Un tireur fou, peut-être… mais avec une logique !

Abdelhakim Dekhar

Le « tireur fou » qui défraie les chroniques « faits divers » est-il vraiment fou ?

Par Charles Sannat.

tireur fou

Évidemment, ce n’est pas mon rôle et encore moins celui de Contrepoints que de commenter les faits divers, mais cette histoire du tireur fou, qui a sévi hier à Paris et qui vraisemblablement recommencera jusqu’à ce qu’il soit arrêté, n’est pas anodine et concerne l’économie… ou plutôt la critique, au sens armé du terme, du système dans son ensemble.

J’écoutais hier soir le JT de France 2 (ça m’arrive encore quand il se passe des choses) et j’ai été estomaqué par les propos de la journaliste en direct des Champs et dont il faut saluer le courage puisqu’elle ne portait ni gilet pare-balles ni casque de l’armée avec écrit en gros dessus « Presse »

Elle a dit en gros : « aucune revendication ni explication à ce geste », c’est juste un tireur fou.

Mais cette vision est aussi mensongère que fausse et il ne faut pas sortir de Polytechnique pour bien comprendre ce qu’il se passe.

Cet individu attaque le système !

La chronologie des faits est assez simple. Le tireur commence son action chez BFM TV où il ne tire pas mais actionne deux fois la pompe de son fusil (qui est donc à pompe) ce qui fait tomber deux cartouches. Il indique que « la prochaine fois, il ne les loupera pas ». C’est évidemment à la fois un avertissement et presque un compliment adressé à la chaîne BFM TV qui n’est pas, ces derniers temps, dans les petits papiers du gouvernement.

Puis il attaque le journal Libération qui est, comme chacun sait, l’organe de « propagande » quasi officiel du gouvernement (ce qui explique sans doute l’effondrement des ventes du journal qui diminuent au même rythme que la cote de popularité dudit gouvernement).

Et là, il ouvre le feu et tire pour tuer. L’attaque du journal Libération est très symbolique. Il aurait pu ne pas aller plus loin ou attaquer un autre média, d’ailleurs c’est chez Radio-France que la panique sera la plus grande, puisque les vigiles mettront même les gilets pare-balles pour le coup… C’est donc la presse « gouvernementale » qui est attaquée au sens premier du terme, ce qui est bien une forme de revendication.

Enfin, il attaque le siège de la Société Générale, grande banque française qui a défrayé la chronique avec l’affaire Kerviel et a nécessité l’intervention en catastrophe de l’État.

C’est donc le système politique et économique (ou ses représentations) qui est visé par cet individu et ses actes valent évidemment explication et revendication.

Comprenez-moi bien. En aucun cas ce genre d’actes ne peut être accepté, toléré ou admis. Ils doivent néanmoins être expliqués car cet homme n’est pas fou. En tout cas, pas forcément au sens psychiatrique du terme. Merah n’était pas fou, Brevik non plus, et cet inconnu vraisemblablement pas non plus. Il s’agit d’individus qui poussent leur logique de contestation et de révolte au bout… et le bout, c’est la violence extrême. Il y a dans leurs actes une logique absolue et terriblement jusqu’au-boutiste. Il y a également des extrémismes qui se font échos d’un côté et de l’autre comme une symétrie et il ne nous manque plus qu’un « Mérah » d’extrême droite qui ira tuer dans une mosquée pour définitivement parachever ce tableau terrible de ce que devient notre société « angélique ».

Je n’ai de cesse, depuis plusieurs mois et en réalité depuis plusieurs années, de dénoncer et de mettre en garde aussi bien nos mamamouchis que nos concitoyens sur les risques bien réels de quasi-guerre civile dans notre pays. Ne vous y trompez pas, ce genre d’événement est précurseur des drames qui toucheront notre pays si nous ne faisons rien.

Et faire quelque chose, ce n’est pas de dire que l’on ne comprend pas ses revendications ou que c’est l’acte d’un fou !

Faire quelque chose, c’est traiter les problèmes de fond auxquels sont confrontés le peuple de ce pays dans toute leur complexité et dans leur réalité avant qu’ils ne débordent définitivement toute la société modérée. Mais encore une fois, nous ne le ferons pas et comme à chaque fois dans l’histoire, les modérés contemplent impuissants la montée inexorable d’une haine qui s’achève toujours par un déferlement de violence.


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