Afrique du Sud : pourquoi le développement économique tarde-t-il ?

Avec la disparition de Nelson Mandela se pose également la question de son héritage économique, et de la faible amélioration de la situation économique des plus faibles.

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Afrique du Sud : pourquoi le développement économique tarde-t-il ?

Publié le 8 décembre 2013
- A +

Par Stéphane Couvreur.

Un article de l’Institut Coppet.

L’Afrique du Sud est endeuillée par la disparition de Nelson Mandela, qui joua un rôle clé avec Frederik de Klerk dans la fin de l’apartheid et la réconciliation de la « société arc-en-ciel ». Mais malgré ses succès, le pays connaît un taux de chômage de 25% au moins, voire plus si l’on inclut les personnes découragées de chercher un emploi. Les plus pénalisés sont la population noire – le chômage des noirs s’est même aggravé depuis la fin de l’apartheid – et les femmes :

Race-gender-unemployment-South-Africa-300x163

Les jeunes sont également frappés :

Youth-unemployment-South-Africa-300x163

 

Parmi les explications possibles, deux reviennent très souvent : le racisme et le libéralisme.

Retenant pour sa part l’explication du libéralisme, Brice Couturier déclarait dans sa chronique du 6 décembre sur France Culture que

Mandela a imposé à ses partisans une politique économique néolibérale sous le signe GEAR – (growth, employment and redistribution ) – qui a sans doute poussé le développement économique du pays mais qui a accru les inégalités entre riches et pauvres. 25% de la population est au chômage. Le nombre de Sud-Africains devant subsister avec moins d’un dollar par jour a doublé depuis 1994, tandis que le gouvernement ANC de Jacob Zuma non seulement favorise ouvertement le big business mais couvre une énorme corruption.

Sous une forme édulcorée, cette explication reprend la vulgate marxiste qui affirme depuis longtemps que le malheur des noirs résulte de la lutte des classes entre les prolétaires et les riches capitalistes.

Pour ce qui est du racisme, la politique de l’ANC depuis son arrivée au pouvoir a largement consisté à lutter contre le racisme et ses conséquences. Une politique de discrimination positive en faveur des noirs – Black Economic Empowerment – a été mise en œuvre, ainsi qu’une réforme agraire qui a déjà redistribué 6 millions d’hectares à ce jour sur un objectif de 24 millions d’hectares. Mais cette politique a échoué à améliorer les conditions de vie de la majorité des Sud-Africains noirs.

La persistance, et même la hausse, du chômage depuis 20 ans suggère qu’il existe d’autres forces bloquant le marché du travail.

Dès les années 1960, l’économiste anglais William Hutt, installé en Afrique du Sud, proposa une nouvelle explication de l’apartheid en termes d’économie politique. Pour lui, ce n’était ni la lutte des classes entre riches et pauvres, ni le racisme entre blancs et noirs qui expliquaient la misère des Sud-Africains, mais la poursuite par les ouvriers blancs de leurs intérêts catégoriels au détriment des noirs.

Lorsque des diamants, puis des mines d’or furent découverts à partir de la décennie 1870, l’industrie minière a connu un formidable développement. Les capitaux venant de Grande-Bretagne ont afflué et pour satisfaire les besoins en main-d’œuvre les entrepreneurs ont commencé à embaucher des ouvriers puis des contremaîtres noirs. Une telle évolution était perçue comme nuisible par les employés blancs qui craignaient cette concurrence, ainsi que par les fermiers blancs obligés de payer plus cher leurs employés noirs.

Or pendant longtemps, à l’exception notable de la province du Cap, les noirs ont été exclus du processus politique. L’électeur médian était donc un travailleur blanc, un employé blanc ou un fermier Afrikaner, tous opposés à la liberté de travail des noirs, plutôt qu’un citadin d’origine britannique. L’activisme des travailleurs blancs peu ou pas qualifiés a finalement conduit à des lois qui restreignaient les possibilités des noirs d’entrer dans le secteur de l’industrie : passeport intérieur, création d’un parti travailliste attaché à la défense des intérêts des travailleurs blancs, réglementation par l’État des embauches dans le secteur minier sous prétexte de « sécurité des travailleurs », et enfin instauration d’un salaire minimum.

Ces mesures législatives heurtaient les intérêts des travailleurs noirs, mais également des actionnaires des mines, qui se retrouvaient ainsi leurs alliés de circonstance. Des les années 1890, ces derniers constituèrent la Chambre des Mines, une fédération professionnelle qui lutta contre les mesures discriminatoires et finança des procès dans ce sens. Mais ni les actionnaires ni les dirigeants des mines n’ont jamais pu obtenir gain de cause, tant les relations sociales se sont tendues, notamment en raison des fluctuations du cours de l’or pendant les deux guerres mondiales. Lorsque le Parti national remporta les élections en 1948, c’était sur une plate-forme qui promettait de mettre en œuvre un vaste programme de discrimination raciale.

