Il faut tout privatiser

Laisser un service entre les mains de l’État a toujours pour conséquence l’appauvrissement. Et parfois la mort.

Par John Stossel, depuis les États-Unis.

391229On entend souvent dire que le marché c’est très bien, sauf pour certaines activités trop importantes. Ou trop compliquées. Ou trop fondamentales pour la démocratie.

Je dis qu’il faut tout privatiser.

Cela vous semble peut-être affreux et sans cœur. Pourtant, laisser un service entre les mains de l’État a toujours pour conséquence l’appauvrissement et bien souvent la mort.

Prenez le don d’organes.

La loi interdit d’acheter et de vendre des organes, ce qui empêche le marché de fonctionner. Des patients désespérés doivent attendre en espérant soit qu’un généreux donateur se présente, soit que quelqu’un décède juste au bon moment et que leur dossier soit en haut de la liste.

Aux États-Unis 100 000 personnes sont en attente d’un rein, ce qui représente 80% de la pénurie d’organes. Nous pourrions sauver ces gens car nous n’avons besoin que d’un seul rein et nous en avons deux. Pourtant très peu font ce choix. Par opposition, en Iran, il y a souvent des listes d’attente de donneurs. En effet, la vente d’organe y est légale (une des rares choses positives dans ce pays).

Les organes continuent à circuler quand c’est illégal, mais c’est le marché noir qui prend le relais et produit des horreurs. On voit alors des gros titres comme « Un réseau clandestin d’émigration en Angleterre servait à récolter des organes » et « Un enfant de 6 ans en Chine se fait arracher les yeux pour une greffe au marché noir ».

Bien entendu, il est préférable que les échanges d’organes, comme tous les autres, se fassent volontairement.

La bioéthicienne Sigrid Fry-Revere, qui a fondé le Center for Ethical Solutions, est allé en Iran pour rencontrer les acheteurs et les vendeurs.

Elle rapporte des histoires comme celle « d’un apprenti qui avait besoin de fonds pour monter son affaire. Il possède maintenant son propre magasin. Il a donné un rein à une fillette de 15 ans qui va à l’école. Il prend régulièrement de ses nouvelles auprès de la mère et cela a été un vrai soulagement pour lui d’apprendre qu’elle se portait bien. »

Fry-Revere affirme que le commerce d’organes en Iran ressemble à l’adoption libre au États-Unis : les deux parties peuvent décider de rester en contact et d’apprendre à se connaitre, ou la donation peut rester anonyme. Les deux options sont meilleures que le kidnapping et le vol.

En Amérique, je peux vendre mon sang. Mon sperme. Mes ovaires. Pourquoi pas un rein ? Pourquoi les politiciens rechignent-ils à l’idée d’un marché légal ? Fry-Revere pense « qu’il est simplement difficile de se débarrasser des vieilles habitudes. »

Beaucoup de services se trouvent ainsi exclus du champ de compétence du marché par une sorte de blocage mental. D’après le Président Obama nous ne pouvons pas éteindre un feu sans l’État. Pourtant, la moitié des personnes que l’État paye pour combattre les incendies de forêt dépendent d’entreprises privées. Dans certains endroits ces entreprises s’occupent aussi des incendies domestiques. Elles sont plus rapides que leur équivalent public.

La ville de Sandy Springs en Géorgie a privatisé la plupart des services. Les habitants ont constaté avec surprise que les rues étaient nettoyées plus rapidement et que les feux rouges étaient synchronisés. Les fonctionnaires précédemment employés n’étaient pas mauvais, mais ils ne risquaient pas de perdre leur travail si le fonctionnement n’était pas optimal.

Certaines choses comme les tribunaux, l’écologie ou la protection des frontières doivent dépendre de l’État. Tout le reste devrait être laissé au secteur privé.

L’État donne beaucoup de garanties et fait beaucoup de promesses, mais bien rares sont les cas où il ne s’agit pas de paroles en l’air. Des entreprises privées ont géré avec brio la campagne du Président Obama sur Internet durant les élections. Quand il a fallu faire un site pour promouvoir le projet d’assurance maladie c’est l’État qui a pris le relais, avec le succès que l’on sait.

Le marché n’est pas parfait mais il a l’avantage de sanctionner la paresse, de favoriser la réflexion, la prise de risque et l’innovation. En cela, c’est un instrument de prospérité.


Un article de Reason. Traduction : Lancelot/Contrepoints.