Écotaxe : nouvelle reculade gouvernementale

Suite à la fronde des « Bonnets rouges », Jean-Marc Ayrault suspend la mise en œuvre de l’écotaxe. Réactions à chaud.

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Manifestation contre l'écotaxe en Bretagne (Crédits : Anthony Malkovitch, licence Creative Commons)

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Écotaxe : nouvelle reculade gouvernementale

Publié le 29 octobre 2013
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Par la rédaction de Contrepoints.

L’écotaxe est suspendue dans toute la France. C’est finalement la décision prise par Jean-Marc Ayrault à l’issue d’une rencontre ce matin à Matignon avec des élus bretons (hormis les élus UMP qui avaient décidé de boycotter la réunion) et les ministres concernés. Face à la colère des « bonnets rouges », le premier ministre a donc fléchi et annoncé qu’il reportait la mise en œuvre de l’écotaxe sur tout le territoire.

J’ai décidé la suspension de la mise en œuvre de l’écotaxe pour nous donner le temps nécessaire d’un dialogue aux niveaux national et régional. J’en appelle à tous les responsables politiques, économiques et sociaux, au-delà de leur sensibilité, parce que c’est l’intérêt général de la région et du pays qui est en jeu, à venir débattre, à venir discuter. Discuter non seulement de l’écotaxe, mais aussi du plan Bretagne, du plan agroalimentaire, du pacte d’avenir. J’ai demandé au préfet de région d’organiser dès demain avec tous les partenaires économiques, politiques et sociaux la nouvelle étape de la construction d’un avenir pour la Bretagne, et aux ministres concernés d’apporter tout leur concours.

Cette déclaration officielle du Premier ministre, faite en fin de matinée devant la presse, suffira-t-elle pour calmer les esprits des agriculteurs ? Rien n’est moins sûr car en Bretagne, là où la fronde anti fiscale a été la plus forte, les éleveurs et les producteurs réclament toujours la suppression pure et simple de cette écotaxe et non sa suspension. Le malaise semble profond : pour l’heure, la manifestation prévue à Quimper samedi est maintenue.

 

Vent de panique à Matignon

Ce rétropédalage gouvernemental survient trois semaines après l’abandon du projet de taxe sur l’excédent brut d’exploitation, deux jours seulement après la piteuse volteface de Pierre Moscovici concernant la taxation de l’épargne à 15,5% et au lendemain d’un nouveau sondage qui montre que le Président Hollande bat des records d’impopularité. Même si le Premier ministre tente de jouer la carte de l’écoute du peuple et de la temporisation des esprits en déclarant notamment que « la suspension de l’écotaxe ne veut pas dire suppression », la maitrise de ce dossier, comme tant d’autres, lui échappe. Ce nouveau rebondissement ne va certainement pas contribuer à redorer l’image peu reluisante d’un exécutif qui semble désormais aux abois face aux manifestations de ras-le-bol fiscal qui se multiplient dans la société civile. Avant-hier la révolte des Pigeons, hier la fronde des Tondus, aujourd’hui la colère des Bonnets rouges… : est-ce les signes avant-coureurs d’une grande Jacquerie nationale et d’une crise de régime de grande ampleur ?

Pour ne rien arranger, cette décision risque de fâcher les alliés verts du PS qui ne cachaient plus ces derniers temps leurs mécontentements à l’égard de la politique gouvernementale. Ainsi, Noël Mamère s’est dit « accablé » et interpelle les ministres écologistes. « C’est la démonstration de la faiblesse politique de ce gouvernement et de son peu de considération pour la transition écologique », commente le député écologiste auprès de l’AFP. De son côté José Bové juge « minable » la suspension « sine die » de l’écotaxe, considérant qu’il s’agit d’une reculade face au lobby agroalimentaire mené par la FNSEA et le MEDEF. « Avec cette reculade, on se prive des moyens de reconvertir les transports et de décarboner l’économie », estime-t-il.

Sur Twitter, d’autres élus et sympathisants écologistes expriment leur mécontentement, comme Emmanuelle Cosse, élue EE-LV.

… tandis que certains socialistes ne cachent plus leur coup de blues, comme le député d’Indre-et-Loire Jean-Patrick Gille

Réjouissance à droite

En revanche, les élus de l’UMP et de l’UDI ont accueilli la nouvelle avec une certaine satisfaction. Ainsi, Jean-François Copé s’est réjoui de la décision prise par Jean-Marc Ayrault. Le président de l’UMP s’est dit « soulagé que le Premier ministre ait reculé. » D’anciens ministres du gouvernement Fillon ont également exprimé leur satisfaction. Ainsi pour Dominique Bussereau, député UMP des Charentes Maritimes, « c’est un recul supplémentaire. » « Il y a un ras-le-bol fiscal et les Français ne voulaient plus entendre parler à juste titre de l’écotaxe » estime pour sa part Benoist Apparu, député UMP de la Marne, avant d’ajouter : « Je suis plutôt heureux qu’ils aient reculé, même si ce gouvernement, décidément, nous montre à quel point l’amateurisme fiscal, pour ne pas dire l’amateurisme tout court, est au commande. »

Même son de cloche du côté de l’UDI qui salue un « geste d’apaisement ».Pour son président Jean-Louis Borloo, l’écotaxe « ne pouvait être acceptée et donc appliquée (…) puisqu’elle n’est pas comprise. »

Ces réactions des élus de droite sont surprenantes, voire déplacées quand on se souvient que l’écotaxe a été mise en place, dans le cadre du Grenelle de l’environnement, par ce même Jean-Louis Borloo, alors ministre de l’écologie du gouvernement Fillon, et soutenue par un certain Dominique Bussereau, alors secrétaire d’État au transport. Votée en 2008, l’écotaxe faisait consensus dans les rangs de la droite comme de la gauche. Si la suspension de l’écotaxe est un nouvel échec pour le gouvernement Ayrault, c’est avant tout un camouflet pour l’ensemble de la classe politique qui avait défendu ce projet de taxe.