Tout ceci est désormais derrière nous, se dira-t-on. Pourquoi le chômage se maintient-il à un niveau si élevé, en particulier chez les noirs et les jeunes ?

Encore aujourd’hui, le paysage politique est dominé par une puissante coalition entre l’ANC (parti socialiste engagé depuis longtemps dans la lutte contre la ségrégation et pour les droits civiques des personnes de couleur, auquel appartenait Mandela), la COSATU (union de syndicats et de fédérations, représentant les intérêts économiques de l’industrie) et le SACP (parti communiste).

Si le racisme a reculé en Afrique du Sud, le syndicalisme d’État et le corporatisme, eux, restent bien présents. Ils maintiennent un marché du travail à deux vitesses comparable à ce qui existe en France. Il faudrait se livrer à une analyse plus détaillée, mais on peut penser que c’est cette situation qui explique la pauvreté des noirs en Afrique du Sud, le chômage de masse et le niveau de criminalité élevé. Nous devrions en tirer les leçons, aussi bien pour l’économie française que pour l’harmonie de notre société, multicolore également : la société « black, blanc, beurre ». La victoire des Springboks lors de la coupe du monde de rugby en 1995, si bien racontée par Clint Eastwood et Morgan Freeman dans le film Invictus, n’a pas résolu les problèmes de l’économie sud-africaine. Quinze ans après la victoire des Bleus en coupe du monde de football en 1998, la France n’a pas fait mieux.

Le capitalisme libéral est le meilleur antidote contre le racisme. Sur un marché libre, les employeurs qui refusent d’embaucher des travailleurs productifs parce qu’ils sont noirs sont pénalisés parce que leur entreprise est moins compétitive et leurs profits diminuent. Seul l’État permet de socialiser ces coûts du racisme et de généraliser un système d’apartheid. (Murray Rothbard)

Sources :

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  • Pas très convaincant !

    La réforme agraire a consisté à remettre des terres superbement valorisées par des « blancs » à de petits exploitants noirs fort incompétents, avec la chute de productivité que l’on connait.

    La fin de l’apartheid a abrogé une loi qui interdisait à des campagnards à venir s’installer en ville, sauf s’ils avaient un emploi. De pauvres types illettrés ont déferlé sur les villes, ce qui a eu pour effet de décupler le nombre de townships, et la délinquance qui va avec.

    L’Afrique du Sud est un pays de pionniers, puisque ni noirs ni blancs n’en sont originaires (sauf Xhosas, très minoritaires). C’est donc un pays jeune, sain d’esprit, où chacun doit mériter son pain. Il n’y a donc pratiquement aucune aide d’Etat pour les pauvres, mais un genre de devoir général d’employer les pauvres à de petits boulots. On salarie beaucoup de gens à entretenir ce pays le plus propre du monde …

    Par contre, l’Afrique du Sud met le paquet sur les enfants ! Une éducation d’excellent niveau, animé par la vue anglo-saxonne de la performance personnelle, et incluant des repas bien équilibrés pour les enfants des townships, des soins médicaux de pointe, des assistants sociaux autrement pous vigilants que les nôtres. Un vrai pari sur l’avenir, y compris en matière de formation professionnelle. Chaque année, plus de 1.000 artisans, virtuoses de métiers d’art, arrivent d’Europe ou d’ailleurs pour enseigner plusieurs mois par an leur technique à ces enfants, par ailleurs ultra-doués aux dires de leurs profs.

    Bref, on mise sur la jeune génération, avec beaucoup d’intelligence.

    Un point noir toutefois : l’explosion du nombre d’enfants ! Cette démographie galopante pourrait être la pire difficulté dans 10 ou 15 ans.

    L’espoir, c’est le développement des gens riches ou simplement aisés, qui tirent toute l’économie vers le haut. Et la mentalité culturelle qui , du haut au bas de l’échelle, est placée sous le signe de la niaque.

    • C’est comme la France, une destination touristique, un super potentiel, un état omni-présent, une focalisation sur les questions de société et une amélioration qui ne manquera pas de venir dans trois ou quatre ans, ou cinq ou six ou sept…

    • Mps,

      Des inexactitudes se sont glissées dans votre commentaire. Iles vrai que les blancs sont arrivés par le sud, deu Cap et sont remonté au nord-est, et ont rencontré les Bantus venus du nord est, vers la rivière Fish, mais les Xhosas ne sont pas originaires d’Afrique du Sud. C’est une ethnie Nguni du sud, à la pointe de l’immigration.

