Sacré Albert Jacquard ! Bon vent.

Dans quasiment tous les domaines, Albert Jacquard défendait des idées à 180° des miennes. Je garde néanmoins un bon souvenir de lui.

Albert Jacquard est mort mercredi 11 septembre à l’âge de 87 ans. Le philosophe Corentin de Salle nous raconte sa rencontre avec le célèbre généticien.

Par Corentin de Salle

Dans quasiment tous les domaines, Albert Jacquard défendait des idées à 180° des miennes. Je garde néanmoins un bon souvenir de lui. 

C’était il y a sept ans, le 20 mars 2006, une organisation étudiante avait organisé une confrontation entre lui et moi devant une salle comble à Louvain-la-Neuve. C’était déjà une preuve de grande simplicité et de modestie de la part de ce professeur de Sorbonne d’accepter de débattre avec quelqu’un qui n’avait pas le centième de sa notoriété.

Nous avons dîné ensemble avant la conférence. Il m’a dit qu’il avait été très ami avec l’économiste libéral et Prix Nobel Maurice Allais et m’a posé de nombreuses questions sur l’école libérale à laquelle je me rattachais. Durant le débat, là où il disait noir, je disais blanc et vice-versa mais dans une ambiance conviviale et sans jamais une once de mépris ou d’agacement dans ses propos.

À la fin des deux heures d’exposé et de questions-réponses, un gang d’altermondialistes agités a grimpé sur le podium et m’a entarté avec de la crème chantilly. J’ai adopté une attitude inverse à celle de BHL et j’ai pris la chose avec humour, leur reprochant de s’être trompé d’un jour avec la date de mon anniversaire, etc. La salle était scandalisée car elle avait apparemment apprécié la rencontre.

Albert Jacquard, qui n’avait été jusque-là que douceur et bonhomie, est entré subitement dans une rage folle. Rouge de colère, indigné au-delà de toute mesure, il s’est dressé sur le podium, le poing en l’air et a vitupéré contre les auteurs de l’attentat pâtissier, lesquels avaient fui piteusement devant le murmure réprobateur de la salle. Jacquard a alors dit une chose que je n’aurais jamais imaginé entendre de sa bouche : « Je manifeste ma totale solidarité avec Corentin de Salle. »

Sacré Albert ! Bon vent.