Une France en équilibre subtil

Entrepreneuriat création d'entreprise (Crédits : René Le Honzec/Contrepoints.org, licence Creative Commons)

Les déséquilibrés balourds qui nous gouvernent mèneraient, selon Bernard Cazeneuve, une politique d’équilibre subtil.

Selon une étude, il serait simple de créer une entreprise en France. Dommage qu’on fasse ensuite tout pour les tuer.

Par Baptiste Créteur.

Selon une étude du cabinet Ernst & Young, la France serait un petit paradis de la création d’entreprise. Peu chère et rapide, la création d’une entreprise n’y est pourtant pas à la fête, malgré les efforts du gouvernement pour faire croire qu’il soutient l’entrepreneuriat.

En fait, un État ne peut pas soutenir l’entrepreneuriat autrement qu’en ne faisant rien. Du tout. Les aides à la création d’entreprise ne sont pas efficaces ; pire, elles incitent au lancement de projets non rentables.

L’accompagnement par des conseillers de l’administration a comme seul avantage pour ses bénéficiaires un accès privilégié au capitalisme de copinage, disposer de bonnes relations à différents échelons politiques étant dans la république socialiste française un gage de succès.

Comme pour toute intervention de l’État dans quelque domaine que ce soit, sa valeur ajoutée sera au mieux nulle et bien souvent négative, ce qui devrait limiter le périmètre de son intervention aux seules fonctions régaliennes aux yeux de toute personne sensée.

Toute intervention de l’État dans l’économie consiste à accorder à certains un avantage pris de force à d’autres. (Ayn Rand)

Ce que l’État français s’évertue de mettre en place sans y parvenir vraiment, c’est une économie orientée et dans laquelle les profits sont plafonnés – au-delà, c’est indécent et on taxe – et où la faillite est impossible – pour sauver l’emploi, on subventionne, selon le bon vieil adage étatiste :

Les États ont une vision très sommaire de l’économie. Si ça bouge, taxe la. Si ça bouge encore, régule la. Si ça cesse de bouger, subventionne la. (Roland Reagan)

Évidemment, ça ne marche pas, et on se retrouve avec une telle jungle de taxes, régulations et subventions dans tous les sens que tout mouvement est pénible sinon impossible. Pire, tout mouvement est susceptible d’être puni ; il est bien plus simple de ne même pas tenter de bouger plutôt que de risquer de se prendre le pied dans une liane réglementaire ou de se cogner contre une branche fiscale.

C’est à cet état de décomposition avancée que les « choix collectifs » qui ont été faits durant les dernières décennies nous ont mené. Et le gouvernement veut aller plus loin, méprenant les spasmes de la France mourante pour un regain de vie. La rentrée s’annonce agréable ; le gouvernement français, avec le sadisme qu’on lui connait, a même travaillé pendant l’été.

« J’ai travaillé silencieusement tout l’été. J’ai pu parfois mesurer le décalage entre ce que je lisais et ce que je préparais pour François Hollande et Jean-Marc Ayrault », lâche le ministre, qui avait déjà prévenu devant la presse, dimanche 25 août à La Rochelle : « Attendez-vous à des surprises ! » (Bernard Cazeneuve)

Et clairement, il va persévérer dans sa rage taxatoire :

Le chiffre de la croissance au deuxième trimestre (+0,5%) avait constitué une agréable surprise. « Pas une surprise, la confirmation que la politique d’équilibre subtil que nous avons mise en œuvre est en train de porter ses fruits », rectifiait M. Cazeneuve.

Une politique d’équilibre subtil qui porte ses fruits : les Français, quand ils ne quittent la France, sont de plus en plus nombreux au chômage, paient bien cher des retraites qu’ils ne toucheront pas et cherchent de plus en plus l’équilibre subtil de leur compte en banque.

Et la tension au sein de l’État, dont l’équilibre est également de plus en plus subtil, est palpable. Les Français le quittent, en quittant la France ou en quittant des régimes de protection sociale désormais en concurrence, et lui fait tout pour récupérer leur argent jusque-là mis à l’abri de ses griffes. 1 100 dossiers de rapatriation d’actifs déposés, 1 100 petits poissons qui ont craint l’étape suivante qui ne manquera pas d’arriver : la traque.

Elle sera de plus en plus fine et ratissera de plus en plus large à mesure que les conséquences de l’action brouillonne et insensée des gouvernements successifs se font sentir : non, la croissance ne repart pas, car elle ne le peut pas. Personne n’a réellement confiance dans l’environnement économique actuel, l’activité ralentit, et les recettes marginales de l’État seront de plus en plus faibles.

Avec un peu de chance pour les dirigeants français, le grain majeur qui vient viendra avant que l’État ne croule sous son propre poids, et les manuels d’histoire pourront alors contenir une version erronée selon laquelle la crise aura emporté l’État français jusque-là vaillant dans une conjoncture difficile, à l’inverse d’autres États moins raisonnables. Après tout, les manuels d’histoire d’aujourd’hui enseignent bien aux enfants que le New Deal a sorti les États-Unis de la crise…

L’enseignement économique, lui, changera peut-être ; on trouvera un nouveau charlatan pour remplacer Keynes, qui saura affiner la théorie et nuancer l’idée qu' »à long terme nous sommes tous morts » pour éviter que ceux qui vivent plus de trente ans ne soient assurés de vivre une bulle et voir son explosion.

Mais les vrais principes, eux, ne changeront pas d’un iota ; l’économie suivra toujours les lois de l’action humaine, et aucune intervention étatique n’y fera jamais aucun bien.