Le retour du Général Petraeus

David Petraeus

L’idée démocratique, estime Petraeus, est désormais implantée dans le monde arabe et progresse dans les pays du Golfe.

L’idée démocratique, estime Petraeus, est désormais implantée dans le monde arabe et progresse dans les pays du Golfe.

Par Guy Sorman.

David Petraeus

Les Américains empêtrés dans des adultères publics s’en sortent toujours en suivant un parcours balisé : demander publiquement pardon, consulter un pasteur, financer les frais juridiques en donnant des conférences publiques rémunérées, se recycler dans la philanthropie ou les affaires. Ce que fit Bill Clinton après sa relation avec une stagiaire de la Maison Blanche. Ce que fait David Petraeus après avoir démissionné de la CIA quand sa relation avec une journaliste devint notoire.

Payé entre cent et deux cent mille dollars par conférence, le Général qui, avant la CIA, avait « conquis » l’Irak et l’Afghanistan et défini la stratégie anti-terroriste américaine, reconnaît qu’il aura vite fait de payer ses avocats. À quoi s’ajoute le salaire, qu’il ne m’a pas dit mais, sans aucun doute, confortable, que lui attribue la société KKR (Kohlberg Kravis Roberts), le nouvel employeur de Petraeus. Celui-ci est en charge de la création d’un centre de recherche stratégique, interne à l’entreprise, qui la conseillera dans ses choix d’investissements mondiaux.

Petraeus connaît le monde et ses dirigeants, publics et secrets, comme peu d’Américains. Regrette-t-il ou non d’avoir, à la demande de George W. Bush, tenté d’introduire la démocratie dans le monde arabe ? N’est-ce pas un échec total, n’était-ce pas d’emblée une vision idéaliste du monde arabe ? Non. Petraeus estime que le retour de la dictature militaire, en Égypte en particulier, est un moment dans un processus révolutionnaire long. Et que les Frères musulmans ont moins fait reculer la démocratie qu’ils n’ont démontré leur incompétence.

L’idée démocratique, estime Petraeus, est désormais implantée dans le monde arabe et progresse, selon lui, dans les pays du Golfe et en Arabie Saoudite. Si elle paraît reculer, il ajoute que Barack Obama en est largement responsable pour ne soutenir nulle part les militants démocrates dans le monde arabe. « La seule bonne politique à terme, dit Petraeus, est de soutenir nos amis ».

Mais Petraeus exerce-t-il encore quelque influence en dehors de KKR ? Son bureau domine tout le paysage de Manhattan, mais le regard ne porte pas plus loin, pour l’instant.


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