Québec : le « surplus » d’impôts doit-il servir à la dépense publique ?

Le surplus d’impôts collectés auprès des contribuables doit-il financer de nouvelles dépenses publiques ou inciter à baisser les impôts à venir ?

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0
Surplus d'impôts By: Rex Roof - CC BY 2.0
[cp_donation]

Québec : le « surplus » d’impôts doit-il servir à la dépense publique ?

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 10 juillet 2016
- A +

Par Youri Chassin.

Surplus d’impôts By: Rex RoofCC BY 2.0

La nouvelle a fait grand bruit : le Québec est en surplus budgétaire. Alors qu’on a encore en tête les problèmes de patates en poudre et autres histoires d’horreur dans les réseaux publics, les surplus budgétaires annoncent pour certains ce qu’ils nomment un « réinvestissement », c’est-à-dire de nouvelles dépenses publiques.

Entendons-nous, il y a des cas choquants, et nombreux, qui illustrent les services médiocres obtenus dans les établissements de santé et d’éducation du Québec. Les syndicats et les gestionnaires jettent le blâme sur le manque de financement. À les croire, il s’agit de saupoudrer un petit million par ci et un petit million par là pour que tout s’arrange.

Ce dont on entend moins parler, ce sont les drames humains et quotidiens des Québécois qui tirent le diable par la queue, qui n’arrivent que difficilement à joindre les deux bouts, qui n’ont pas de coussin financier et dont le revenu disponible recule en raison d’un fardeau fiscal toujours plus lourd. Ces petites misères quotidiennes qui touchent des milliers de gens se vivent en privé, loin du débat public, alors on a tendance à les oublier.

Le retour au déficit zéro s’est fait essentiellement grâce aux contribuables à qui on a serré la vis. Les dépenses ont augmenté d’année en année, pour un total de 1,3 milliard de dollars depuis deux ans, essentiellement pour payer les hausses de salaire des fonctionnaires, comme le soulignait fort justement Michel Hébert. Le chroniqueur rappelait aussi que les taxes, tarifs et impôts, pendant les mêmes deux ans, ont bondi de 4,4 milliards de dollars.

Face à des surplus, on pourrait croire que la pression fiscale irait en se relâchant ! C’est ce qu’a laissé entendre un très court moment le ministre des Finances. Mal lui en pris. Tout à coup, le surplus déplaît à plusieurs chroniqueurs et éditorialistes.

Brigitte Breton, dans un éditorial du Soleil, souligne qu’« il aurait été indécent de faire miroiter des baisses d’impôts » compte tenu des sacrifices imposés. On s’imagine qu’elle pense aux « sacrifices » imposés aux services publics, pas à ceux subis par les payeurs d’impôts.

Claude Villeneuve répète la même rengaine dans Le Journal aujourd’hui, qualifiant les surplus d’indécents. S’il y a un surplus, c’est forcément qu’on a trop coupé.

Le Premier ministre ne parle plus de baisses d’impôts, tout à coup, mais des priorités de son gouvernement que sont la santé et l’éducation. La logique est implacable : on atteint des surplus après avoir pressé le contribuable comme un citron pendant 8 ans et soudain on se penche sur les nouvelles manières de dépenser cet argent.

La promesse électorale du PLQ, soit d’utiliser les surplus pour diminuer la dette et les impôts, sera-t-elle évacuée aussi facilement ? La promesse que toute dépense publique sera financée à partir de réductions d’autres dépenses, en établissant des priorités, sera-t-elle brisée ? J’ose espérer qu’on ne peut renier des promesses centrales de la dernière campagne électorale avec autant de légèreté.

Je pense aux centrales syndicales qui entreront certainement dans la mêlée pour tirer la couverture de leur bord. Après avoir dénoncé les coupures et « l’austérité », qui permettait uniquement de payer les conventions collectives qu’elles avaient négociées, j’ose espérer un tantinet de décence et de retenue.

Je pense à mes concitoyens qui sont mal en point, qui triment dur sans vraiment que leur sort ne s’améliore, et qui n’espèrent vraiment plus grand-chose de leur gouvernement. Et j’ose espérer qu’on entende quelque part leurs voix étouffées, eux qui n’ont pas l’avantage de faire partie d’un puissant lobby ni le temps de faire des manifestations.

Viendra-t-on en aide à ceux qui ont payé ce fameux surplus budgétaire de leurs poches et qui regardent, ahuris et incrédules, les groupes organisés se déchirer pour savoir où le dépenser ?

Sur le web

[cp_donation color="blue" margin_bottom="10"]

L'endettement des administrations publiques doit aujourd’hui atteindre les 3000 milliards d’euros, soit 44 280 euros par Français. Le déficit du budget de l’État s'est élevé à 156 milliards d’euro en 2022. Plus de la moitié de la production de valeur, soit 59,2% du PIB, est consacré aux dépenses publiques, auquel il faudrait ajouter les chiffres des diverses entreprises (EDF, Engie, ADP, Airbus, Renault…) dont l’État est actionnaire à hauteur estimée de 125 milliards d’euros, valeur purement théorique vu que ces entreprises cumulent un endett... Poursuivre la lecture

La réforme des retraites soulève les passions et plus généralement, la situation actuelle amène des débats sur la meilleure façon de relever les défis d’aujourd’hui et de demain.

Toutefois, plutôt que de rester dans la théorie, il est possible de s'intéresser à ce qui se pratique ailleurs et plus précisément chez nos voisins. La nouvelle étude de Contribuables Associés donne des pistes à travers quatre exemple étrangers.

 

Réformes des dépenses publiques en Allemagne, Pays-Bas et Suède

L’étude se concentre sur les dé... Poursuivre la lecture

Face à la menace internationale, il est urgent de réinvestir dans nos armées afin de protéger la France et l’Europe et défendre nos valeurs de liberté que les générations précédentes ont acquis au prix de leurs vies. Aussi le président Macron a-t-il dévoilé vendredi les grandes orientations de la future Loi de programmation militaire 2024-2030, augmentant les budgets d’un tiers. Mais augmenter les budgets est une chose, dépenser l’argent public avec efficacité en est une autre…

Si, selon Clémenceau, la guerre est une affaire trop série... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles