Sacré Albert Jacquard ! Bon vent.

Dans quasiment tous les domaines, Albert Jacquard défendait des idées à 180° des miennes. Je garde néanmoins un bon souvenir de lui.

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Sacré Albert Jacquard ! Bon vent.

Publié le 13 septembre 2013
- A +

Albert Jacquard est mort mercredi 11 septembre à l’âge de 87 ans. Le philosophe Corentin de Salle nous raconte sa rencontre avec le célèbre généticien.

Par Corentin de Salle

Dans quasiment tous les domaines, Albert Jacquard défendait des idées à 180° des miennes. Je garde néanmoins un bon souvenir de lui. 

C’était il y a sept ans, le 20 mars 2006, une organisation étudiante avait organisé une confrontation entre lui et moi devant une salle comble à Louvain-la-Neuve. C’était déjà une preuve de grande simplicité et de modestie de la part de ce professeur de Sorbonne d’accepter de débattre avec quelqu’un qui n’avait pas le centième de sa notoriété.

Nous avons dîné ensemble avant la conférence. Il m’a dit qu’il avait été très ami avec l’économiste libéral et Prix Nobel Maurice Allais et m’a posé de nombreuses questions sur l’école libérale à laquelle je me rattachais. Durant le débat, là où il disait noir, je disais blanc et vice-versa mais dans une ambiance conviviale et sans jamais une once de mépris ou d’agacement dans ses propos.

À la fin des deux heures d’exposé et de questions-réponses, un gang d’altermondialistes agités a grimpé sur le podium et m’a entarté avec de la crème chantilly. J’ai adopté une attitude inverse à celle de BHL et j’ai pris la chose avec humour, leur reprochant de s’être trompé d’un jour avec la date de mon anniversaire, etc. La salle était scandalisée car elle avait apparemment apprécié la rencontre.

Albert Jacquard, qui n’avait été jusque-là que douceur et bonhomie, est entré subitement dans une rage folle. Rouge de colère, indigné au-delà de toute mesure, il s’est dressé sur le podium, le poing en l’air et a vitupéré contre les auteurs de l’attentat pâtissier, lesquels avaient fui piteusement devant le murmure réprobateur de la salle. Jacquard a alors dit une chose que je n’aurais jamais imaginé entendre de sa bouche : « Je manifeste ma totale solidarité avec Corentin de Salle. »

Sacré Albert ! Bon vent.

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  • Merci de cet hommage simple. Cet homme est estimable, un bel utopiste qui va nous manquer, un bel exemple aussi d’une droiture d’esprit avec des idées parfois dérangeantes. Comme vous je ne partage pas toutes ses idées, mais certaines seraient si belles si elles pouvaient être appliquées.

  • Comme quoi on peut être marxiste philosophiquement et ne pas être solidaire des vandales.

  • Lire Albert Jacquard est important. Cela permet de réaliser à quel point le totalitarisme décontracté peut se donner l’air sympathique, et aussi réaliser que la plupart des gens peuvent très sincérement, sans méchanceté, verser dans le fascisme décomplexé.

    Par exemple, la lecture de « Mon utopie » nous apprend que, pour Albert, mettre fin à la pauvreté c’est facile: il suffit de faire la guerre à la pauvreté comme on ferait la guerre à un autre pays, en conscrivant tout le monde, et en soumettant la population entière à une autorité absolue, comme en temps de guerre. Allez hop, c’est simple non ? Et on fusille les déserteurs aussi, bien sûr.

  • Tôt ou tard, nous aurons probablement droit au panégyrique post mortem d’un autre barbu à tête de père noël psychotique, de type Hubert Reeve, ou de gourou ensafrané à tête de pédophile, style Dalaï Lama.

    Mais pour ma part, je trouve que Jacquard ressemble à un hybride de « grincheux » et « atchoum » ….

    • Ecrire de cet article qu’il serait un panégyrique est un peu exagéré.

      • @H16
        Vous avez raison, mais je parlais pas de cet article; je faisais allusion à la déferlante médiatique habituelle en pareil cas…….

