Armée : l’État joue au poker avec l’argent public

À quoi sert l’armée française, quels sont ses objectifs stratégiques ? Quelles sont donc les options politiques de Jean-Yves Le Drian ?

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Jean-Yves Le Drian

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Armée : l’État joue au poker avec l’argent public

Publié le 8 août 2013
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À quoi sert l’armée française, quels sont ses objectifs stratégiques ? Quelles sont donc les options politiques de Jean-Yves Le Drian ?

Par le Parisien libéral.

Jean-Yves Le Drian, ministre des armées

En grande forme, le gouvernement a choisi de parler d’armée, avant de partir en vacances. Simplement, le ministre de la défense, Jean-Yves Le Drian, a oublié de parler de stratégie. À quoi sert l’armée française, et quels sont ses objectifs stratégiques ? Protéger le territoire national ? Contribuer, dans le cadre de coalitions multinationales, à aller déloger de leurs sanctuaires des terroristes islamistes ? Faire du social ?

D’où la réaction de l’ancien ministre de la défense, Hervé Morin, qui parle de mystification par rapport à la loi de programmation militaire (voir le site web du Nouveau Centre UDI). Hervé Morin dit, notamment, que François Hollande aurait dû avoir le courage de procéder à de véritables arbitrages :

  • d’une part, assumer le fait que la France n’est plus capable de financer deux composantes pour la dissuasion, afin de dégager les crédits nécessaires pour les priorités de nos forces conventionnelles (hélicoptères, avions de transport militaire, drones, présence navale) et donc aller vers l’extinction progressive de la composante aéroportée ;
  • d’autre part, au lieu de procéder à une réduction proportionnelle de nos forces armées, s’engager dans un format résolument nouveau qui consisterait à créer un corps expéditionnaire capable de mener dans une autonomie stratégique totale.

Ces arbitrages n’ont pas été faits, et au lieu de cela, le gouvernement, par la voix de Le Drian, a préféré rentrer dans un tweetclash que mentionne L’Opinion (lire #Tweetclash : #Défense, gueguerre Morin / Le Drian).


Tweetclash : #Défense, gueguerre Morin / Le Drian par Lopinionfr

Pourtant, la France ne peut s’économiser un débat qui existe aux États-Unis  ou en Suisse. Alors, la France, pourquoi se montre-t-elle incapable de le mener, que ce soit au niveau national ou, mieux, au niveau fédéral européen ?

Plus frappant encore est le titre du Monde : Le budget de l’armée repose sur l’hypothèse d’une vente des Rafale à l’étranger. C’est là où on se rend compte que le gouvernement joue au poker avec l’argent du contribuable.

Quand on pense que les socialistes, quand ils étaient dans l’opposition, avaient reproché à la précédente majorité à la fois son atlantisme et son affairisme. Ne voilà-t-il pas que non seulement la France n’est toujours pas sortie de l’OTAN, mais qu’en plus, elle va contribuer, qu’elle soit de gauche ou de droite, à la richesse de la famille Dassault ?

Cette affaire de loi de programmation militaire illustre parfaitement tout ce qu’on peut reprocher à l’actuel gouvernement :

  • incapacité à définir les missions de l’État,
  • absence totale de vision stratégique,
  • fuite en avant garantie, in fine, par le contribuable,
  • communication qui ne colle pas à la réalité.

Accessoirement, à qui la France compte-t-elle vendre des Rafale ?

– En Inde, comme tentait de le faire le Drian ? N’oublions pas que le précédent gouvernement a longuement travaillé sur ce contrat, au point d’annoncer fin 2012 la vente de 126 Rafale à ce pays un peu prématurément. N’oublions pas, également, la réaction des Indiens face aux propos de Montebourg au sujet de Mittal.

– Aux Saoudiens ? On peut douter qu’ils apprécient le fait qu’on bloque leurs touristes à Roissy-Charles-de-Gaulle pour cause de niqab (une mesure pourtant logique et qui va enfin dans le sens d’une diplomatie active).

– Aux Chinois ? Confondus avec des Japonais, ils risquent de confondre Rafale et F16, avant de développer leurs propres avions.

