Ras-le-bol des Français : ne Mélenchon pas tout

Jean-Luc Mélenchon (Crédits alain Bachelier, licence Creative Commons)

Les Français expriment leur ras-le-bol contre le gouvernement, et ils ont raison. Cette mobilisation spontanée des bonnets rouges est sujette à de maladroites tentatives de récupération.

Par Baptiste Créteur.

Mélenchon boudeJ’évoquais il y a quelques mois le glissement progressif de la France vers le totalitarisme, et l’état d’esprit fasciste qui anime nombre de Français. Nombreux sont ceux qui considèrent que l’État est la panacée et qu’il n’y en a pas assez, malgré une dépense publique représentant 57% du PIB et des interventions de l’État dans tous les domaines, de la sécurité routière aux épluchures de carottes. Aujourd’hui, le constat va plus loin : pour museler la contestation naissante des bonnets rouges en Bretagne, l’État a recours à des moyens que ne renieraient pas les despotes tombés lors du printemps arabe. Comptes Twitter suspendus, réseaux sociaux et télécommunications bloquées, le message est clair : on peut manifester mais aucune image ne doit filtrer.

Le gouvernement a raison d’avoir peur : les banderoles « Hollande Démission » se multiplient, le ras-le-bol se généralise, et quand on mobilise contre soi aussi bien les cavaliers amateurs que les paysans bretons et les entrepreneurs, ça sent le roussi.

Le gouvernement s’est planté. Il a voulu aller trop vite. Son remodelage de la société, où la notion de sexe cède la place à la notion de genre, où le libre-arbitre est remplacé par le sens de l’histoire, où l’égalité entre les sexes et les religions justifient les pires inégalités entre les individus et les plus grandes incohérences. En France, lancer dans une pièce quelques mots-clés comme « laïcité » ou « genre » permet d’assister à de jolis débats qui malheureusement font aussi leurs victimes ; certaines communautés, soutenues par le gouvernement, font face à un rejet croissant.

Qu’on soit d’accord ou non avec les opposants au mariage pour tous, on peut difficilement nier qu’ils ont raison sur un point : le gouvernement ne les a pas entendus et a tout fait pour les faire taire. L’usage disproportionné de la force contre les manifestants, les arrestations et détentions arbitraires et illégales, le passage sous silence de la manifestation ont apporté de l’eau à leur moulin. Ils n’ont pas eu gain de cause, les porte-parole autoproclamés de la Manif pour tous ont sans doute contribué à la démobilisation et les manifestations ont cessé, mais la rancœur est là.

En plus de ne pas prêter l’oreille à ses opposants, même symboliquement, et entretenir leur rancœur en poursuivant trop vite des valeurs opposées aux leurs, le gouvernement et l’administration se sont ridiculisés. En France et à l’étranger, François Hollande et ses ministres passent pour d’énormes cons qui suivent tantôt leurs alliés, tantôt l’opinion, puis se plantent lamentablement lorsqu’ils tentent d’agir seuls : les alliés ont changé d’avis, l’opinion a découvert sous un jour nouveau et plus réel la Kosovare misérable.

Sans surprise, dans le contexte économique difficile que nous vivons, un gouvernement impopulaire sans crédibilité suscite un peu plus que de l’indifférence. Les Français se mobilisent, d’abord contre des impôts qui viendraient peser un peu plus sur leurs budgets à peine à l’équilibre, puis contre l’État, l’administration et les injustices qu’ils génèrent de façon générale. Spontanément, ils s’organisent pour exprimer leur ras-le-bol et obtiennent parfois gain de cause.

Galvanisés par leurs premières victoires, les Français opposés au gouvernement – et ils sont nombreux, si on en croit les sondages qui révèlent que 1% des Français fait tout à fait confiance au Président – ne vont pas laisser tomber. L’État non plus ; il abat ses premières cartes en tentant de bloquer les communications et en frappant un peu plus que nécessaire sur les manifestants. Il devra user plus encore de la force à mesure que la contestation croîtra, et son usage de la force ne fera qu’alimenter la haine ; mais s’il laisse faire, les opposants prendront confiance et continueront.

Il reste au gouvernement une solution : faire en sorte que les mouvements soient récupérés, canalisés, repris, conduits sur d’autres sentiers. Que les banderoles relaient des messages un peu différents, que les manifestations donnent l’impression de demander plus d’État plutôt que moins.

