Crime et châtiment : une solution juste

Enceinte de prison (Crédits : x1klima, Creative Commons)

Le bon peuple conservateur veut plus de prisons. Mais la surpopulation carcérale n’est pas plutôt le symptôme d’un problème de fond ?

Le bon peuple conservateur veut plus de prisons. Mais la surpopulation carcérale n’est-elle pas plutôt le symptôme d’un problème de fond ?

Par Michel Desgranges.

Un gros vent de fureur, d’indignation, de colère et même de mécontentement et de mauvaise humeur a fait frémir le troupeau conservateur à la nouvelle que trois individus condamnés à des peines de prison d’une durée de deux à trois mois n’avaient pu être incarcérés, faute de place dans les geôles.

Et aussitôt retentirent cris, demandes et supplications : « Il faut plus de prisons ! Plus de bagnes ! Plus de rangs de rame dans les galères ! »

Pas une voix ne s’éleva pour seulement noter que la véritable cause de la surpopulation carcérale (sic) est la multiplication insensée des crimes sans victimes, dont chaque jour des lois accroissent le nombre, crimes sans victimes qui concernent essentiellement l’illégitime interdiction du légitime commerce de substances prohibées – prohibées pour des raisons étrangères à l’humanité jusqu’à il y a environ cent ans.

Les crimes sans victimes, invention abjecte d’une ignoble tyrannie, ne sont pas aujourd’hui mon propos, et sur les fondements moraux de ma position, je renvoie à L’éthique de la liberté, de Murray Rothbard, Défendre les indéfendables de Walter Block et l’indispensable, et bref, Les vices ne sont pas des crimes de mon maître Lysander Spooner, ouvrages publiés, pour leur traduction française, aux éditions Les Belles Lettres (www.lesbelleslettres.com, et qui se trouvent aussi chez Amazon).

Mais la prison ? Quand osera-t-on s’interroger sur la raison d’être de ce châtiment dont la stupidité n’égale que l’inefficacité ?

En bonne justice, l’acte d’un authentique criminel (voleur, meurtrier, violeur, etc.) crée à sa victime (ou aux ayants droit de celle-ci) un droit proportionnel au dommage causé, et ce droit s’exprime par une réparation dont la Justice doit ordonner l’exécution.

En langage vulgaire, cela signifie que si A vole dix mille zlotys à B, A acquiert le droit de faire travailler B à son profit dans des formes relevant de son seul plaisir jusqu’à ce qu’il soit remboursé de ses dix mille zlotys, doublés ou triplés en indemnisation du dommage moral subi.

Je laisse à l’imagination du lecteur, ou de la lectrice, l’amusement de chiffrer ces dommages, en compensation d’une gifle reçue, d’un égorgement, etc., et comme ce n’est pas demain que sera créée une telle et véritable Justice… prenez votre temps.

Je veux néanmoins insister sur cette réalité : si un voleur doit aller extraire du charbon dans une mine insalubre afin de gagner par ce travail de quoi rembourser sa victime, peut-être jugera-t-il que le vol n’est pas une activité rentable, et y renoncera-t-il.

Je note enfin qu’ici le châtiment, quantifiable, est rigoureusement proportionné à l’acte criminel, ce qui n’est pas le cas des surréalistes peines de prison.

Enfin, comme un tel système serait fort déplaisant pour les malfaiteurs, je ne lui donne aucune chance d’être adopté.


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