Syed Kamall, le candidat idéal pour les conservateurs britanniques ?

Le député européen Syed Kamall est la dernière personne que le Parti travailliste aimerait voir à la tête des conservateurs pour les élections européennes.

Par Daniel Hannan, depuis Oxford, Royaume-Uni.

Syed Kamall
« Ne donnez pas de l’argent aux gens, apprenez-leur plutôt à gagner leur vie. »

Le député européen Syed Kamall est la dernière personne que le Parti travailliste aimerait voir à la tête des conservateurs pour les élections européennes. Il remplit en effet quasiment toutes les cases : il est souverainiste, veut réduire les impôts et est thatchérien. Mais son centre d’intérêt est la lutte contre la pauvreté. Il ne fait pas qu’en parler cependant : il a passé des années à travailler avec des organisations caritatives et des entrepreneurs dans des pays en voie de développement et dans des endroits défavorisés du Royaume-Uni. Cette expérience personnelle l’a convaincu que la meilleure façon de lutter contre la misère n’est pas par l’intermédiaire de subventions mais par l’échange, la propriété privée et l’éducation.

En le choisissant comme leader la semaine dernière, les députés européens conservateurs ont indiqué qu’ils étaient sérieux pour les élections de mai. Je dois cependant déclarer mon conflit d’intérêt à ce stade : Syed est mon ami depuis plus de 20 ans. C’est pourquoi je peux me porter garant de la sincérité de ses opinions. Depuis aussi longtemps que je le connaisse, il a voulu rapatrier le pouvoir de Bruxelles vers le Royaume-Uni et il n’hésiterait pas à quitter l’Union européenne, à moins que de meilleures conditions ne soient proposées. Les pays n’échangent pas avec d’autres pays dit-il, ce sont les entreprises qui échangent entre elles, rendant les communautés économiques redondantes. Non pas qu’il bassine les gens là-dessus. En effet, il ne fait généralement part de son euroscepticisme qu’en répondant à des questions directes.

Je pourrais parler toute la journée avec plaisir des horreurs venant de Bruxelles mais Syed, lui, préférera vous parler de la réhabilitation des prisonniers ou de son projet pour rendre disponibles les prêts par financement collaboratif  aux jeunes entrepreneurs des sites en stagnation, soit une version locale de Kiva. Au passage, je ne pourrais jamais recommander assez vivement cette organisation caritative : si vous en recherchez une qui ne garde pas votre argent pour elle-même ou pour faire du lobbying et où vous avez le contrôle sur les prêts ou les contributions que vous faites, réfléchissez-y.

Syed a compris que la pauvreté, qu’elle soit au niveau national ou global, ne vient pas simplement d’un manque de richesse. Elle vient aussi d’une absence d’occasions qui, avec le temps, peut devenir une absence d’ambition et d’assurance. Plusieurs années auparavant, celui-ci m’expliqua qu’il rejoignit le Parti conservateur car ce dernier semblait s’adresser aux gens comme lui tout en parlant en leur nom. Son père, un chauffeur de bus originaire de Guyana, lui avait toujours dit qu’en Grande-Bretagne, n’importe qui pouvait réussir avec beaucoup de travail. Il l’a cru à l’époque et le croit encore maintenant.

Comme beaucoup de personnes travaillant dans le domaine caritatif, Syed est en partie motivé par sa foi. Étant britannique, il est bien entendu mal-à-l’aise et réservé sur le sujet mais il fait de son mieux pour vivre comme un honnête musulman. Cela fait de lui un individu plus complet et un meilleur homme politique.

Pour résumer donc, on a un musulman intelligent, modeste, joueur de cricket, fan de Jimi Hendrix et éloquent, fils d’un chauffeur de bus émigré, dont l’intérêt principal porte sur un conservatisme charitable mais qui s’avère aussi intensément patriote, partisan d’un État limité et d’un eurosceptiscisme inspiré par l’école autrichienne dès qu’on le pousse à donner son opinion.

Avouez-le, vous n’auriez pu rêver d’un meilleur candidat, non ?


Sur le web. Traduction : Raphaël C. pour Contrepoints.