Les syndicats ont déjà commencé. Leur implication pour ou contre l’écotaxe n’était pas évidente, mais des manifestations s’organisent déjà, dans l’objectif d’au moins mobiliser les médias qui sauteront sur l’occasion de réutiliser leurs analyses toutes faites sur la lutte des classes et l’injustice en France, et au mieux de récupérer tout ou partie du flot des manifestants attirés par un appel d’air idéologique et l’odeur de la saucisse en queue de cortège.

Malgré les rivalités, Mélenchon va aider le gouvernement : pour lui, « les esclaves manifestent pour les droits de leurs maîtres ».

Deux manifestations pour l’emploi sont prévues samedi en Bretagne : une à Quimper à l’appel de plusieurs organisations professionnelles et patronales, de FO et du maire divers gauche de Carhaix, Christian Troadec, et une à Carhaix à l’appel de la CGT, Solidaires et FSU, à laquelle participera le Front de Gauche.

« Encouragés par la timidité et la pleutrerie du gouvernement qui leur cède tout, le patronat et les cléricaux des départements bretons vont faire manifester les nigauds pour défendre leur droit de transporter à bas coût des cochons d’un bout à l’autre de l’Europe dans des conditions honteuses », écrit Jean-Luc Mélenchon dans un communiqué.

Comprenons le : une manifestation spontanée, contre l’impôt, ça ne lui va pas. Ceux qui ne manifestent pas avec lui sont des nigauds manipulés par des porcs capitalistes, qui maltraitent des cochons qui plus est. Et ce n’est pas tout, ils veulent aussi détruire la planète, soutenir le corporatisme, et baiser la main qui les frappe.

« À Quimper manifestent ceux qui veulent que continue la souillure de notre belle Bretagne par les nitrates de l’agriculture productiviste. À Quimper manifestent ceux qui veulent les salaires de misère pour les agriculteurs et le règne de la grande distribution. À Quimper les esclaves manifesteront pour les droits de leurs maîtres », dit le député européen.

« Les salariés des départements bretons ne doivent pas se tromper de colère ! Ils ne doivent pas aller baiser la main qui les frappe. Ils doivent manifester à Carhaix avec leurs syndicats de salariés et leur classe, leur camp, leur famille. S’ils aiment les symboles historiques, les Bretons qui réfléchissent préfèreront se souvenir de leurs ancêtres qui déclenchèrent la grande révolution de 1789 contre les privilèges des riches et créèrent le club des jacobins plutôt que de marcher derrière les saigneurs de leur époque ! », ajoute-t-il.

Il faut rejoindre SA manifestation ; sinon, on soutient l’esclavage, l’exploitation et le viol collectif d’enfants. Mélenchon mélange tout : la main qui frappe les Français, c’est la main de l’État, le poing des syndicats jeté à la figure des salariés de Sephora et d’ailleurs qui sont empêchés de travailler pour maintenir le pouvoir des mafias syndicales françaises. Des milliards sont détournés chaque année, plus encore sont gaspillés, et d’innombrables milliards sont volés aux Français ; mais pour lui, il en faut plus, pas moins.

Et cette main, il voudrait que les Français la baisent. Qu’ils baisent la sienne, qu’ils se laissent adouber par lui, qu’ils lui accordent le pouvoir dont il a toujours rêvé. Qu’ils acceptent l’écotaxe, l’hédotaxe, l’érotaxe, l’émotaxe, l’étautaxe, et toute autre taxe qu’il resterait à pondre pour s’assurer que les Français sont incapables de subsister par eux-mêmes et qu’ils dépendent assez de l’État pour qu’ils acceptent sans rechigner toute vexation, pour qu’ils tolèrent de voir des conseillers généraux et responsables syndicaux vivre comme des seigneurs à leurs frais, pour qu’ils applaudissent les lois liberticides et les inaugurations de monument à la gloire de l’homme nouveau, du Français nouveau, de la France nouvelle. Mélenchon entend bien que les Français restent esclaves de l’État ; et il entend bien être le maître.

Celui qui parle de sacrifice parle de maîtres et d’esclaves, et il compte bien être le maître. (Ayn Rand)

Si c’est ce que les Français veulent, qu’ils rejoignent Mélenchon et ses amis. Sinon, qu’ils ne se trompent pas de barricade. Et qu’ils visent juste.