L’État-providence : une étape incontournable ?

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En sacralisant l’État-providence par le biais d’un discours pseudo-scientifique, il devient impossible de trouver des solutions pour sortir du marasme économique dans lequel nous sommes empêtrés.

En sacralisant l’État-providence par le biais d’un discours pseudo-scientifique, il devient impossible de trouver des solutions pour sortir du marasme économique dans lequel nous sommes empêtrés.

Par l’auteur du site « Bobo libéral ».

Lors d’une émission sur BFM business, un économiste dressait une analyse de la situation économique actuelle, expliquant qu’une des raisons profondes du déséquilibre qui régnait dans le monde, toujours sur le plan économique, était que la Chine, et les autres nations dites émergentes, étaient en phase de rattrapage. La chine étant un pays jeune sur le plan de son développement, elle ne pourrait pas se permettre de financer des systèmes sociaux aussi imposants que ceux de la vielle Europe et de l’Amérique du Nord, aux nations développées et matures. En conséquence, la Chine bénéficierait d’un réservoir de mains-d’œuvre aux salaires dérisoirement bas en comparaison des nôtres, expliquant cette désindustrialisation sauvage qui sévit sous nos latitudes. Par ce biais, elle pourrait engranger une croissance, rapide et soutenable, qui lui permettrait, à terme d’avoir les moyens de se doter de systèmes sociaux, identiques aux nôtres, mettant ainsi un terme à cette concurrence déloyale, source de toutes ces perturbations financières que nous subissons depuis des années. Alors patience !

Cette théorie explicative est largement partagée par la communauté des économistes, mais au-delà de son exactitude ou de son inexactitude, ce qui m’intéresse sont les postulats sur lesquels elle se fonde, c’est-à-dire les axiomes qui autorisent ce cheminement de pensée aboutissant à de telles conclusions. Le principe de cette théorie revient à dire que n’importe quel État connaît une évolution tracée d’avance, à l’image d’un corps organique dont on aurait étudié les différents stades de développements immuables dans leurs natures et leurs déroulements.

Et dans ce cas précis, un État, au bout d’une certaine période, se doterait de systèmes sociaux qui le feraient muter en un État-providence moderne. Ce serait une évolution inéluctable, à laquelle tous les États devraient se soumettre, et cela sans exception. Nul ne pourrait se soustraire à cette loi naturelle. Ce qui pourrait varier, ce sont les différents chemins empruntés pour atteindre cette phase de l’évolution étatique. Les anciens États l’ont fait dans la souffrance, à tâtons, se hasardant parfois dans des expérimentations catastrophiques, comme le communisme ou le nazisme, pour finalement au lendemain de la seconde guerre mondiale achever leur mue en États-providences proprement formés et constitués. Pour les jeunes nations, la voie serait toute tracée par leurs aînées occidentales, et il ne resterait plus qu’à les rattraper, en se dopant certes, ce qui provoquerait ces fameux déséquilibres.

Dans tous les cas, l’État-providence serait une étape inéluctable. Il n’est pas question de le remettre en cause une seule fois. Il est aussi nécessaire que l’air que l’on respire. Son immanence est celle des lois de la gravité.

Notez que ce discours fait preuve d’un certain réalisme. Il reconnaît à l’État-providence un coût, la possibilité de le financer. Il ne suffit pas de le décréter pour qu’il soit là ; il faut pouvoir se le payer. Et la Chine est encore trop pauvre pour s’offrir ce luxe. Ce constat accepté que les États-providences coûtent rend ce discours acceptable, moins niais, réaliste et sérieux. Ses tenants ne passent pas pour des doux utopistes s’affranchissant de toutes réalités économiques. Il faut trimer un temps pour avoir un État-providence en bonne et due forme.

Mais ce discours consacre un autre point, qui est rarement soulevé. L’État-providence coûte. Il est immanquablement un poids financier. Les services qu’il propose, le plus souvent la santé, la retraite et l’éducation, ne peuvent que consommer des ressources, et jamais en créer. Ils ne peuvent faire l’objet d’aucun profit ; ils ne sont que des dépenses se finançant uniquement par les gains réalisés par l’économie de marché.

Alors que produire des chaussures en engrangeant des gains par le libre marché est une évidence pour la majorité d’entre nous, et Dieu sait ô combien les chaussures sont utiles à notre vie quotidienne, cela paraîtrait incongru d’en faire de même avec la santé, les retraites ou bien l’éducation. Ces domaines sont du ressort exclusif de l’État, lui conférant le titre pompeux d’État-providence.

Si l’on reprend l’exemple de la Chine, cette nation se doit de rattraper notre niveau d’endettement et d’improductivité pour devenir une nation pleinement accomplie !

En sacralisant l’État-providence par le biais de ce discours pseudo-scientifique, il devient difficile, voire impossible, de trouver des solutions pour sortir du marasme économique dans lequel nous sommes empêtrés. Alors que la raison même de ce marasme est justement cet État-providence dont le financement devient problématique, voire impossible.

L’État-providence n’est pas un passage obligé, une étape nécessaire à l’évolution des civilisations, c’est au mieux une erreur catastrophique aux bonnes intentions, au pire un vaste enfumage consacrant des privilèges. L’État-providence est une aberration économique qui ne se justifie par aucun discours, aussi scientifique soit-il. La seule chose qui est démontrable et scientifiquement valable à son sujet est sa nocivité patente et permanente.

Toutefois aujourd’hui une brèche vient d’être ouverte dans ce dogme, le Roi du Pays-Bas a annoncé lors d’un discours la fin de cet État-providence. Ce n’est qu’un début. Mais si cela se confirmait dans les faits, je ne m’inquiéterais par pour ces économistes qui nous expliquaient hier la nécessité absolue de l’État-providence pour notre survie. Par une dérobade intellectuelle dont ils sont passés maîtres, ils nous feront passer cela pour un nouveau stade de développement civilisationnel, une maturation inéluctable et quasi-prévisible de nos organismes sociétaux et étatiques. Une évolution naturelle à laquelle, comme toujours, nul ne pourra échapper.


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