– Aux Suisses ? La France leur a déjà déclaré la guerre, et les Suisses ont bien raison de préférer des Saab Gripen, moins chers avant rabais Dassault de surcroît, afin de garder de l’argent pour entraîner leurs forces contre le risque que présente une France ultra socialiste à leur frontière.

– Au Tchad ? Ils nous réclament le paiement de factures apparemment impayées.

– À l’Amérique du Sud ? Le précédent de l’avion du président Morales leur restera en travers de la gorge un moment, et avec raison, alors que le danger révélé par Edward Snowden est bien réel.

En fait, le souci, et partant du principe que le Rafale n’est en réalité pas uniquement le produit d’une entreprise privée mais un enjeu national et public, c’est que nous n’avons pas dit clairement quel type de diplomatie nous souhaitions privilégier, nous Français, et de là, quelles étaient nos alliances.

Peut-être que François Hollande, chef des armées et chargé du domaine réservé (diplomatie, notamment) pourrait profiter de quelques jours dans la quiétude de la Lanterne pour réfléchir à tout cela. Ça sera sans doute plus productif que des déplacements démagogiques à Clichy-sous-Bois.

—-
Sur le web.

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  • Manque complet de cohérence stratégique, nous sommes d’accord.
    Mais je préfère encore que la composante aéroportée sorte indemne plutôt qu’elle soit elle aussi sacrifiée sous prétexte d’alliés puissants censés nous protéger. Je n’aime pas cette subordination.
    Autre chose : optimiser le budget, ce serait le concentrer pour l’équipement et l’entraînement des troupes plutôt que de le gaspiller pour des commissions de modernisation et des outils centralisés censés faire des miracles. L’armée n’est pas à l’abri de la bureaucratie…

    • Optimiser le budget ça serait aussi arrêter la distribution de sucettes à ce tocard de Dassault.

      • Le Rafale est un bon avion dans l’absolu, et même relativement à ces concurrents. Mais avec le manque total de stratégie et de vision de nos politiques, il reste invendu. Je dirais donc que l’Etat dessert Dassault plutôt que de l’assister.
        J’en veux pour preuve que Dassault s’en sort grâce à sa branche civile, les Falcon.

        • par rapport aux prospects du Rafale :

          – En Inde : le Rafale sera vendu, on verra quand exactement et avec quelle marge.
          Il y a eu une avant vente de plus de 10 ans et des tests intensifs menés par les indiens. Les détails à régler restant concernent les lignes d’assemblages localisées en Indes et le niveau de support que Dassault apportera. (ils ne sont visiblement pas très chauds pour assurer le Rafale après l’assemblage indien.)
          Les Indiens se sentent menacé par un encerclement Pakistan + Chine un avion de dernière génération est un enjeu jugé vital pour eux.
          Une rupture des négociations paraît improbable, mais bien sûr tout peut arriver tant que le premier Rafale ne vole pas aux couleurs indiennes.

          – Aux Saoudiens ? les Saoudiens sont équipés de Typhon aucun Rafale ne sera jamais vendu là bas sauf retournement improbable.
          Les prospects moyen orientaux sont : les Émirats Arabes Unis, le Qatar, le Koweït. (du plus au moins probable à date.)

          – Aux Chinois ? la Chine développe ses avions de combat et n’est un prospect pour personne.

          – Aux Suisses ? La Suisse n’est plus un prospect. le pouvoir politique a choisi le Grippen alors que les militaires voulaient le Rafale. Entre nous ils auraient mieux fait de garder leurs vieux F5 ou de faire une croix sur une aviation militaire.

          – Au Tchad ? le Tchad n’est pas un prospect.

          – À l’Amérique du Sud ? Le Brésil est un prospect assez sérieux. Aux dernières nouvelles c’est F-18 qui tient la corde cependant.

          Pour revenir au cœur de l’article l’absence de ligne directrice cohérente dans les choix stratégiques français étonne en effet.

  • personne ne veut du rafale hormis peut etre l’inde et encore c’est juste pour acheter la technologie et surement la modifier ou l’améliorer d’autant plus que si l’inde achètent des rafales ils seront produits la bas

    • Un des gros problèmes en effet : la France est connue pour être favorable aux transferts de technologie, contrairement aux Américains. Si c’est la seule raison pour laquelle elle a encore des clients potentiels, c’est triste. Et suicidaire.

