Joe le taxi, son monopole et son lobby

Le monopole des taxis ne sera pas remis en cause mais renforcé. Le gouvernement manque de courage, mais aussi d'une vision de l'intérêt des citoyens.
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Joe le taxi, son monopole et son lobby

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 24 juillet 2013
- A +

Les groupes protégés en France ne sont jamais aussi efficaces que lorsqu’il s’agit de défendre leurs avantages. Les journalistes au nom du pluralisme, les syndicats au nom des acquis sociaux, les associations subventionnées au nom de leurs justes causes, et les taxis au nom de… Hum… Au nom de… Ah, si, au nom de la loi.

Au nom de la loi, parce qu’il n’y a pas vraiment d’argument en leur faveur. Face au manque cruel de taxis en France que les taxis eux-mêmes entretiennent, une concurrence s’est développée, proposant généralement un meilleur service avec toutefois une restriction : les Voitures de Tourisme avec Chauffeur ne peuvent pas prendre en charge sans avoir été préalablement réservés.

Aujourd’hui, avec un smartphone ou une connexion Internet, il est simple de réserver ces véhicules et le délai d’attente moyen est de 10 minutes. Pas mauvais en comparaison avec les centrales de taxis. L’usager est content, des initiatives privées conformes à la loi ont répondu à ses besoins – en faisant appel à la technologie, soit dit en passant. Le gouvernement peut se réjouir : citoyens contents, richesse additionnelle, tout va bien.

Enfin, presque. Les taxis sont très protégés en France, et ont un potentiel de nuisance assez important pour faire modifier la loi quand elle ne les protège plus assez. Ils réclament ici non pas que les VTC ne puissent pas prendre en charge sans réservation préalable (déjà fait), mais qu’ils ne puissent plus prendre en charge avant au moins 15 minutes après la réservation. En clair, les cantonner à un service réservé à l’avance, soit une partie moindre des besoins de transports avec chauffeur.

Le développement d’alternatives aux taxis répond à un réel besoin : il n’y a pas assez de taxis. Plus de taxis arrangerait tout le monde, sauf les taxis eux-mêmes. Ça n’arrange personne d’avoir des concurrents. Tout le monde vit avec, sauf les groupes protégés par l’État dont les taxis font partie.

En protégeant les taxis, l’État dessert le consommateur qui doit payer plus cher pour attendre plus longtemps – si tant est qu’il parvienne à trouver un taxi. Le gouvernement avait tenté dans un grand élan de courage de déscléroser un peu l’offre [1] mais son courage n’aura duré que quelques heures. De même que le courage de lutter contre le déficit public n’aura duré que quelques semaines.

La situation est similaire à bien d’autres en France.

D’un côté, le consommateur – appelons le usager, utilisateur, client, demandeur ou citoyen – verrait sa situation s’améliorer si l’offre proposée était plus importante [2]. De l’autre, le vendeur – appelons le taxi, service public, pharmacien ou syndicat – gagne indûment très bien sa vie grâce à des barrières à l’entrée mises en place et protégées par l’État. Au milieu, l’arbitre – appelons le État ou gouvernement. De qui prendra-t-il la défense ?

Si l’État se cantonne aux droits individuels, il doit aller dans le sens de plus de concurrence : rien ne l’autorise à limiter les possibilités pour les citoyens d’exercer l’activité qu’ils souhaitent. S’il veut maximiser l’intérêt général ou celui du plus grand nombre, il a tout intérêt à aller dans le sens de plus de concurrence pour satisfaire les consommateurs. S’il veut créer de la richesse, il a tout intérêt à ne pas en entraver la création. Pourtant, il choisit de défendre les corporatistes.

Sympathiques, ils lui fournissent toujours de crédibles mais peu solides arguments qui, in fine, reviennent à faire croire que le consommateur sera plus satisfait si on fait tout pour qu’il ne le soit pas. L’exemple des journalistes est aussi parlant que celui des taxis : les lecteurs délaissent des journaux qui ne les satisfont pas, l’État fait payer les citoyens via des subventions pour maintenir à flot des publications que personne ne lit. Les Français paient de plus en plus cher pour un produit qui les satisfait de moins en moins.

