Ayez ce courage dont manque le gouvernement

Les Français se révoltant de plus en plus vertement et ouvertement, les élites au pouvoir vont devoir faire preuve de courage. Mais en sont-elles capables ?

Les qualités requises pour arriver au pouvoir, y naviguer et s’y maintenir ne sont pas les mêmes que celles qui font un bon dirigeant ; les valeurs exprimées sont même fondamentalement incompatibles. Compromis ou intégrité, pouvoir ou liberté, inconséquence ou responsabilité, pression des échéances électorales ou réflexion de long-terme, idéologie ou réalité, foi en l’opinion ou en ses convictions : les hommes politiques français ont choisi, ils seront lâches.

Je dis lâches, et le mot est faible ; leur incapacité totale à prendre des décisions de bon sens, autant par bêtise que par manque de courage, est la source de l’océan de dettes sur lequel nous tentons tant bien que mal de naviguer tout en sachant que le maelström nous emportera.

Il n’en a pas toujours été ainsi. Dans la carrière d’un militant, le courage disparaît avec les responsabilités ; soit à peu près l’inverse de ce que requiert une bonne gestion. Alors que les militants d’EELV offrent des testicules au Président pour Noël, la ministre Duflot se lance dans des déclarations virulentes à demi-mot et murmure sa colère.

L’écologiste approuve la suspension de l’écotaxe, et « pose la question » de la présence de son parti au gouvernement. Une question légitime, qu’elle ose poser sans toutefois avoir le courage de claquer la porte et perdre pouvoir et privilèges.

Le paroxysme est atteint lorsque Jean-Marc Ayrault, apparemment Premier ministre, considère le recul comme une preuve de courage.

Le courage c’est écouter, comprendre.

L’écoute du gouvernement semble brouillée et le ras-le-bol croissant n’est ni perçu, ni compris. C’est pourtant simple : les Français n’en peuvent plus de payer des impôts, de financer l’indécence d’un État qui passe plus de temps à ranger leurs frigos qu’à faire le ménage dans les dépenses.

Artisans, paysans bretons, entrepreneurs, cavaliers, médecins, la grogne monte et la pression s’accroît. Pendant ce temps, Ayrault demande à l’UMP d’avoir le courage d’assumer la défaite de son gouvernement et continue à rejeter la faute sur ses prédécesseurs.

C’est sans doute trop demander aux représentants des Français que de chercher à les comprendre. Mais on pourrait au moins s’attendre à ce qu’ils décident en leur âme et conscience ; on peut malheureusement douter qu’ils possèdent l’une ou l’autre.

Ainsi, les sénateurs socialistes votent les lois à reculons :

Je ne suis pas fier des lois qu’on vote. Ça me fait chier. Je les vote à reculons

Aux plus hautes fonctions, le François Hollande de 2010 qui soutenait l’emploi des salariés de son quartier a cédé la place au champion d’apnée des sondages qui soutient les syndicats et les laisse détruire l’emploi des salariés de son pays.

Et justement, les syndicats font partie de ces Français qui savent utiliser à leur profit l’absence totale de courage des hommes politiques, à tel point que les derniers ont accordé aux premiers l’immunité. Aussi bien pour les actions violentes qu’ils mènent contre l’emploi que pour les malversations financières qu’ils effectuent à leur propre profit, les syndicats sont intouchables et le savent bien.

De la même façon, on peut en France refuser de payer son loyer pendant des mois (i.e. voler son propriétaire) et ne jamais être inquiété ; on peut frauder l’État-providence (i.e. voler les contribuables) et risquer tout au plus de devoir rembourser les sommes indûment perçues. Ce ne sont pas les hommes politiques qui paient le prix de leur lâcheté, mais cette partie des Français qui paient pour tous les autres et, aujourd’hui, n’en peuvent plus.

