Sophismes à tous les étages

Le débat public devient inquiétant : l’invective remplace l’argumentation.

Par Guillaume Nicoulaud.

combat

Jacques Sapir s’est récemment fendu d’une réponse à ses détracteurs dans laquelle il dénonce la bassesse des arguments de ces derniers — principalement Jean-Marie Colombani et Pierre Moscovici — et les tentatives d’assimilation particulièrement douteuses dont il fait l’objet. En substance, au motif que les positions anti-euro et dirigistes de Sapir ont été reprises — entre autres — par le Front National, les susnommés se croient autorisés à accuser l’auteur de RussEurope d’être lui-même d’extrême-droite et par là même, puisqu’il est désormais convenu chez ces gens-là que le racisme et l’antisémitisme sont des idées de droite, de fourrer Sapir dans le même panier de crabes sans — bien sûr — le dire explicitement. « Calomnions, calomnions, il en restera toujours quelque chose ! »

Je ne suis d’accord sur rien avec Jacques Sapir mais là, dans ce cas précis, je vais me ranger de son côté.

Je vais me ranger de son côté parce que l’usage du sophisme, de la calomnie et de cette espèce de sous-entendus est proprement immonde. Si c’est ainsi que nos intellectuels et nos ministres entendent mener le débat public, en se roulant dans la fange des arguments fallacieux, ils ne valent pas mieux que les courants politiques qu’ils dénoncent. Le « déshonneur par association », monsieur le ministre, est typiquement le genre de procédés sophistiques dont l’extrême-droite raffole.

Je vais me ranger de son côté parce que si ce sont là les seuls arguments que ces messieurs ont à opposer à ceux de Sapir, alors vraiment, l’euro est perdu. C’est d’une nullité effarante qui ne peut signifier que deux choses : soit les auteurs de ces attaques sont incapables d’apporter le moindre argument raisonné — c’est de l’incompétence — soit ils nous croient trop bêtes pour les entendre — c’est de l’arrogance.

Je vais me ranger de son côté, enfin, parce que si c’est là l’idée que se font nos élites médiatiques et politiques de la République, alors c’est la République qui est en danger. Je ne suis — encore une fois — pas d’accord avec Sapir mais lui, au moins, argumente et tire le débat public vers le haut : si ce dernier ne doit plus être nourri qu’à coup de hochets sociétaux « clivants » et de sophismes minables, il n’y aura bientôt plus de débat public possible et donc, plus de République.

Je conclus rapidement par un mot à l’attention de nos amis anti-libéraux de droite comme de gauche et, en particulier, à ceux qui se reconnaissent sous le nom de souverainistes.

Pourriez-vous, s’il vous plait, cesser d’utiliser le mot « néolibéralisme » ? Personne ne se réclame de ce « néolibéralisme », c’est un courant de pensée qui n’existe pas et le procédé qui consiste à l’accuser de tous les maux qui affligent ce monde n’est pas honnête. Il existe toute une palette de mots qui permettent de désigner les différents courants de notre famille : « libéraux » (classiques), « libertariens », « minarchistes », « anarcho-capitalistes », « objectivistes » (i.e. « randiens ») etc. De grâce, utilisez ceux-là et utilisez-les à bon escient.

Par ailleurs, puis-je espérer que vous cesserez un jour de nous prêter les pires intentions du monde pour mieux nous discréditer ? Pourriez-vous, par exemple, arrêter de laisser accroire que Milton Friedman a soutenu la dictature de Pinochet et en profiter pour nous assimiler à l’extrême droite (c’est un comble !) ? Pourriez-vous ne plus nous accuser systématiquement d’être les « suppôts de la finance mondialisée et apatride » ? Pourriez-vous simplement considérer que le fait que nos avis divergent n’implique nullement que nos intentions soient mauvaises ?

Enfin et au risque de trop en demander, est-il envisageable que vous cessiez un jour de qualifier de « libérales » — quand ce n’est pas d’« ultralibérales » — les politiques qui ont été mises en place en France ces dernières décennies. Qu’il y ait quelques éléments de libéralisme, comme le libre-échange qui vous déplaît tant, j’en conviens volontiers mais de là à dire que l’UMP de M. Copé ou le PS de M. Hollande sont des partis « libéraux », c’est objectivement ridicule.

Ceci étant dûment dit, revenons-en au débat.


Sur le web.