Même chose pour les taxis. Ils maintiennent leur monopole et, aujourd’hui, veulent le renforcer par un durcissement de la loi. Les utilisateurs paient cher pour un service qui n’est pas disponible quand ils en ont besoin. Tous les moyens sont bons : blocages, pressions, lobbying opaque…

Une fois de plus, le consommateur – vous – est négligé par l’État. Une fois de plus, plus de liberté et de concurrence ferait le plus grand bien à la France. Une fois de plus, le gouvernement protège quelques privilégiés au mépris de sa mission. Une fois de plus, on refuse que des entrepreneurs inventifs « contournent » la loi quand elle est détournée de son objectif initial. Une fois de plus, il suffit de la pression de quelques monopolistes avec des voitures ou des armes pour que le gouvernement plie.

Et, une fois de plus, les Français étaient prévenus.


Notes :

  1. On peut aussi parler de « libéraliser », mais le mot fait peur.
  2. On peut aussi parler d' »ouverture à la concurrence », mais l’expression fait peur.
Voir les commentaires (31)

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Créer un compte Tous les commentaires (31)
  • Bon article.

    Avec en pub ciblée à la fin : « Tarifs Taxis Aéroport » !

  • Je crois qu’il ne faut pas tout mélanger, les taxis ont payé cher une licence suite au fonctionnement actuel, organisé par l’Etat.
    Si l’Etat veut ouvrir la concurence, il serait normal que l’Etat leur rembourse cette licence.
    On ne peut pas les comparer aux syndicats qui eux ne font que vivre sur notre dos ainsi que les journaleux etc.

    • Rembourser, avec quel argent ?
      Soyons plus subtils, permettons aux taxis disposant d’une licence ancienne d’en revendre librement deux nouvelles. On verra combien de temps il faudra pour tripler le nombre des taxis, je parie pour un an.

    • Cher Longkris,

      Il me semble que la licence est gratuite…
      Mais comme il faut être très patient, il est possible de l’acquérir de gré à gré… une sorte de fond de commerce en somme.

      L’état n’a vraiment rien à voir la dedans…

      Bien évidement, cela ne fait plaisir à personne d’investir une grosse somme, et de voir ce pécule disparaitre…. un peu comme l’épicier qui voit une grande surface s’installer à deux pas… ou 3 opérateurs de téléphonies qui voit un 4° débarquer sans prévenir…

    • « les taxis ont payé cher une licence »

      … ont payé cher le droit d’entrer dans un clan ultra sélectif qui prend en otage le reste de la population et sait obtenir les faveurs de la cour.

      Pourquoi pas rembourser à des mafieux leurs pertes si on mettait un terme au racket ?

    • Les premières licences, l’Etat les a donné, c’est leur rareté qui les rends chères. Ceux qui les vendent (chers) sont des « spéculateurs » car ils l’ont acheté « moins chère » voire gratis. Si il ya plus de licences, la valeur de celle ci tombe => 0, d’ou leur lobbying contre l’accroissement du nombre de licence. pour moi, pas de remboursement. Ils ont joués, ils ont perdu…

    • J’ai une autre idée, l’état rembourse les plaques en faisant des économies sur son fonctionnement car il serait inadmissible que les français dans leur ensemble subventionne encore une fois les taxis. de plus les taxis paient très cher une plaque qui leur permet d’imposer des tarifs très élevés et donc de très bien gagner leur vie. Il va sans dire qu’u taxi qui est dans le métier depuis longtemps n’aurais droit à aucun remboursement bien sur.

    • Je suis désolé, mais le prix des licences n’est pas lié à l’Etat. ce n’est pas lui qui touche leur montant. Au contraire, la lutte contre la concurrence est une forme de subvention à un monopole car elle enchérit le prix des licences privés. C’est le même genre de corruption que les PLU et permis de construire qui par action publique fait monter brutalement le prix d’un bien privé …

  • UTOPIE n°1 : ENTREPRENDRE
    – liberté totale d’entreprendre là ou on veut, quand on veut, comme on veut ( sauf risque pour la santé des employés, clients, et voisinage) = une simple déclaration administrative et fiscale par internet et gratuite.

    • Et une flat tax sur les bénéfices réalisés, point barre.

      • non rien sur les bénéfices réalisés 🙂

      • J’aime bien la proposition du Parti Libertarien belge d’avoir comme flat tax la TVA et rien d’autre. Arguments massues : 1- Très dur à augmenter car alors les gens vont faire leurs course ailleurs ; 2. Ne necéssite pas de ficher tous les individus.