Ces Français sont de plus en plus nombreux. Par secteur, par activité, ils se fédèrent en mouvements avec les moyens qui sont les leurs ; les entrepreneurs via les réseaux sociaux et les paysans physiquement se rassemblent, et Contrepoints a été ravi de leur offrir une tribune pour exprimer leur mécontentement.

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Mais ce mouvement difficilement perceptible, ce signal que commencent à percevoir les hommes politiques, c’est un ras-le-bol généralisé qui dépasse les divisions sectorielles, géographiques, sociologiques. Ils ne savent pas exactement ce qu’ils veulent, mais ils savent de mieux en mieux ce qu’ils ne veulent plus. Ces Français en ont marre de la gabegie, marre que l’État leur dicte leur conduite, marre qu’il leur prenne les fruits de leur travail et leur responsabilité. Ils veulent qu’on leur rende leur vie, et ils ont raison.

Mettez des glands au pouvoir, il vous poussera des chaînes.

Ne laissons pas les glands prendre racine. Depuis des décennies, hommes politiques et syndicats affichent des convictions égalitaires mais se battent avant tout pour conserver leurs privilèges, leurs bastions, leur pouvoir et les nombreuses occasions qu’ils ne se privent pas de saisir de détourner à leur profit l’argent des autres.

Les Français s’éveillent. Il aura fallu un parti plus ouvertement socialiste que le précédent, qui court tel un poulet sans tête avec à sa suite d’innombrables casseroles ; mais nous y sommes. Leur mécontentement grandit, mais les Français se sentent encore isolés, ne se rendent pas compte qu’ils sont loin d’être les seuls à vouloir le changement, le vrai. Pas un changement de têtes, un changement de système.

Il leur suffirait de lancer le sujet, d’en parler la prochaine fois qu’ils rencontrent leurs amis. Bien des révolutions ont commencé autour de tables de dîner, bien des mouvements sont nés d’un sentiment généralisé de n’en plus pouvoir. Si vous voulez le changement, préparez-le.

Préparez-le d’abord pour vous-mêmes, en vous demandant si vous êtes réellement prêts à aller jusqu’au bout ; si vous n’êtes pas déterminés, si vous n’êtes pas prêts à vous rebeller et faire face aux obstacles que l’État n’hésitera pas à mettre sur votre route vers plus de liberté, ne faites rien. Il peut vous briser à l’envi et ne s’en privera pas ; les élites au pouvoir tiennent trop à leurs privilèges pour laisser ceux dont ils pompent depuis des années l’énergie reprendre les rênes de leur vie.

En vous protégeant, aussi. Ne laissez pas votre argent à la portée des griffes prédatrices du Léviathan, ne lui donnez pas le carburant dont il a besoin pour vous écraser. Payez en liquide, constituez-vous une épargne inaccessible à l’administration fiscale – comme l’ont fait depuis longtemps ceux qui vous gouvernent, ne soyez pas inquiets pour eux.

Et déclenchez-le, rejoignez-le. Le changement ne dépend que de vous. Soyez bruyant autant que le gouvernement est brouillon, soyez féroces autant qu’il est vorace, soyez grand autant qu’il est gras. Réveillez la France. Que vous soyez paysan breton, cavalier ou artisan, que vous soyez chômeur privé d’un emploi par des décennies de socialisme ou entrepreneur privé de salariés compétents par des décennies d’éducation d’État, réveillez-vous.

Ne laissez pas votre contestation se faire récupérer ; allez jusqu’au bout. Les habituels agitateurs syndicaux, ces mêmes politiciens qui ne veulent que vous diriger essaieront de prendre en main vos mouvements, de canaliser votre révolte ; votre indignation est légitime autant que leurs privilèges sont indus, les accepter à vos côtés serait trahir votre cause.

Reprenez enfin vos vies, recommencez enfin à vivre. Soyez libres.

Liberté (nom) : Ne rien demander. Ne rien attendre. Ne dépendre de rien. (Ayn Rand)