Joe le taxi, son monopole et son lobby

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Les groupes protégés en France ne sont jamais aussi efficaces que lorsqu’il s’agit de défendre leurs avantages. Les journalistes au nom du pluralisme, les syndicats au nom des acquis sociaux, les associations subventionnées au nom de leurs justes causes, et les taxis au nom de… Hum… Au nom de… Ah, si, au nom de la loi.

Au nom de la loi, parce qu’il n’y a pas vraiment d’argument en leur faveur. Face au manque cruel de taxis en France que les taxis eux-mêmes entretiennent, une concurrence s’est développée, proposant généralement un meilleur service avec toutefois une restriction : les Voitures de Tourisme avec Chauffeur ne peuvent pas prendre en charge sans avoir été préalablement réservés.

Aujourd’hui, avec un smartphone ou une connexion Internet, il est simple de réserver ces véhicules et le délai d’attente moyen est de 10 minutes. Pas mauvais en comparaison avec les centrales de taxis. L’usager est content, des initiatives privées conformes à la loi ont répondu à ses besoins – en faisant appel à la technologie, soit dit en passant. Le gouvernement peut se réjouir : citoyens contents, richesse additionnelle, tout va bien.

Enfin, presque. Les taxis sont très protégés en France, et ont un potentiel de nuisance assez important pour faire modifier la loi quand elle ne les protège plus assez. Ils réclament ici non pas que les VTC ne puissent pas prendre en charge sans réservation préalable (déjà fait), mais qu’ils ne puissent plus prendre en charge avant au moins 15 minutes après la réservation. En clair, les cantonner à un service réservé à l’avance, soit une partie moindre des besoins de transports avec chauffeur.

Le développement d’alternatives aux taxis répond à un réel besoin : il n’y a pas assez de taxis. Plus de taxis arrangerait tout le monde, sauf les taxis eux-mêmes. Ça n’arrange personne d’avoir des concurrents. Tout le monde vit avec, sauf les groupes protégés par l’État dont les taxis font partie.

En protégeant les taxis, l’État dessert le consommateur qui doit payer plus cher pour attendre plus longtemps – si tant est qu’il parvienne à trouver un taxi. Le gouvernement avait tenté dans un grand élan de courage de déscléroser un peu l’offre [1] mais son courage n’aura duré que quelques heures. De même que le courage de lutter contre le déficit public n’aura duré que quelques semaines.

La situation est similaire à bien d’autres en France.

D’un côté, le consommateur – appelons le usager, utilisateur, client, demandeur ou citoyen – verrait sa situation s’améliorer si l’offre proposée était plus importante [2]. De l’autre, le vendeur – appelons le taxi, service public, pharmacien ou syndicat – gagne indûment très bien sa vie grâce à des barrières à l’entrée mises en place et protégées par l’État. Au milieu, l’arbitre – appelons le État ou gouvernement. De qui prendra-t-il la défense ?

Si l’État se cantonne aux droits individuels, il doit aller dans le sens de plus de concurrence : rien ne l’autorise à limiter les possibilités pour les citoyens d’exercer l’activité qu’ils souhaitent. S’il veut maximiser l’intérêt général ou celui du plus grand nombre, il a tout intérêt à aller dans le sens de plus de concurrence pour satisfaire les consommateurs. S’il veut créer de la richesse, il a tout intérêt à ne pas en entraver la création. Pourtant, il choisit de défendre les corporatistes.

Sympathiques, ils lui fournissent toujours de crédibles mais peu solides arguments qui, in fine, reviennent à faire croire que le consommateur sera plus satisfait si on fait tout pour qu’il ne le soit pas. L’exemple des journalistes est aussi parlant que celui des taxis : les lecteurs délaissent des journaux qui ne les satisfont pas, l’État fait payer les citoyens via des subventions pour maintenir à flot des publications que personne ne lit. Les Français paient de plus en plus cher pour un produit qui les satisfait de moins en moins.

Même chose pour les taxis. Ils maintiennent leur monopole et, aujourd’hui, veulent le renforcer par un durcissement de la loi. Les utilisateurs paient cher pour un service qui n’est pas disponible quand ils en ont besoin. Tous les moyens sont bons : blocages, pressions, lobbying opaque…

Une fois de plus, le consommateur – vous – est négligé par l’État. Une fois de plus, plus de liberté et de concurrence ferait le plus grand bien à la France. Une fois de plus, le gouvernement protège quelques privilégiés au mépris de sa mission. Une fois de plus, on refuse que des entrepreneurs inventifs « contournent » la loi quand elle est détournée de son objectif initial. Une fois de plus, il suffit de la pression de quelques monopolistes avec des voitures ou des armes pour que le gouvernement plie.

Et, une fois de plus, les Français étaient prévenus.


Notes :

  1. On peut aussi parler de « libéraliser », mais le mot fait peur.
  2. On peut aussi parler d' »ouverture à la concurrence », mais l’expression fait peur.