        • J’ai une autre utopie : 2 taxes uniques

          1- flat tax « sociale  » applicable à tous les revenus du travail : avec un taux tenant compte de l’absentéisme, ancienneté médiane et du turn over »

          2- flat tax de quelques % maximum, applicable sur tous les mouvements financiers entre comptes, lors d’un retrait en liquide….
          ==> mise à contribution de l’économie //

  • Et ….même chose pour:
    -La Sécu
    -L’éducation
    -L’énergie

    – etc j’en oublie surement

    • @ Pathétique
      et la police
      et l’armée
      et….
      en effet, c’est pathétique

      • Les taxis ont aussi la possibilité de développer une véritable valeur ajoutée qui corresponde à leur licence, une sorte de marque, de label, du type « Grâce à ma licence, vous pouvez être assuré de ma bonne connaissance de la ville » ou quelque chose d’approchant, sans empêcher les nouveaux venus de développer une expertise et d’acquérir avec l’expérience le fameux label, sorte de garantie de qualité de service.
        Mais bien sûr, cela nécessiterait de remettre un tout petit peu en question ses pratiques professionnelles et ça, c’est interdit en fRance.
        En attendant, ce n’est pas demain la veille que je ferai à nouveau appel à un taxi ! Toc !

        • @vengeuse

          « Grâce à ma licence, vous pouvez être assuré de ma bonne connaissance de la ville »

          La bonne connaissance de la ville c’est un bon GPS.

          Toutes les r-évolutions ont une origines technologiques.

      • Nice try mais la police et l’armée font parties des fonctions régaliennes de l’Etat, au contraire de la Sécu, l’énergie, ou l’éducation.

  • Bravo pour « les pigistes de la république »

  • Taxis à Orly (aéroport).

    Le train ORLYVAL qui relie l’aéroport à Paris s’arrête avant l’atterrissage des derniers avions, à fortiori quand il sont en retard, et y compris le délai pour les bagages.

    Dans ce cas vous êtes dans la nasse, prisonniers des taxis, en tarif de nuit.

    • De plus, concernant les taxis non parisiens, c’est un tous les quart d’heure alors qu’il y a souvent une bonne dizaine de clients … Les 10 derniers kilomètres peuvent alors prendre autant de temps que le vol en avion … Et c’est du vécu …

      J’ajoute que tous les services de bus sont aussi fermé alors que l’aéroport est encore plein …

  • Voilà encore un métier de feignant ultra protégé. Ce n’ est pas ce prodigieux Attali qui un matin, lors d’ une grosse commission, a souhaité la libéralisation du secteur??? Et kicékapavoulu?

  • très facile de stigmatiser une population…baptiste créteur objectiviste ??…ben y’a des progrès à faire…

  • Merci de parler de ça, je suis un utilisateur assidu de Chauffeur Privé et Uber, et ça me révolte que le gouvernement prête une oreille si attentive aux intérêts corporatistes des taxis parisiens peu connus pour leur amabilité et leur sens du service quand, en face, des entreprises innovantes cherchent à apporter un service de meilleure qualité pour un surcoût moindre. Affligeant, une fois de plus.

    • Le dirigeant du principal syndicat de taxi et d’un groupe de taxi est le fils d’un cacique socialiste. Toutes les oreilles des « amis de papa » sont donc ouvertes à ce monsieur dans des dîners privés …

  • Le dictateur bureaucratico-politique qui gouverne la France a construit ce système aberrant où un travailleur qui veut exercer le métier de taxi doit acheter le droit (la « plaque ») pour 200 000 €.
    Un certain propriétaire de compagnie parisienne très proche du pouvoir socialiste ne doit pas y être étranger.
    On comprend bien que l’artisan qui a fait cet investissement ne veuille pas perdre ses fonds.
    Aux bureaucrates et gentils politiques de rendre cet argent sur leurs émoluments par exemple.

  • « Les taxis … ont un potentiel de nuisance assez important »
    Exact. Ils sont en outre des auxiliaires de police notoires ; et si les gens peuvent se déplacer librement sans laisser de trace, la police est bien emmerdée.
    Tout ça donne du pouvoir aux taxis, et donc « le » pouvoir en tient compte. Quoi de surprenant ?

  • Taxi : 3 textes durcissant les règles pour les VTC (véhicules de tourisme avec chauffeur), au journal officiel ce matin http://www.legifrance.gouv.fr/affichJO.do?idJO=JORFCONT000027778038

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