et en occupant les postes les moins qualifiés, elle favorise la croissance et le développement de secteur de l’économie où des postes plus qualifiés sont créés, tout en permettant de faire fonctionner des secteurs d’activité dont les postes ne trouveraient pas preneurs. »
  • L’aveu de l’inefficacité des contrats aidés : « Pour traiter efficacement le chômage des seniors, la meilleure solution n’est probablement pas de les recruter massivement dans le secteur public, mais bien plutôt de les aider, par une formation adéquate, à se reconvertir. »
  • La rupture avec le Front de Gauche et tous les antimondialistes (Montebourg, etc) : « Les agents du mondialisme sont donc, dans la pensée FN, simultanément pêle-mêle les élites, les grands patrons, les syndicats complices, les banques, l’Union européenne, et le fait des flux migratoires. » Et parle même de « concept simpliste », un « fantôme rampant »  « le mondialisme, concept valise ».

Malgré les tentatives désespérées, voire désespérantes, de dissociation de leur ADN politique commun, et le silence volontaire sur le fait que tout ce qui unit le PS et le FN, le socialisme, est bien plus fort que ce qui les dissocie, le nationalisme, ce guide atteint au moins son objectif de vouloir donner une vision globale et ultra-simplifiée afin que tout socialiste puisse comprendre les enjeux concernant la mondialisation, l’Union européenne et l’immigration. Ce guide ne marquera pas les annales des analyses économiques mais il permettra, peut-être, aux militants et sympathisants socialistes d’y puiser des éléments leur permettant de différencier le socialisme du PS et l’ultra-socialisme du FN.

Il ne reste plus à la droite qu’à faire état des liens de parenté entre les socialistes PS et FN au lieu de vouloir faire de la surenchère sur le nationalisme. Mais les étatistes de la droite française n’ont rien à voir avec une Margaret Thatcher sachant concilier libéralisme économique et un certain conservatisme et leur seule ambition est au fond la même que celle des socialistes du PS et du FN : la conquête du pouvoir pour préserver un État qui nourrit leurs ambitions personnelles au détriment des libertés individuelles. La droite française n’a toujours pas compris que la seule véritable opposition au socialisme du PS et du FN est le libéralisme et non un étatisme conservateur. La droite française n’a toujours pas compris que le combat fratricide entre socialistes du PS et du FN se solde toujours par l’union sacrée de ces socialistes face à eux. La droite française soi-disant « humaniste », « progressiste », ou « forte », n’est au fond qu’un courant politique étatiste conservateur, un socialisme ultra modéré conservateur. Une droite française qui est à présent tout aussi effrayée par le libéralisme, et les libertés individuelles qu’il préserve, que ne l’est le socialisme. Malgré toutes ses propositions tendant à atténuer de façon ponctuelle le rôle de l’État dans certains domaines de l’activité économique, la droite française ne sera une opposition crédible au socialisme que lorsqu’elle redéfinira le rôle de l’État à des fonctions purement régaliennes et coupera tout lien de celui-ci avec l’activité économique et l’organisation sociétale du pays, que lorsqu’elle cessera d’être un tremplin du socialisme pour devenir une transition vers le libéralisme.

Avec ce « guide », le duel FN/PS n’est au fond qu’une querelle de famille notifiée par écrit où leur cousin, le Front de Gauche, est mis sur le banc de touche, et dont les étatistes feront les frais au moment du regroupement familial.

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