        • Il ne s’agit en effet en aucun ces d’un panégyrique. Cet échange m’a confirmé dans l’inanité et même la nocivité de nombreuses idées d’Albert Jacquard. Je ne le considère pas non plus comme un grand homme. Pas plus que je ne considère qu’il faudrait être sympathique pour être un grand homme. Ce que je voulais juste dire, c’est qu’humainement, cette personne m’avait, pour les quelques heures que j’ai passées avec lui, donné l’impression d’être quelqu’un de bien. En cela, il tranche avec nombre d’interlocuteurs gauchistes avec qui j’ai déjà du interagir et qui utilisent constamment le sophisme, la mauvaise foi et l’argument ad hominem. Cela m’a frappé car les articles ou ouvrages que j’avais lus de Jacquard avant cette rencontre m’horripilaient. Pourtant, derrière cela, il y avait un homme sympathique et un convive agréable. C’est cela que j’ai voulu dire et je me suis dit aussi que dorénavant je ne dénigrerai plus les gauchistes sur leurs traits de caractère réels ou supposés. Je préfère leur laisser le monopole de l’insulte.

          • Vous avez déjà vu le film « inglourious basterd » de Tarantino ? Le personnage Hans Landa me fait penser en partie à cette description. Une sorte de gentlement, poli, cultivé, intelligent qui sait parler au gens mais qui par idéologie peut faire des choses assez abjecte.

    • Votre commentaire est abject.

    • Votre post m’a bien faot rigoler !:)))

  • Oui c’était quelqu’un de très sympathique et un homme droit, non ses idées politiques n’étaient pas à la hauteur de sa profonde gentillesse…

  • Illusion qund tu nous tiens!
    Jacquard est le classique « grand bon », modèle identificatoire évidemment « intouchable », quelqu’un de « bien » à très peu de frais.
    A mon avis, un vieux refoulé qui ne pouvait pas supporter:
    – sa laideur
    – d’être contredit par quelqu’un de son niveau

    Décidemment, Gustave le Bon avait tout juste avec sa « psychologie des foules »; la fascination des groupes par ce genre de Gourou à look de prophète ascétique marche toujours!

    • Je ne suis pas fanatique de Jacquard non plus mais sa « laideur » est apparemment due à un accident lorsqu’il était jeune où ses grands parents sont morts et où il a été défiguré. L’anecdote de Corentin nous montre une certaine beauté.

    • Protagoras remporte, pour l’instant, la palme de l’abjectitude. Toujours et encore ce fameux nivellement par le haut qui consiste à qualifier de « vieux refoulé ne pouvant pas supporter sa laideur » un homme qui non seulement défend ses convictions, mais défend aussi son contradicteur lorsque celui ci est agressé.
      Encore bravo, avec des amis comme vous les libéraux n’ont pas besoin d’ennemis.

      • Je peux faire beaucoup mieux en termes d’abjectitude, mais je pense ce que j’ai écrit.
        J’aurais pu en écrire autant sur Ghandi ( que je considère comme un psychotique), ou l’Abbé Pierre.
        Ces histrions, qui prétendent être à la ville ce qu’ils sont sur la scène, sont des « gourous » dotés d’un mystérieux carisme qui n’agit pas sur moi; les propriétés « morales » simili-chrétiennes que l’on leur prète contribuent beaucoup à leur image sotériologique .
        Mais tout celà est du pipo, de la société du spectacle.

  • Savoureuse anecdote!

  • Comme quoi, les partisans de modèles totalement criminels son souvent des hommes de bonne volonté. N’est-ce pas au nom du bien que les pires atrocités ont été commises ?

    De Sage l’Ancien on aboutit à Napoléon.

    • @ph11
      Staline avait même un nom pour ces gens là : des idiots utiles.
      Merci à Corentin de Salle de nous rappeler combien il est difficile de juger les gens.

      • @miniTax J’ignore qui est le plus idiot de nous deux mais ce qui est certain, c’est que vous n’avez pas compris le commentaire de ph11. Ce dernier se contente de dire que les bonnes intentions ne comptent pas si elles sont mises au service d’idées dangereuses (parler d’idées criminelles est excessif en l’occurence).