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  • L’Ecologie dont la gauche et la droite se sont épris n’a pour vocation unique que de taxer le peuple.

    • Désinvolture des parlementaires :

      Pour développer, je me réfère à cet épisode qui n’est pas de l’histoire ancienne pour autant…
      Il y a quelques années, à la question posée aux parlementaires :

      « Les « désordres » climatiques sont-ils dus aux gaz à effet de serre d’origine humaine ? »

      Répondent OUI
      • 42 % de parlementaires de gauche ;
      • 27 % de parlementaires de droite.

      Soit 30-32 % de la totalité des parlementaires, en moyenne.

      Pour les autres (68-70 %) :
      • Il n’y a pas de « désordres » climatiques ;
      ou bien
      • Les « désordres » sont dus à autre chose que la cause anthropique.

      Conclusion :

      Compte tenu du fait qu’ils seraient en progrès sur les questions environnementales, se pose alors la question de savoir…

      Pourquoi les parlementaires ont-ils voté les lois « Grenelle »… à l’unanimité ?

    • [img]http://i2.wp.com/7seizh.info/wp-content/uploads/2013/10/vol.jpg?zoom=1.5&resize=720%2C530[/img]

  • Cosse et Gilles, deux obscurs imbéciles heureux, parmi de nombreux autres.

    L’un parle d' »équité » (mot valise, comme un diable sortant de sa boîte, démontrant une pseudo pensée automatique à base de slogans creux).

    L’autre chouine comme un de ses enfants (?). Le pauvre chéri ne sait pas, ne sait plus à quoi il sert à l’Assemblée.

    La réponse est pourtant simple : à rien.

    A rien, sauf à pourrir la vie de millions d’individus.

    Allez les bobos, les gochos, dehors, on ne veut plus de vous ! Ouste !

  • Je viens de faire un tour sur la Tweeto-sphère EELV… J’en reviens avec une gueule de bois et seize ulcères dans les yeux… Comme à chaque fois que j’ai un débat avec un eco-freak quoi… Un mépris et une méconnaissance TOTALE de la réalité du terrain et de la grogne quasi unanime de nous autres bretons. P*tain mais qu’est-ce qu’il leur faut à ces tarés: un transporteur qui vient de Brest ou Quimper devrait se bouffer 5 ou 7 passages sous portiques, avec à chaque fois un prélèvement. Alors ils nous parlent d’alternatives. MAIS QUELLES ALTERNATIVES BON SANG??????!!!! En côtes d’Armor, on n’a rien à part la RN12 et un chemin de fer usagé qui peine à accueillir quelques TGV le week-end et pendant les vacances. Pas d’autres choix que d’avoir recours aux camions pour approvisionner les entreprises du coin. Pas de ferroutage, pas de transport fluvial disponible (arf, à par le Trieux qui se jette dans la Manche.). Ces imbéciles vont se manger une taule aux européennes, en espérant que cela entraîne définitivement ce mouvement politique de bisounours prépubères dans les oubliettes de la médiocrité intellectuelle.

    • On en vient à apprécier la révolution culturelle qui envoyait les intellectuels découvrir la réalité de la vie en dehors du périf.

  • Pour EELV, l’écologie consiste à supprimer toute activité humaine. Comprenez, ça dérange les oiseaux et la nature. Mais qu’ils aillent se jeter du haut d’une falaise s’ils sont vraiment épris de ce genre d’attitude ! Ou bien, puisqu’il ne s’agirait que de payer pour avoir le droit à, qu’ils payent. Que tous les élus EELV payent et assument ainsi pleinement leur engagement pour toute la France.

  • Les « réflexions » des écolos et les tweets qui les accompagnent sont impayables, nous vivons dans un monde d’une rare médiocrité, la palme revient peut être à Jean Patrick Gilles, qui se demande (encore) à quoi il sert, preuve de la vacuité du bonhomme.

    Quant à José Bové qui souhaite « décarbonner » l’économie, qu’il se dise qu’il a de la chance qu’il n’y ait pas une mesure pour taxer les cons, auquel cas il faudrait qu’il envisage l’exil fiscal…

  • Ils maintiennent la manifestation et veulent la suppression pure et simple de cette infamie.

    Ils ont raison, une brèche béante est ouverte, le gouvernement est faible, son président est faible, leur politique est faible, leur idéologie est faible, leurs parlementaires sont faibles, ils sont tous faibles…

    Insurrection fiscale!

    • Lolo: « ils sont tous faibles… »

      Mais il vont quand même nous écraser sous le poids de la médiocrité, de l’inertie et du nombre.

      La fiscalité c’est comme la sodomie, un petit coup trop sec et la belle renâcle, il suffit de se retirer de quelques millimètres et de revenir tout en douceur, petit à petit, avec une bonne dose d’huile médiatique.

    • Il va y avoir du monde samedi à Quimper devant le centre des impôts. Ce qui serait amusant c’est que le cortège fasse un détour par Sarzeau (56). Ayrault y a sa maison…

  • Les commentaires sont fermés.

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