  • La defense francaise (variable d’ajustement badgetaire, aux effectifs regulierement diminues), ne deroge pas a la regle du gouvernement actuel : orientations floues, amateurisme des ministres, declarations pipo.

    Post-sciptum: est-ce que quelqu’un connait la marque d’un bon laxatif, parce que vu la photo, il doit de toute evidence passer a quelque chose de plus efficace….

  • À quoi sert l’armée française, quels sont ses objectifs stratégiques ? Bonne question, surtout à l’heure où l’Europe n’est plus en proie à une menace de guerre quelconque sur son territoire. Si l’armée dans tout pays est un signe de puissance à pouvoir défendre son territoire et de dissuasion contre toute attaque, elle devenue au fil du temps un ambassadeur de la logistique, de la stratégie et du matériel militaire, un Vrp, tout en répondant à des missions dites «humanitaires» dont la définition est propre à chaque Etat et à des organisation telles que l’Onu. Quant à ses objectifs stratégiques en France, ils sont définis par le chef des Armées, le Président de la République.
    Force est de constater que toute intervention hors du territoire français se fait en fonction du chef de l’armée en place et des objectifs qu’il souhaite atteindre et des intérêts qu’il croit être bons pour son pays. Deux présidents, deux guerres, deux objectifs, deux conceptions de l’armée.
    Le premier s’est servi de la résolution 1973 de l’Onu où il est précisé «Se déclarant résolu à assurer la protection des civils et des secteurs où vivent des civils, et à assurer l’acheminement sans obstacle ni contretemps de l’aide humanitaire et la sécurité du personnel humanitaire» qui donne un mandat aux force de l’Otan pour intervenir. L’intervention en Lybie de la France s’est limitée, par la volonté du chef des armées, à une intervention aérienne. Objectifs pour la France: faire de la France un défenseurs des droits des populations civiles, montrer par sa puissance de frappe sa puissance internationale et la qualité de son armée tant au niveau humain que matériel. Coût de l’opération pour la France: environ 320 millions d’euros à charge des contribuables. Conséquences: une perspective de vente de 126 Rafales à l’Inde ainsi que des perspectives ouvertes avec d’autres pays, dont le Qatar. Etant donné que nous ne vivons pas dans un monde de bisounours où régnerait le «peace and love», autant avoir en France des entreprises de matériel militaire. Sauf quand cette perspective sert de donne pour jouer au poker avec l’argent public.
    Le second s’est servi de la résolution 2085 de l’Onu qui précise que «jugeant que la situation qui règne au Mali constitue une menace pour la paix et la sécurité internationales, le Conseil de sécurité a autorisé cet après-midi, en vertu du Chapitre VII de la Charte des Nations Unies, le déploiement au Mali, pour une période initiale d’une année, d’une force internationale sous conduite africaine afin de rétablir la souveraineté malienne sur l’ensemble du territoire» et cible la menace en évoquant les organisation terroristes. Cette résolution donnait un mandat aux forces africaines, la Misma, et non à l’Otan, pour intervenir au Mali. Objectifs pour la France: prouver la volonté ferme de la France à lutter contre le terrorisme et confirmer les liens existants entre la France et les pays d’Afrique. Coût de l’opération pour la France: 75 millions d’euros par mois soit près d’un milliard d’euros à l’année à la charge des contribuables auxquels vont se rajouter des aides ponctuelles dont une contribution aux 3 milliards d’euros d’aide de l’Ue. Conséquences: préservation des intérêts de certaines entreprises françaises, dont Areva qui se fournit en uranium au Niger à des prix défiant toute concurrence.
    La différence notable entre les deux est non seulement le coût élevé du second, mais de plus une contradiction stratégique à vouloir montrer la volonté de lutter contre le terrorisme après avoir confirmer le retrait des troupes d’Afghanistan en lutte contre les talibans et les réseaux terroristes.
    Dès lors, le problème qui se pose au gouvernement actuel, indépendamment des pertes à déplorer, c’est non seulement qu’il doit trouver près d’un milliard d’euros pour financer la guerre au Mali, mais de plus environ 500 millions pour le rapatriement du matériel laissé en Afghanistan. En période de crise, ce n’est pas une goutte d’eau dans un budget. Bien des pays européens, sans mandat accordé à l’Otan, ont refusé un tel investissement. Quel que soit l’avis de chacun, le fait est que ces pays n’ont pas à faire de coupe drastique dans le budget de l’armée pour compenser les frais engagés.
    Quand l’armée devient un élément comptable devant servir la démagogie socialiste, là l’armée n’est plus qu’un chiffre dépourvu d’âme et de consistance. Quand un gouvernement se sert de perspectives contractuelles du privé pour prendre des décisions, le rôle de l’armée se limite à celui d’un paramètre de calcul. Avec des joueurs de poker au pouvoir, la France n’a plus qu’à jouer au Risk ou aux soldats de plomb.

