Armée : l’État joue au poker avec l’argent public

Jean-Yves Le Drian

À quoi sert l’armée française, quels sont ses objectifs stratégiques ? Quelles sont donc les options politiques de Jean-Yves Le Drian ?

À quoi sert l’armée française, quels sont ses objectifs stratégiques ? Quelles sont donc les options politiques de Jean-Yves Le Drian ?

Par le Parisien libéral.

Jean-Yves Le Drian, ministre des armées

En grande forme, le gouvernement a choisi de parler d’armée, avant de partir en vacances. Simplement, le ministre de la défense, Jean-Yves Le Drian, a oublié de parler de stratégie. À quoi sert l’armée française, et quels sont ses objectifs stratégiques ? Protéger le territoire national ? Contribuer, dans le cadre de coalitions multinationales, à aller déloger de leurs sanctuaires des terroristes islamistes ? Faire du social ?

D’où la réaction de l’ancien ministre de la défense, Hervé Morin, qui parle de mystification par rapport à la loi de programmation militaire (voir le site web du Nouveau Centre UDI). Hervé Morin dit, notamment, que François Hollande aurait dû avoir le courage de procéder à de véritables arbitrages :

  • d’une part, assumer le fait que la France n’est plus capable de financer deux composantes pour la dissuasion, afin de dégager les crédits nécessaires pour les priorités de nos forces conventionnelles (hélicoptères, avions de transport militaire, drones, présence navale) et donc aller vers l’extinction progressive de la composante aéroportée ;
  • d’autre part, au lieu de procéder à une réduction proportionnelle de nos forces armées, s’engager dans un format résolument nouveau qui consisterait à créer un corps expéditionnaire capable de mener dans une autonomie stratégique totale.

Ces arbitrages n’ont pas été faits, et au lieu de cela, le gouvernement, par la voix de Le Drian, a préféré rentrer dans un tweetclash que mentionne L’Opinion (lire #Tweetclash : #Défense, gueguerre Morin / Le Drian).


Tweetclash : #Défense, gueguerre Morin / Le Drian par Lopinionfr

Pourtant, la France ne peut s’économiser un débat qui existe aux États-Unis  ou en Suisse. Alors, la France, pourquoi se montre-t-elle incapable de le mener, que ce soit au niveau national ou, mieux, au niveau fédéral européen ?

Plus frappant encore est le titre du Monde : Le budget de l’armée repose sur l’hypothèse d’une vente des Rafale à l’étranger. C’est là où on se rend compte que le gouvernement joue au poker avec l’argent du contribuable.

Quand on pense que les socialistes, quand ils étaient dans l’opposition, avaient reproché à la précédente majorité à la fois son atlantisme et son affairisme. Ne voilà-t-il pas que non seulement la France n’est toujours pas sortie de l’OTAN, mais qu’en plus, elle va contribuer, qu’elle soit de gauche ou de droite, à la richesse de la famille Dassault ?

Cette affaire de loi de programmation militaire illustre parfaitement tout ce qu’on peut reprocher à l’actuel gouvernement :

  • incapacité à définir les missions de l’État,
  • absence totale de vision stratégique,
  • fuite en avant garantie, in fine, par le contribuable,
  • communication qui ne colle pas à la réalité.

Accessoirement, à qui la France compte-t-elle vendre des Rafale ?

– En Inde, comme tentait de le faire le Drian ? N’oublions pas que le précédent gouvernement a longuement travaillé sur ce contrat, au point d’annoncer fin 2012 la vente de 126 Rafale à ce pays un peu prématurément. N’oublions pas, également, la réaction des Indiens face aux propos de Montebourg au sujet de Mittal.

– Aux Saoudiens ? On peut douter qu’ils apprécient le fait qu’on bloque leurs touristes à Roissy-Charles-de-Gaulle pour cause de niqab (une mesure pourtant logique et qui va enfin dans le sens d’une diplomatie active).

– Aux Chinois ? Confondus avec des Japonais, ils risquent de confondre Rafale et F16, avant de développer leurs propres avions.

– Aux Suisses ? La France leur a déjà déclaré la guerre, et les Suisses ont bien raison de préférer des Saab Gripen, moins chers avant rabais Dassault de surcroît, afin de garder de l’argent pour entraîner leurs forces contre le risque que présente une France ultra socialiste à leur frontière.

– Au Tchad ? Ils nous réclament le paiement de factures apparemment impayées.

– À l’Amérique du Sud ? Le précédent de l’avion du président Morales leur restera en travers de la gorge un moment, et avec raison, alors que le danger révélé par Edward Snowden est bien réel.

En fait, le souci, et partant du principe que le Rafale n’est en réalité pas uniquement le produit d’une entreprise privée mais un enjeu national et public, c’est que nous n’avons pas dit clairement quel type de diplomatie nous souhaitions privilégier, nous Français, et de là, quelles étaient nos alliances.

Peut-être que François Hollande, chef des armées et chargé du domaine réservé (diplomatie, notamment) pourrait profiter de quelques jours dans la quiétude de la Lanterne pour réfléchir à tout cela. Ça sera sans doute plus productif que des déplacements démagogiques à Clichy-sous-Bois.

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