Interdiction de la prostitution : une perspective chrétienne et libérale

Prostituée au Mexique (Crédits : Tomas Castelazo, Creative Commons)

Ni le christianisme ni le libéralisme ne recommandent l’interdiction de la prostitution.

Ni le christianisme ni le libéralisme ne recommandent l’interdiction de la prostitution.

Par Philippe Bouchat, depuis Bruxelles, Belgique.

Ceux qui me lisent depuis un an maintenant savent que je prône un libéralisme chrétien. Comment a agi le Christ avec Marie-Madeleine ? Il ne l’a pas condamnée, ne l’a pas jugée, mais lui a pardonné son péché et lui a juste recommandé de ne plus pécher « Moi non plus je ne te condamne pas; va et désormais ne pèche plus ».

Qu’en retenir ?

1° le chrétien ne peut aborder la problématique de la prostitution sous l’angle moral (même si je reconnais que certaines morales non chrétiennes condamnent la prostitution) => haro donc à ceux qui invoquent la religion chrétienne pour condamner les prostituées : ce sont des hérétiques ! Les choses doivent être clairement dites!

2° le chrétien ne condamne pas la prostituée : non seulement le chrétien ne juge pas sur le plan moral (voir 1° supra), mais il ne juge pas non plus sur les autres plans social, sociétal, économique, juridique, etc => pas question donc de discriminer les prostituées de manière hypocrite.

3° le chrétien considère la prostitution comme un péché : encore faut-il préciser ce qu’est et ce que n’est pas un péché : contrairement à ce que le commun des mortels pense, le péché n’est pas une faute morale, mais une atteinte à sa nature (en hébreu, le péché se traduit par quelque chose comme « ce qui manque sa cible, son but »); en commettant un péché, l’homme manque donc à sa vocation d’être libre, voilà pourquoi l’Église condamne le péché (pas le pécheur !) : parce qu’il porte atteinte à la liberté de l’homme. Or le christianisme est religion de la Liberté, en se prostituant l’homme (la femme) porte atteinte à sa dignité d’être libre par nature.

4° le Christ – et à sa suite l’Église – pardonne le péché : puisque la vocation de l’homme est d’être un être libre, ce n’est pas en le jugeant et en le condamnant pour son péché, que l’Église va le libérer : seul le pardon a cette vertu de libération … pour autant qu’il s’agisse d’un pardon authentique, c’est-à-dire d’un par-don, d’un don par-delà le péché : l’Église redonne la liberté au pécheur qui se repent par-delà son péché !

5° le Christ recommande de ne plus pécher : puisqu’il a réintégré l’homme dans sa liberté, le Christ demande au pécheur pardonné de ne plus succomber au péché et de retomber dans l’asservissement de ses sens.

En résumé, l’Église, à la suite du Christ, adopte une position de liberté vis-à-vis du péché en général et de la prostitution en particulier. L’Eglise ne condamne pas la personne des prostituées et de leurs clients, mais informe qu’en commettant l’acte de prostitution, l’homme tombe dans l’esclavage de ses sens (ce qui est le péché, pas une faute morale), mais en rappelant que le pardon (la libération) est toujours offert à celui qui se repent.

On est donc très loin des positions conservatrices et des caricatures largement répandues. Voilà pourquoi je suis chrétien ; voilà pourquoi je suis libéral ; voilà pourquoi je ne condamne ni les prostituées ni leurs clients.

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