Langage : des perversions des mots

Corbeaux à la tour de Londres (Crédits : Cj005257, Creative Commons)

Les mots qui ne traduisent plus la vérité sont comme des oiseaux empaillés. La France, en ce moment, est devenu un grand centre de taxidermie.

Les mots qui ne traduisent plus la vérité sont comme des oiseaux empaillés. La France, en ce moment, est devenu un grand centre de taxidermie.

Par Nicolas Nilsen.

Des perroquets monochromes ?
Des perroquets monochromes ?

Avant-hier encore, j’entendais le Gouvernement nous assurer que « la courbe du chômage s’inversait » alors que tout le monde voit bien que Pôle emploi finira par être emporté par une terrible marée noire. Donc le chômage « baisse », disent-ils, tout comme les prix « baissent », ou la croissance « repart »…). Plus personne, évidemment, ne croit plus à ces contorsions de langage qui cherchent à faire prendre des vessies pour des lanternes.

Hier dans le métro, un type distribuait aux voyageurs des petits cartons avec « Jésus fils de Dieu. Pour vous ! » Tout le monde refusait, en faisant non de la tête et baissant les yeux sur leurs portables. Lassitude générale : plus rien ne passe, les mots sont usés jusqu’à la corde, plus personne ne croit plus en rien. Et les ministres ont beau « renouveler » leurs « éléments de langage », plus personne ne les croit plus (même pas eux j’imagine car ils connaissent les vrais chiffres comme vous et moi).

Platon aurait dit [1] que « la perversion de la cité commence par la fraude des mots ». On est donc bien en pleine perversion langagière. Ils auront beau chercher à les renouveler, le maquillage des mots ne marche plus. Dire qu’un corbeau est un « perroquet monochrome » ne sert à rien ! Appeler main au cul le « baise-main du pauvre » n’est pas plus respectueux. Appeler une limace un « escargot à bâtir » ou un café un « lieu de cohésion sociale », tout ça ne sert à rien. Perversion !

Un disciple demanda un jour à Confucius quelle lui semblait être la première tâche à faire pour le souverain d’un pays. Il répondit : restaurer le sens des mots. «Si les dénominations ne sont pas justes, si elles ne correspondent pas à la réalité, le langage est vide. Quand le langage est vide, l’action devient impossible, toutes les entreprises humaines se désintègrent, et il devient impossible et vain de les gérer».

Les mots – ou les idées – qui ne traduisent plus la vérité, qui ne portent plus, qui ne dérangent plus, ne mobilisent plus sont comme des oiseaux empaillés ! La France, en ce moment, est devenu un grand centre de taxidermie ! Et je crois même que tous les ministres sont des volatiles empaillés…

NB. Il faut évidemment faire une différence entre la volonté disons de ne pas mépriser – que je peux admettre (genre appeler un balayeur « technicien de surface » (!) ou une femme de ménage « employée de maison » (!!) et, ce qui est très différent, la volonté de dissimuler délibérément comme dire « des jeunes » pour des délinquants, des « incivilités » pour des vols, un « salon de massage » pour un bordel, ou un « sentiment d’insécurité » pour de la criminalité… etc. Et, puisqu’on parle de la Syrie en ce moment, des « tirs de Tomahawks » pour des bombardements sanglants…


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  1. Note de Contrepoints : pas de source identifiée pour la citation concernée.