L’Homme face à l’État thérapeutique

L’ « État thérapeutique » est l’alliance malsaine de la médecine et de l’État qui permet toutes sortes d’entraves injustifiées à la liberté. En souvenir de Thomas Szasz, courageux défenseur de la liberté et de la responsabilité.

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Médecine (Crédits : Adrian Clark, licence CC-BY-ND 2.0)

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L’Homme face à l’État thérapeutique

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 5 novembre 2013
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Par Jacob Sullum, États-Unis.
Un article de Reason.

medecine credits adrian clark (licence creative commons)

Un hommage, paru dans une nécrologie du New York Times, dédié au Psychiatre Thomas Szasz, courageux défenseur de liberté et de prise de responsabilité, et décédé en septembre 2012 à 92 ans, prétendait que sa critique de la psychiatrie « avait eu un certain mérite dans les années 50… mais beaucoup moins par la suite, lorsque la discipline développa une approche plus scientifique ». Cette paraphrase de l’historien Edward Shorter reflète l’opinion communément admise selon laquelle : dés le début de sa carrière le Pr Szasz aurait attiré une attention bénéfique sur les abus de la psychiatrie mais serait allé trop loin en insistant sur une distinction fondamentale entre maladies réelles, d’ordre biologique et les métaphoriques maladies mentales.

De fait, le radicalisme de Szasz combiné à son esprit acéré, à sa perception aiguë des artifices de rhétorique et à son engagement sans compromission à la liberté et la responsabilité individuelles, fut une des ses grandes forces.

En commençant par The Myth of Mental Illness (« Le mythe de la maladie mentale ») (Paris, Payot, 1975) et en poursuivant par la rédaction de 35 autres ouvrages et de centaines d’articles, le psychiatre anticonformiste, poussé par une « passion contre la coercition » ; se polarisa sur les idées fausses fondamentales qui sous-tendent toutes les formes de tyrannie médicalisée.

L’idée d’une psychiatrie devenue scientifiquement rigoureuse juste après que Szasz l’ait assimilée à de l’alchimie et de l’astrologie, est difficile à envisager sérieusement.

Après tout, n’a-t-il pas fallu attendre jusqu’en 1973 pour que l’Association Américaine de Psychiatrie (A.P.A.) arrête de considérer l’homosexualité comme un trouble mental ?

De plus le domaine d’activité de la psychiatrie s’est depuis largement étendu.

De nos jours elle inclut une myriade de vices et de travers parmi lesquels la cigarette, le jeu, la tendance à trop manger, le vol à l’étalage, la promiscuité sexuelle, la pédérastie, l’exhibitionnisme, le déficit d’attention (hyperactivité), l’inadaptation sociale, l’anxiété, la tristesse voire l’extrémisme politique. Ce qui peut être décrit, peut devenir un diagnostic, à la seule condition que l’A.P.A. en décide ainsi.

Comme le faisait observer l’an dernier, l’ex éditrice de The New England Journal of Medicine, Marcia Angel dans The New York Review of Books, « il n’existe pas de signes objectifs ou de tests de la maladie mentale… les limites entre le normal et l’anormal sont souvent incertaines. Ceci rend possible l’élargissement des frontières du diagnostic ou même la création de nouvelles entités pathologiques, d’une manière qui semblerait inconcevable dans une discipline comme la cardiologie, par exemple » En d’autres termes, ne sont maladies mentales que celles que décrètent les psychiatres.

Tout ceci est-il très scientifique ? Pas vraiment. Dans un entretien tenu dans Wired en 2010, le rédacteur en chef du dernier guide de diagnostic de l’APA, Allen Frances, se désespérait de la « connerie » de définir les troubles mentaux. Dans un récent débat en ligne, il déclarait que « les troubles mentaux n’étaient presque certainement pas des maladies »

Mais alors que sont-ils exactement ? Durant plus d’un demi-siècle, Szasz attira obstinément  l’attention sur les dangers de juxtaposer un concept aussi flou et subjectif avec la force de la loi à travers les traitements obligatoires, la défense d’aliénation mentale (irresponsabilité pénale) et autres mesures « psychiatriquement » avisées.

Si l’on prend pour exemple les « violents prédateurs sexuels », ceux-ci sont  inculpés puis écroués sous le prétexte qu’ils auraient pu se maitriser mais ne l’ont pas fait ; ensuite ils sont dirigés, après l’exécution de leur peine, vers des hôpitaux psychiatriques sous le prétexte qu’ils souffriraient de pulsions irrépressibles.

Dans la perspective Szaszienne, cette théorie incohérente sert de couverture à la majoration rétroactive de peines, imposées de connivence par les politiciens qui ont décidé que certains criminels s’en sortaient avec des condamnations trop légères : une politique si clairement opposée aux procédures régulières et à la loi qu’elle doit être camouflée par des justifications quasi médicales et pseudo-scientifiques. Szasz, qui a longtemps contribué à la rédaction de Reason, s’était spécialisé à écharper ce type de sottises. Il s’en prit implacablement à l’ « État thérapeutique », alliance malsaine de la médecine et de l’État qui permet toutes sortes d’entraves injustifiées à la liberté, depuis le système de prescription systématique jusqu’aux lois contre le suicide.

Mes propres travaux ont été considérablement influencés par les arguments de Szasz contre la prohibition de la drogue, en particulier sa discussion sur sa symbolique et son lien avec une incompréhension de ce qu’est l’addiction, ainsi que sa critique des interventions paternalistes unifiant santé privée et santé publique.

Je resterai à jamais reconnaissant au courage et à la lucidité de Szasz, comme devrait l’être tous ceux qui partagent sa passion contre la coercition.


Sur le web. Traduction : Michel L. pour Contrepoints.

[*] L’auteur Jacob Sullum est un chroniqueur reconnu du magazine Reason. Il est l’auteur de deux livres salués par la critique : Saying Yes: In Defense of Drug Use (Tarcher/Penguin, 2004) et For Your Own Good: The Anti-Smoking Crusade and the Tyranny of Public Health (Free Press, 1998).

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  • Journal de France 2 du 04/11 : cela m’a fait à la fois sourire et frémir lorsqu’à la fin du reportage d’une mère qui avait eu du mal à accepter l’homosexualité de son fils, la voix-off signalait : « elle a guéri de son homophobie ».
    D’abord elle veut guérir son fils de son homosexualité.
    Ensuite elle se fait guérir de son homophobie (suite psychothérapie).

    Ce qui me fait peur n’est pas le rapport à l’homosexualité en tant que telle, mais le fait de vouloir « guérir » médicalement (scientifiquement) des prises de positions particulières, qu’elles soient sociales, économiques, politiques, de moeurs ou autre…
    Franchement inquiétant non?

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