        Les idiots utiles sont les idéalistes qui se laissent manipuler par des individus cyniques qui habillent leurs objectifs sous une rhétorique idéologique. Une fois convaincus, ces derniers sont utiles car ils en convainquent toute une série d’autres.

        Vous n’avez pas compris ce que je tente d’expliquer dans cette petite histoire et dans le commentaire qui suit. Je ne vise pas à populariser ici les idées de Jacquard. Mais je ne vais pas répeter ici ce que j’ai écrit.

  • Un grand spécialiste des lieux communs (non à la guerre, a bas la pauvreté, sus aux méchants, soyons tous frères, yakafokon …) et de la pensée unique est mort. C’est surement triste pour ses proches. Quant à moi, pour citer Desproges, « j’ai repris des nouilles ».

  • Il avait le look, les idées et la gentillesse de Simplet !
    Et puis quoi ? Et pourquoi cette récupération ?
    Mon chien aime les chats, dois-j’en faire article ?

  • Je me souviens bien d’un article dans le Figaro du mois d’août où il parlait un peu de sa vie privée, ses vacances, sa résidence secondaire….
    Le journaliste lui demande s’il était prêt à recevoir quelques mal logés puisqu’il avait de la place. Réponse de notre généreux humaniste : Ah non mais là ce n’est pas possible parce que je reçois tous mes petits enfants et bla bla bla…

    Le socialisme chez les bourgeois honteux c’est toujours la même chose : la générosité avec l’argent des autres pour se faire une belle âme à peu de frais.

  • Ce qui est dommage avec les commentateurs de Contrepoints, c’est que quand on se dit enfin, voila un papier où un libéral fait vraiment preuve de libéralisme : en saluant un opposant, non pas pour ses idées (bien évidement), mais pour la dignité de cette personne, et le fait qu’elle puisse tout à fait avoir une opinion opposée à la sienne, sans en faire une caricature stalinienne, en débattant avec lui des ses convictions etc. on finit toujours par sombrer dans le caniveau, la caricature, le dictat de la contre pensée unique, etc.

    Quand comprendrez-vous, que par delà les idées économiques, politiques, scientifiques, le libéralisme c’est aussi la liberté. La liberté d’avoir un point de vue différent du vôtre, d’en débattre en bonne intelligence, sans insulte, avec ouverture d’esprit, et tolérance ? Sans cette liberté d’opinion, cette capacité d’accepter l’autre et ses idées, le totalitarisme n’est pas loin, quelle que soit le courant de pensée derrière lequel il se cache.

    • VinsK : « …le totalitarisme n’est pas loin, quelle que soit le courant de pensée derrière lequel il se cache. »
      Toutafé.
      Il y en a certains qui commentent ici que je n’aurais pas aimé croiser en certains lieux et en certains temps.

    • Je ne comprend pas. Comment peux t on se dire libéral et reprocher aux gens d’exprimer ce qu’ils pensent, aussi détestable que cela puisse paraître. La liberté d’expression est une chose et elle doit être absolue. Seuls les actes sont répréhensibles.
      La plupart des critiques adressé à Albert Jacquard sont parfaitement valide et mérite d’être énoncées. Ce ne sont pas des appel au meurtre , ce ne sont pas de la diffamation ou des attaques sur la personne même mais sur les idées qu’il a véhiculés ou contribué à véhiculer. Ces idées il faut les combattre toujours et partout par tout les moyens des principes libéraux. l’homme en lui même n’a au final que peu d’importance.

      • « La plupart des critiques adressé à Albert Jacquard sont parfaitement valide et mérite d’être énoncées. Ce ne sont pas des appel au meurtre , ce ne sont pas de la diffamation ou des attaques sur la personne même mais sur les idées qu’il a véhiculés ou contribué à véhiculer. »

        et qu’est-ce donc alors, un petit florilège :

        .. un autre barbu à tête de père noël psychotique, de type Hubert Reeve, ou de gourou ensafrané à tête de pédophile,
        Jacquard ressemble à un hybride de « grincheux » et « atchoum »
        Je peux faire beaucoup mieux en termes d’abjectitude, mais je pense ce que j’ai écrit.
        « des idiots utiles »
        « Il avait le look, les idées et la gentillesse de Simplet ! »

