Albert Jacquard et la compétition dans l’éducation

Albert Jacquard estimait que l’esprit de compétition devait être éradiqué de l’enseignement. Je pense tout le contraire.

Albert Jacquard estimait que l’esprit de compétition devait être éradiqué de l’enseignement. Je pense tout le contraire.

Un billet d’opinion de Corentin de Salle.

Albert Jacquard estimait que l’esprit de compétition devait être éradiqué de l’enseignement car, d’une part, il monte les gens les uns contre les autres et, d’autre part, il les uniformise et les normalise (alors que notre société a justement besoin de gens « hors normes »). Je pense tout le contraire : l’esprit de compétition – qui n’existe plus réellement dans notre enseignement – pousse les gens à donner le meilleur d’eux mêmes et à se singulariser. Les Grecs de l’Antiquité cultivaient dès le plus jeune âge cet esprit de compétition. Ce n’est pas un hasard si ce peuple a inventé la science, la philosophie, la démocratie et les Jeux Olympiques. La concurrence est la traduction de cette idée dans le domaine économique. Elle force constamment à tenir compte des besoins spécifiques, à s’adapter, à innover et à inventer des choses inédites.

Cela dit, il ne faut pas confondre – ainsi que le faisait Jacquard – compétition et sélection. La sélection n’a en soi rien de critiquable (dans un monde d’abondance de produits, d’informations, etc., nous sommes contraints de sélectionner en permanence) sauf si elle repose sur la notion – antilibérale par excellence – de « quota ». Certains systèmes éducatifs (surtout en France) sont basés sur les quotas et je trouve cela arbitraire, injuste et stupide. Arbitraire parce que décider que seulement les « x » premières personnes recevront un diplôme ne repose sur rien d’objectif. Pourquoi le nombre x et pas le nombre y ou z ? Injuste parce qu’un diplôme est l’attestation qu’une personne a acquis telle ou telle connaissance et/ou maîtrise telle ou telle compétence et non pas qu’elle a mieux acquise celle-ci ou maîtrise mieux celle-là que les autres personnes d’un groupe déterminé. Personnellement, je n’aurais aucun problème à diplômer 100% de mes étudiants de mon auditoire si chacun prouvait qu’il a acquis les connaissances et compétences requises. Stupide parce que ces quotas reposent sur des certitudes bureaucratiques estimant qu’on a besoin autant de diplômés de ceci ou de cela dans la société. D’une part, il est impossible pour une administration de quantifier ces besoins. Seul le marché peut le faire et cela fluctue constamment. D’autre part, rien ne dit que la personne va travailler dans le pays en question. Trop de médecins dans un pays x ? Il en manque plein dans les pays a, b, c, d, e, etc.

Plus le nombre de diplômés est grand, plus augmente le capital humain qui pourra accroître la prospérité de la société. Dire qu’il y a « trop » de diplômés dans une société n’a aucun sens. Le marché du travail, ce n’est pas un nombre x de places préexistantes et immuables. Les emplois, cela se crée. Il y a autant d’emplois possibles que de besoins. Or, il n’y a pas de limites à nos besoins.

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