  • Le rôle d’une armée dans une société civilisée est purement défensif;D’où la neutralité impérative au plan militaire!

  •  » l’État joue au poker avec l’argent public  »

    Tant qu’il ne joue pas à la bataille, y a pas à s’alarmer !
    Si vous lisez un jeu de mots, vous avez mauvais esprit.

  • Bonjour,

    Je partage totalement la thèse de l’auteur concernant le manque de vision stratégique du gouvernement actuel tant du point de vue militaire que du point de vue diplomatique. Par contre son argumentation est bancale.

    En effet, citer monsieur Hervé MORIN pour critiquer l’absence d’arbitrage c’est d’un tordant. Pour rappel, ce dernier fut ministre de la défense durant 3 ans et demi et n’a pas tranché sur ces mêmes points.

    J’aimerai également que l’on me donne le budget dégagé par l’abondon de la composante aérienne de la dissuasion : car à part les primes de quelques armuriers spécialistes des armes nucléaires, les coûts liés au stockage des ASMP-A et au développement de son éventuel successeur, tous les autres coûts sont mutualisés (simulateur pour développement armes nucléaires, les avions de combat, les ravitailleurs…).
    De plus, merci de citer les impasses capacitaires choisies.

    Ensuite, avant de parler des ventes du Rafale de façon sarcastique, renseignez-vous. Je remercie Mathieu pour son corrigé et en complément pour la partie indienne, il ne faut pas oublier que le GIE Rafale c’est également près de 500 sous-traitants. Non seulement, le GIE doit composer avec HAL, mais il doit passer des accords pour chaque partie reprise par les indiens. Il faut trouver deux entreprises indiennes (dont une servant de back-up) pour chaque partie transférée, définir les modalités de transfert de tecno, la formation, le contrôle qualité, les clauses juridiques…Et comme le dit Mathieu, le gouvernement indien aimerait que Dassaut soit responsable des appareils livrés par HAL. Or ce dernier connaît des problèmes sur le Su-30MkI d’où le non empressement de Dassaut à signer car il n’aura pas la maîtrise de ce que fait son homologue indien.

  •  » Alors, la France, pourquoi se montre-t-elle incapable de le mener, que ce soit au niveau national ou, mieux, au niveau fédéral européen ? »

    Arghhh !! Ça fait bondir. Mais pour le reste c’est un excellent article.

  • « les Suisses ont bien raison de préférer des Saab Gripen »

    Les Suisses ont raison de préférer un avion virtuel à un avion réel?

    J’ai rarement lu quelque chose d’aussi con.

  • En matière militaire, il semble surtout que l’auteur (pas neutre) vise à flinguer toute option stratégique !
    La composante « air » est primordiale à toute armée moderne.
    Les scribouilleurs journalo-politiciens devraient s’abtenir de semer le doute parmi nos militaires (démotivation ?) et le grand public (qui n’y connait RIEN mais croit savoir) !
    Hors ceci, il est réel que Hollande et ses sbires accumulent les conneries. Devait-il en être autrement pour une armada d’apparatchiks ? La faute au bas peuple hexagonal et leur Guide suprême, abscons devant l’éternel …

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