Compétitivité française : qu’en pense l’OCDE ?

Changer de cap

Le rapport de l’OCDE sur la compétitivité française pointe les vrais problèmes. Mais sera-t-il lu et utilisé ?

Par Nicolas Nilsen.

Changer de capAujourd’hui la croissance économique française est au bord de la récession (en chute de 0,1% au troisième trimestre), le chômage progresse, les défaillances d’entreprises augmentent, les plans sociaux se multiplient, le mécontentement touche toutes les professions, la grogne fiscale s’exprime avec violence, la colère monte… mais le gouvernement trouve que tout va bien et qu’il ne faut donc « pas changer de cap »… C’est dans ce contexte très tendu que l’OCDE publie son dernier rapport intitulé France, redresser la compétitivité.

Un constat accablant sur [l’absence de] compétitivité française

L’OCDE énumère pèle-mêle tout ce qui contribue à la dégradation de la compétitivité française : l’excès de réglementation, les dysfonctionnement du système éducatif et de la formation professionnelle, les sempiternelles « 35h » (créées par Martine Aubry qui ambitionne de devenir Premier ministre), le mauvais fonctionnement du marché du travail, un secteur public peu efficace, une fiscalité sur les entreprises la plus élevée d’Europe, etc.

L’OCDE propose tout ce que tout le monde sait et demande inlassablement depuis des années : notamment une baisse des impôts (une réduction du poids global de la fiscalité et une réduction des dépenses publiques) ; une plus grande flexibilité du marché du travail (pour permettre aux entreprises de faire face aux restructurations économiques) ; d’encourager l’entrepreneuriat innovant ; de libéraliser les commerces et les services publics ; de poursuivre la libéralisation des professions « à statut » (comme le rail avec les cheminots notamment) ; de simplifier le « mille-feuille administratif » ; de réduire « la pesanteur réglementaire »…. La liste est sans fin et on connait tout ça par cœur.

Un rapport de plus qui rejoindra les précédents aux oubliettes !

Le « mal français » et la dégradation de la compétitivité française sont déjà connus. Le diagnostic a été fait de nombreuses fois, dans des dizaines de rapports remis officiellement à plusieurs présidents, avec des dizaines et des dizaines de mesures et de propositions concrètes… Résultat : nul ! Les rapports continuent d’être rédigés et, pendant les travaux, la France continue de s’enfoncer :

  • En janvier 2008, il y avait déjà eu le rapport de la Commission pour la « Libération de la croissance française », présidée par Jacques Attali, qui fournissait des recommandations et des propositions afin de relancer la croissance économique de la France. N’a servi à rien.
  • En septembre 2013, Jacques Attali (tiens encore lui) remettait à François Hollande un autre rapport sur « L’économie positive ». Comme vous ne savez sans doute pas ce que c’est, l’introduction précisait (accrochez-vous) que « l’un des prérequis de l’ « économie positive » était de bâtir « un capitalisme patient » (!) à travers une « finance positive », qui retrouve son rôle de « support de l’économie réelle »…. Vous voyez, du charabia pur-sucre bureaucratique ! On comprend qu’avec ça la croissance ne soit pas repartie et que la compétitivité française soit restée en rade, contrairement à l’allemande qui est florissante. Mais peu importe, car comme les précédents rapports, il a aussitôt été oublié et enterré. N’a servi à rien.
  • En novembre 2013, c’est donc ce rapport de l‘OCDE, intitulé explicitement « France, redresser la compétitivité ». Mais le gouvernement ne s’en inspirera évidemment pas et donc il ne servira à rien.
  • En février 2014, juste avant les municipales, mais après s’être occupé des prostituées, des roms, de Léonarda, de l’antiracisme, des rythmes scolaires, des couvertures des magazines, etc., le Gouvernement commandera sans doute un nouveau rapport sur… « la compétitivité française » par exemple (tiens en voilà un beau sujet, ce serait bien d’avoir enfin un rapport et des propositions…

Peu importe car tout le monde se moque de ces rapports qui n’amusent même plus les journalistes. Et les Français commencent à comprendre que le mal est au cœur même de l’État ! Que c’est l’État qu’il faut réformer en priorité pour qu’il arrête enfin d’étouffer les entreprises et les contribuables. Alors seulement la compétitivité repartira ! Mais ne dites pas à Ayrault et Hollande que la situation est explosive : ils pensent qu’il n’y a pas de problème et qu’il vont dans la bonne direction : il ne faut surtout « pas changer de cap » répètent-ils ! Ce n’est donc pas un rapport qui les fera bouger. Nos fourches peut-être ?

C’est l’État le problème ! C’est lui qu’il faut réformer !

Lire aussi :


Sur le web