      Les premiers habitants de la région étaient les Khoi et Khoi-san, souvent appelés Bushmen. Les Colored sont issus entre autre des relations entre las Blancs et les Khois. Ces derniers ont disparus, pris en étaux entre les blancs et les noirs, Tués ou assimilés.

      Concernant l’éduation en Afrique du sud , vous me surprenez. S’il y a beaucoup d’écoles privées, le système d’éducation public est une catastrophe, l’absentéisme des profs et des élèves incroyable, bref un vrai gachi. Allez dans un restaurant et si le serveur comprend bien et semble intelligent, vous verrez qu’il vient du Zimbabwe. L’édudation la-bas était de très bonne qualité, mais pas ici, en Afrique du Sud.

      Quant aux cantines… Avez-vous entendu parlé de JuJu Malema et de la corruption dont il est accusé ? Pauvre Afrique du Sud.

      Le bonjour de Pretoria.

  • Contrepoints >> MESSAGE MODÉRÉ
    Les propos racistes ne sont pas tolérés.

    • Quand Anders Breivik, pourfendeur comme vous du « multiculturalisme » (terme que les vrais libéraux évitent d’utiliser tant sa définition est devenue floue), commet une tuerie de masse : Est-ce que c’est parce qu’il est Blanc ou parce que c’est un tueur de masse ?

      Quand Jesse James braquait une banque : Est-ce que c’était parce qu’il était Blanc ou parce que c’était un braqueur ?

      Quand François Hollande fait preuve d’incompétence : Est-ce que c’est parce qu’il est Blanc ou parce que c’est un politicien incompétent ?

      Pourquoi toujours ressentir le besoin de ramener un problème uniquement à l’origine ethnique d’un individu ? Parce que c’est plus facile d’éviter de trop réfléchir ? Parce que c’est plus simple de se mentir à soi-même ?

      Lorsque vous dîtes : « On sait ce que l’Afrique du Sud est en train de devenir, il suffit de regarder ce qu’est devenu Johannesburg. Il suffit de regarder n’importe quelle ville, région, ou pays tombé aux mains d’une majorité noire »

      Vous vous rabaissez à insinuer que la source du problème c’est le fait que des individus soient noirs (origine) et qu’ils soient trop nombreux (quantité.)

      En réalité, si après le renversement d’un pouvoir injuste (bafouant la liberté individuelle et la propriété privée) la situation d’un pays s’aggrave, la source du problème c’est que le peuple n’était pas assez responsable pour faire face à cette situation et qu’il a remplacé un pouvoir injuste par un autre pouvoir injuste. Or s’il n’était pas assez responsable c’est largement parce qu’il n’était pas assez libre, et s’il n’était pas assez libre c’est à cause d’un pouvoir injuste (qui peut être le fait d’un dirigeant politique blanc tout comme d’un chef noir d’une tribu guerrière par exemple.) On voit donc qu’il est totalement vain d’essayer de justifier un pouvoir injuste, quels que soient les individus impliqués, quel que soit le lieu, quelle que soit l’époque.

      • Contrepoints >> MESSAGE MODÉRÉ
        Les propos racistes ne sont pas tolérés.

        • les faits sont têtus et difficilement contestables … on sait bien que ce genre de discussion sur ce thème précis amène des réactions d’ordre idéologiques à la limite de l’hystérie , vous êtes courageux même sur un forum plutôt libre ..

        • D’un côté vous admettez qu’il existe des Noirs « remarquables », et de l’autre côté vous persistez à penser que c’est le fait que des gens n’aient pas la bonne couleur de peau qui provoque l’effondrement de la prospérité des pays et des villes où ces gens sont présents.

          IL VOUS FAUT FAIRE UN CHOIX :

          SOIT les Noirs peuvent potentiellement être aussi « remarquables » que les Blancs, et dans ce cas l’effondrement de la prospérité d’un pays (ou d’une ville) ne résulte pas de la présence de Noirs.

          SOIT les Noirs ne peuvent être que des « médiocres » inférieurs aux Blancs, et dans ce cas, comme vous le dîtes, l’effondrement de la prospérité d’un pays ou d’une ville résulte de la présence de Noirs.

          D’autre part, ce site n’est pas fréquenté que par des habitués, par conséquent lorsque vous omettez de dire dans votre premier message qu’il existe des Noirs « remarquables », c’est à vous et à vous seul qu’il faut vous en prendre, et non pas à un internaute qui ne vous connait pas, et qui par conséquent vous fait remarquer le problème que soulève cette omission.

  • Les commentaires sont fermés.

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