Taubira, l’étau bien commode du racisme

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Victime d’attaques racistes, Christiane Taubira bénéficie soudainement d’un soutien sans faille. La bêtise du racisme ne doit pas faire oublier son idéologie nauséabonde et son incompétence.

Victime d’attaques racistes, Christiane Taubira bénéficie soudainement d’un soutien sans faille. La bêtise des attaques racistes ne doit pas faire oublier son idéologie nauséabonde et son incompétence avérée.

Par Baptiste Créteur.

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Clarifions, d’emblée, pour couper l’herbe sous le pied du lecteur qui aimerait autant les raccourcis qu’un chauffeur de taxi les déteste : le racisme est d’une bêtise sans nom. C’est l’une des formes les plus primaires du collectivisme et du déterminisme ; il est incompatible avec le libéralisme par essence individualiste. Je le condamne, fermement, et le trouve très bête.

Sans m’opposer toutefois à la liberté d’exprimer des propos racistes, qui va de pair avec la responsabilité qui incombe à quiconque s’exprime et prend le risque de révéler à la face du monde sa profonde stupidité ; malgré un goût prononcé pour l’humour, je suis incapable d’apprécier un jeu de mots à la Minute. Mais je tiens à ce que la liberté d’expression ne se cantonne pas à la liberté d’exprimer des idées majoritairement approuvées ou approuvables ; la restreindre est trop dangereux.

L’herbe coupée, le terrain est dégagé, bien que loin d’être déminé.

Être victime d’une attaque raciste, c’est un peu comme mourir : soudainement, tout le monde vous aime et vous soutient. En remerciement des bons et loyaux services de la gauche qui lui a donné le poids qu’elle a aujourd’hui, l’extrême-droite lui offre donc ses services remarquablement efficaces en matière de communication.

Alors que l’exécutif croule sous des problèmes auxquels, faute de les voir et de les comprendre, il n’offre pas la moitié d’une réponse, et que ses seuls mots d’ordre étaient jusque-là « confiance » et « optimisme » dans une tentative misérable de cacher son échec, l’Événement nouveau est arrivé.

Ou plutôt le phénomène. Clément Méric avait permis de détourner l’attention un instant, Léonarda et la compassion du Président n’y étaient pas parvenus, et voilà que le miracle se produit : d’utiles idiots relancent la machine antiraciste au plus fort de la crise de popularité.

Celui qui veut se dresser entre eux n’aura pas la tâche facile. À sa gauche, les antiracistes, déterminés à faire le Bien. À sa droite, les racistes, déterminés à faire le mal. Et lui, au milieu, qui n’a à leur opposer que sa capacité à ne pas suivre les ficelles, trop grosses, qu’on lui tend, et son refus de suivre les voies toutes tracées qui se présentent à lui et l’invitent à des réactions d’automate. Il devra, à chaque fois qu’il voudra s’opposer aux antiracistes, rappeler qu’il n’est pas raciste, et rappeler aux racistes qu’il n’est pas antiraciste ; il devra se justifier sans cesse de ne pas avoir de préjugés, de ne pas faire de raccourcis, de réfléchir avant d’agir et de parler. Il devra justifier son absence d’instinct grégaire, motiver son refus de faire partie de l’un ou l’autre troupeau.

Le racisme ne mérite à ses yeux que le mépris, un mépris qui devrait se traduire par un silence condescendant ou un soupir las. Mais les antiracistes ont une arme redoutable, l’étau antiraciste (qu’on pourra renommer l’étaubira) : il faut choisir son camp. Ne pas condamner, c’est approuver, qui ne dit mot consent, on ne peut refuser de participer à la mascarade, d’apporter son soutien automatique à la victime d’attaques racistes. L’inaction est désormais complice, le silence parle désormais de lui-même si on ne s’indigne pas en chœur : « Non au racisme ! Non à la discrimination ! Le ventre est encore fécond d’où a surgi la bête immonde ! »

En quelques semaines, on découvre la France encore raciste et les militants du FN insultant leurs camarades de lutte. Quelques semaines d’actualité chargée, remplacée dans l’actualité par la menace d’extrême-droite ; qui place le FN sous le feu des projecteurs et offre à Marine Le Pen l’occasion de se démarquer, de condamner, de se rendre encore un peu plus respectable et normaliser son parti en acceptant la main tendue des antiracistes.

L’affaire est bien orchestrée, les médias grand public sont ravis ; difficile de faire condamner fermement l’opposition à la politique du gouvernement, contrairement à faire condamner fermement l’incitation à la haine raciale envers un ministre.

Pour rendre le danger réel, on dissout les groupuscules, on empêche la diffusion des brulots. Triste époque où, faute d’hommes capables de défendre de meilleures idées, on croit de nouveau devoir prendre peur du racisme et où, faute d’ennemis compétents à la social-démocratie et à l’Empire du Bien, on doit agiter des cadavres de marionnettes.

Les idées nauséabondes ne sont dangereuses qu’en l’absence d’hommes pour en défendre de meilleures. – Ayn Rand

Car c’est bien là tout le génie de cet étau intellectuel : faire croire qu’il n’existe d’alternative au racisme que dans l’antiracisme, qu’il n’existe d’alternative au mal que dans l’adhésion pleine et entière au Bien et par conséquent dans le soutien plein et entier aux détenteurs autoproclamés de la bonne pensée. Qui ont même le pouvoir de faire d’une opinion un délit.

 

Le monopole de la pensée vertueuse va donc pouvoir s’étendre ; la lutte contre le gaspillage n’aura d’ennemis que gaspilleurs, la lutte contre les inégalités homme/femme n’aura d’ennemis que machistes, la lutte pour le mariage gay n’aura d’ennemis qu’homophobes. Plus généralement, la lutte pour les droits des minorités, éminemment fasciste en France puisqu’elle entend donner tout pouvoir à l’État pour effacer l’individu et son droit de discriminer, n’aura d’ennemi que fasciste ; la lutte contre l’oppression, des pauvres par les riches, des salariés par les patrons, des jeunes par les vieux, passera par l’oppression de tous par tous qui a le mérite de n’oublier personne.

Personne, sauf les meneurs de la lutte permanente qui jouiront d’une présomption de sainteté et des privilèges que mérite leur engagement de façade au service du Bien.