        • @Vinsk

          J’assume tout à fait mes propos « ad hominem » concernant Jacquard ( qui n’en a cure..), afin de déboulonner, non pas le bonhomme, mais l’instinct puéril de « totemisation » et de « vénération d’idole ».
          On ne peut pas éternellement se planquer derrière les idées, les slogans, les abstractions, la personnalisation de concepts abstraits ( la Nature, la société, l’état etc..
          Il n’ y a que des personnes, des individus, des histoires personnelles; j’ai envie de dire que l’énoncé d’idées( ou soit disant telles) ou de doctrines , qui ne sont qu’un contenu discursif manifeste dans des domaines qui n’ont rien d’objectif, ne sont que les révélateurs de personnalités, d’inconscients, voire de pathologies psychiatriques.
          On peut apprécier ou non les doctrines énoncées, mais pour ma part, il n’est pas question de « préserver » , de façon infantile, des images paternelles ou maternelles ou mixées, qui seraient sacralisées et intouchables.

          Par ailleurs, j’approuve ce que vous énoncez ci-dessous concernant la distance qui s’est établie entre l’idée Libérale ( …héritière des arts libéraux, de la liberté de pensée etc..) et le libéralisme de combat qui ne tient aucun compte, comme toute doctrine devenue totalitaire( stalisnime, écologisme et autres..), de la « vie intérieure » des individus.
          Tout holisme, tout « grand tout supérieur à la somme des parties » est la base du totalistarisme.

      • Si le libéralisme promeut la liberté d’opinion, de parole etc, il est juste idiot de penser que le libéralisme puisse survivre à des discours antilibéraux …
        C’est l’antithèse du communisme et du passager clandestin en fait.

        • Sauf que si le soit-disant libéralisme que vous défendez n’est autre qu’un totalitarisme, il devrait être combattu avec force, est n’aurait finalement plus aucun lien avec l’idée Libérale. En fait, ça n’aurait pas grand chose à envier au communisme stalinien…

      • Bien sûr que la liberté d’expression ne doit souffrir que de l’exception de l’interdiction de la diffamation et de la calomnie.
        Mais il n’empêche que ce qui se dit peut être révoltant, bête, accrocheur, inutilement provocateur, faux, ou mensonger.
        Et ça, on a aussi le droit de l’exprimer.

      •  » Je ne comprend pas. Comment peux t on se dire libéral et reprocher aux gens d’exprimer ce qu’ils pensent, aussi détestable que cela puisse paraître.  »

        Ce n’est pas de reprocher au gens de s’exprimer qui est anti-libéral mais des les interdire de s’exprimer.

        D.J

  • Quelqu’un a dit : il est aussi anormal de n’être pas de gauche étant jeune que de l’être encore étant vieux.
    Quoi qu’il en soit, salut à la dépouille d’un utopiste parmi tant d’autres, qui eut le mérite d’intéresser le public à ses idées, dont il restera quelque chose.

  • Le problème est que les gens comme Jacquard, les idiots utiles chers à Revel, ont fait ou font encore la promotion d’idées qui, si elles venaient être mis en œuvre, en ordre de bataille, supprimeraient mécaniquement la liberté. Ce genre de boursouflures médiatiques incarne la Figure du post-socialiste après guerre qui a dominé la vie intellectuelle de la France. Ils ont eu systématiquement tord sur à peu près tous les sujets. Mais continue à subir leur sentences à la moraline rassie, du haut de leur chaire médiatique. Jacquard était insupportable, un vecteur de clichés ambulant, une matrice à pensée obligatoire. Il suffit de consulter ses citations, un festival de lieux communs et d’âneries invraisemblables…

    • Je pense que ce type était profondément religieux malheureusement dans un monde athée. Ça produit souvent ce genre de profil un peu déstructuré qui verse dans la mièvrerie.

      • finalement, jacquard, c’est une histoire française ( pas étonnant avec un nom pareil ) : une origine catholique bon teint, et une déviation progressive vers la gauche, comme quoi une connerie en appelle une autre. cela rappelle un certain mitterand.

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