Justice sociale ou harmonie sociale ?

Quand on cesse d’être obnubilé par la justice sociale, et quand on accepte la diversité, l’harmonie sociale est au rendez-vous.

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Justice sociale ou harmonie sociale ?

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 17 octobre 2013
- A +

Par Jacques Garello.
Un article de l’aleps.

101013_robinLes dérives de l’État-providence ont été le plus souvent légitimées par la « justice sociale ». La justice sociale est un concept trompeur, un « mirage », disait Hayek. Il serait temps de passer à autre chose et de rechercher non plus la justice mais l’harmonie sociale, seule clé d’une société de libertés.

La justice sociale porte déjà toutes les ambiguïtés de la justice elle-même. Qu’est-ce qui est juste ? Hayek soutient que la justice est un concept frappé « d’inconnaissance » : on ne peut l’approcher que par une connaissance négative (emprunt à Saint Thomas). On sait ce qui est injuste, sans savoir pour autant ce qui est juste. Pour Hayek plusieurs concepts ne peuvent se comprendre qu’à travers cette connaissance négative : la paix est absence de guerre, le vrai ne se découvre que par le faux. Mais décréter ce qu’est la justice, la paix, ou la vérité est hors de portée de l’esprit humain, c’est une « présomption fatale ». Ce point de vue s’éclaire par son contraire, exprimé par tous les positivistes : est juste ce que la loi a défini comme tel. Mais qui a dit que la loi était « juste » ? S’agissant de la justice sociale, John Rawls veut la définir comme un équilibre entre ce qui est nécessaire au pauvre et inutile au riche. La justice sociale s’obtient par une redistribution qui consiste à donner le maximum possible à ceux qui ont le minimum. Hélas il est impossible de calculer ce « maxi-min », ce seuil à partir duquel trop donner aux pauvres finit par appauvrir les riches et rend toute redistribution perdante pour tous. Ainsi, qu’il s’agisse de définir la justice ou la justice sociale, c’est un constat d’impuissance, d’inconnaissance qui s’impose.

Loin de philosopher, la plupart de ceux qui se réfèrent à la justice sociale la ramènent à l’égalitarisme. La justice c’est l’égalité : égalité des droits sans doute, mais aussi égalité dans les faits. Ainsi on tiendra pour injuste tout écart, toute différence. Vive les gens normaux, c’est-à-dire normés par l’État-providence.

Nous sommes aujourd’hui en France submergés par l’égalitarisme le plus extrême qui inspire la chasse aux riches, mais aussi la traque à la réussite, au mérite : on ne veut plus de premiers en classe, on pratique la discrimination positive : mêmes fonctions, mêmes revenus entre hommes et femmes, nationaux et immigrés, jeunes et vieux, chômeurs et salariés. L’égalitarisme ne supporte aucun écart, donc aucune initiative, aucune personnalisation : c’est la marche forcée au collectivisme. Mais, comme toujours, dans cette société des égaux, il y en a qui sont plus égaux que d’autres. C’est que le pouvoir (démocratique, bien sûr) leur confère privilèges et passe-droits.

Le succès de l’égalitarisme provient sans doute de l’héritage de siècles d’étatisme, un régime où la fortune ne se fait pas dans l’industrie, le commerce, ou la finance, mais dans les allées du pouvoir. Suprême hypocrisie : ceux qui vivent des deniers publics dénoncent les entrepreneurs et les financiers comme les responsables des inégalités ! C’est que là-dessus est passé le mythe de la lutte des classes, largement diffusé dans « l’école de la République » : celui qui a réussi a nécessairement exploité quelque autre. Tout enrichissement constitue donc en soi une injustice, qu’il faut réparer, et l’État s’en charge.

L’égalitarisme aboutit à ruiner tout le monde, à bloquer la libre entreprise et l’innovation, à créer du chômage. À quoi servent les riches : l’ouvrage de Jean Philippe Delsol et Nicolas Lecaussin rappelle l’éminence des services rendus par les riches. Hayek allait jusqu’à faire de l’inégalité le vrai ferment du développement économique, car au sein d’une société il faut des gens qui prennent le risque d’explorer des voies nouvelles et qui en aient les moyens. Est-il préférable que la richesse s’accumule entre les mains d’un dictateur, de son armée et de sa clientèle ?

Dans une société de libertés, la règle est celle de la diversité. Diversité des fortunes, des revenus, des métiers, diversité des familles, des religions, diversité des opinions. Le miracle d’une société libre est de trouver une harmonie entre tous ces gens si divers, dont les intérêts personnels sont si différents. Différents, mais pas opposés : car, d’une part, la pratique des libres échanges marchands permet de bénéficier à tous et, d’autre part, il y a des règles de procédure, de « juste conduite » qui permettent de respecter la liberté et la dignité de chaque membre de la communauté.

Seule l’harmonie est compatible avec la nature des êtres humains, qui sont divers, chaque personne étant « unique et irremplaçable » (Jean Paul II). La justice est donc dans la conduite, pas dans les résultats. L’égalité est dans les droits individuels, pas dans les niveaux de vie. D’ailleurs, dans une société de libertés, la prospérité est au rendez-vous, de sorte que les perspectives de progrès personnel sont largement ouvertes. Quand on cesse d’être obnubilé par les inégalités, quand on cesse de rechercher l’uniformité, quand on fait place au mérite et à l’initiative, quand on accepte la diversité, l’harmonie sociale est au rendez-vous et chacun peut trouver le chemin de son épanouissement personnel.

Ce sont ces principes fondamentaux qu’on aimerait bien entendre rappeler par une classe politique qui croit se faire élire sur un programme de justice sociale, mais qui nous vaut la ruine économique et la haine sociale.


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