Écotaxe : nouvelle reculade gouvernementale

Manifestation contre l'écotaxe en Bretagne (Crédits : Anthony Malkovitch, licence Creative Commons)

Suite à la fronde des « Bonnets rouges », Jean-Marc Ayrault suspend la mise en œuvre de l’écotaxe. Réactions à chaud.

Par la rédaction de Contrepoints.

L’écotaxe est suspendue dans toute la France. C’est finalement la décision prise par Jean-Marc Ayrault à l’issue d’une rencontre ce matin à Matignon avec des élus bretons (hormis les élus UMP qui avaient décidé de boycotter la réunion) et les ministres concernés. Face à la colère des « bonnets rouges », le premier ministre a donc fléchi et annoncé qu’il reportait la mise en œuvre de l’écotaxe sur tout le territoire.

J’ai décidé la suspension de la mise en œuvre de l’écotaxe pour nous donner le temps nécessaire d’un dialogue aux niveaux national et régional. J’en appelle à tous les responsables politiques, économiques et sociaux, au-delà de leur sensibilité, parce que c’est l’intérêt général de la région et du pays qui est en jeu, à venir débattre, à venir discuter. Discuter non seulement de l’écotaxe, mais aussi du plan Bretagne, du plan agroalimentaire, du pacte d’avenir. J’ai demandé au préfet de région d’organiser dès demain avec tous les partenaires économiques, politiques et sociaux la nouvelle étape de la construction d’un avenir pour la Bretagne, et aux ministres concernés d’apporter tout leur concours.

Cette déclaration officielle du Premier ministre, faite en fin de matinée devant la presse, suffira-t-elle pour calmer les esprits des agriculteurs ? Rien n’est moins sûr car en Bretagne, là où la fronde anti fiscale a été la plus forte, les éleveurs et les producteurs réclament toujours la suppression pure et simple de cette écotaxe et non sa suspension. Le malaise semble profond : pour l’heure, la manifestation prévue à Quimper samedi est maintenue.

 

Vent de panique à Matignon

Ce rétropédalage gouvernemental survient trois semaines après l’abandon du projet de taxe sur l’excédent brut d’exploitation, deux jours seulement après la piteuse volteface de Pierre Moscovici concernant la taxation de l’épargne à 15,5% et au lendemain d’un nouveau sondage qui montre que le Président Hollande bat des records d’impopularité. Même si le Premier ministre tente de jouer la carte de l’écoute du peuple et de la temporisation des esprits en déclarant notamment que « la suspension de l’écotaxe ne veut pas dire suppression », la maitrise de ce dossier, comme tant d’autres, lui échappe. Ce nouveau rebondissement ne va certainement pas contribuer à redorer l’image peu reluisante d’un exécutif qui semble désormais aux abois face aux manifestations de ras-le-bol fiscal qui se multiplient dans la société civile. Avant-hier la révolte des Pigeons, hier la fronde des Tondus, aujourd’hui la colère des Bonnets rouges… : est-ce les signes avant-coureurs d’une grande Jacquerie nationale et d’une crise de régime de grande ampleur ?

Pour ne rien arranger, cette décision risque de fâcher les alliés verts du PS qui ne cachaient plus ces derniers temps leurs mécontentements à l’égard de la politique gouvernementale. Ainsi, Noël Mamère s’est dit « accablé » et interpelle les ministres écologistes. « C’est la démonstration de la faiblesse politique de ce gouvernement et de son peu de considération pour la transition écologique », commente le député écologiste auprès de l’AFP. De son côté José Bové juge « minable » la suspension « sine die » de l’écotaxe, considérant qu’il s’agit d’une reculade face au lobby agroalimentaire mené par la FNSEA et le MEDEF. « Avec cette reculade, on se prive des moyens de reconvertir les transports et de décarboner l’économie », estime-t-il.

Sur Twitter, d’autres élus et sympathisants écologistes expriment leur mécontentement, comme Emmanuelle Cosse, élue EE-LV.

… tandis que certains socialistes ne cachent plus leur coup de blues, comme le député d’Indre-et-Loire Jean-Patrick Gille

Réjouissance à droite

En revanche, les élus de l’UMP et de l’UDI ont accueilli la nouvelle avec une certaine satisfaction. Ainsi, Jean-François Copé s’est réjoui de la décision prise par Jean-Marc Ayrault. Le président de l’UMP s’est dit « soulagé que le Premier ministre ait reculé. » D’anciens ministres du gouvernement Fillon ont également exprimé leur satisfaction. Ainsi pour Dominique Bussereau, député UMP des Charentes Maritimes, « c’est un recul supplémentaire. » « Il y a un ras-le-bol fiscal et les Français ne voulaient plus entendre parler à juste titre de l’écotaxe » estime pour sa part Benoist Apparu, député UMP de la Marne, avant d’ajouter : « Je suis plutôt heureux qu’ils aient reculé, même si ce gouvernement, décidément, nous montre à quel point l’amateurisme fiscal, pour ne pas dire l’amateurisme tout court, est au commande. »

Même son de cloche du côté de l’UDI qui salue un « geste d’apaisement ».Pour son président Jean-Louis Borloo, l’écotaxe « ne pouvait être acceptée et donc appliquée (…) puisqu’elle n’est pas comprise. »

Ces réactions des élus de droite sont surprenantes, voire déplacées quand on se souvient que l’écotaxe a été mise en place, dans le cadre du Grenelle de l’environnement, par ce même Jean-Louis Borloo, alors ministre de l’écologie du gouvernement Fillon, et soutenue par un certain Dominique Bussereau, alors secrétaire d’État au transport. Votée en 2008, l’écotaxe faisait consensus dans les rangs de la droite comme de la gauche. Si la suspension de l’écotaxe est un nouvel échec pour le gouvernement Ayrault, c’est avant tout un camouflet pour l’ensemble de la classe politique qui avait défendu ce projet de taxe.