Où en sont les négociations de Merkel pour former sa coalition ?

Un rapide point sur l’état d’avancement des négociations en vue de la formation d’un gouvernement de coalition en Allemagne.

Un article d’Open Europe.

Merkel

Au cours de ces dernières semaines les différents bords politiques se sont beaucoup agités, chacun cherchant à montrer sa volonté de trouver un accord tout en énonçant ses attentes. Jusqu’à maintenant les choses ont suivi le calendrier que l’on avait prévu, un accord final devrait être passé fin novembre.

L’issue la plus probable reste une grande coalition, cependant l’éventualité d’une coalition CDU/CSU et Verts (noir-vert) a vu sa cote augmenter. Ci-dessous nous présentons les évolutions dans les positions des différents partis.

CDU/CSU :

– Bien qu’elle soit arrivée en tête de ces élections, la CDU/CSU a été relativement en retrait dans les récentes discussions publiques (bien entendu cela s’active beaucoup en coulisse).

– Elle a gardé la porte ouverte à des discussions formelles à la fois avec le SPD et avec les Verts, s’assurant ainsi que le SPD reste conscient qu’elle a une « alternative sérieuse ». Cependant à l’intérieur du parti certains ont exprimé un malaise à l’idée d’une coalition noire-verte. Le chef de la CSU Horst Seehofer a notamment déclaré qu’il ne mènerait pas de discussions avec eux.

SPD :

– Le SPD a commencé à poser ses conditions pour se joindre à une coalition, en se focalisant sur des augmentations d’impôts sur les plus hauts salaires et un salaire minimum. Il a également affirmé sa volonté de revenir à la charge sur une taxe sur les transactions financières, possiblement en lien avec le fonds de résolution des défaillances bancaires de l’eurozone.

– Le porte-parole de l’aile conservatrice du SPD, Johannes Karhs, a déclaré dans Die Welt que la nomination du ministre des finances par le SPD est un point non négociable. Cependant l’agitation autour de ce sujet a diminué et cela semble peu probable que cela arrive étant donné la volonté de la CDU/CSU de garder ce ministère.

– Il y a clairement de nombreuses hésitations au sein du SPD. Beaucoup ont en mémoire les effets de la précédente grande coalition en 2009. La direction du parti a également promis que toute coalition devrait être ratifiée par les membres du parti. Cela ajoute de l’incertitude aux négociations.

Les Verts :

– Une bonne partie de la direction du parti a démissionné. Les verts sont dans une phase de transition et leurs figures majeurs sont divisées sur leur volonté de négocier avec la CDU/CSU.

– Le parti voudrait probablement un accord similaire à celui du SPD sur les impôts, mais également l’assurance d’un soutien des énergies renouvelables. Étant donné le changement de direction à la tête des verts et le repositionnement de la CDU/CSU sur la politique énergétique, les deux parties sont maintenant plus proche sur ces sujets.

– Cela étant dit, il y a toujours de nombreux sujets de discordes, l’un d’entre eux étant celui de l’immigration et de l’asile politique, qui est revenu au devant de la scène à l’occasion de la tragédie de Lampedusa. Le ministre de l’intérieur Hans Pieter Friedrich (CSU) a déclaré plus tôt cette semaine : « l’Allemagne et l’Europe n’ont pas la responsabilité d’accepter toutes les personnes qui ne sont pas comme les gens d’ici » et a poursuivi en s’en prenant aux immigrants qui ne viendraient en Allemagne que pour bénéficier des avantages sociaux offerts. Un dirigeant des Verts, Katrin Göring-Eckardt, a riposté en déclarant : « Au regard de la terrible catastrophe de Lampedusa, cette rhétorique des immigrés qui profitent de l’État-providence est quelque chose que nous ne pouvons pas accepter et que nous n’accepterons pas ». Certains ont cependant avancé que cette ligne était tactique, et qu’elle pourrait servir d’excuse en cas d’échec des négociations.

Au niveau du calendrier, la CDU/CSU rencontre de manière informelle et pour la dernière fois le SPD et les verts ces lundi et mardi. Ils décideront ensuite avec qui engager des négociations officielles d’ici la fin de cette semaine. S’il s’agit du SPD, la direction demandera l’accord à son parti lors d’une convention le 20 octobre ; après cela, les négociations pourront officiellement commencer.

Dans le même temps, il semblerait que le SPD et les Verts aient ignoré les appels du pied de Die Linke d’utiliser la majorité parlementaire qu’ils détiennent à eux trois pour passer en force sur les mesures comme le salaire minimum.

Un autre point intéressant est que les négociations commencent à causer des remous dans les autres pays. Le journal Irish Independant a titré récemment « Les partis allemands s’affrontent au sujet de notre impôt sur les sociétés ». Il est clair que les lignes entre politiques nationales et politiques communautaires sont de plus en plus poreuses au sein de la zone euro.


Sur le web. Traduction : Hemrick/Contrepoints.