Une Valls de ramadan

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Manuel Valls introduit le ramadan dans le calendrier commun de tous les Français, une mauvaise interprétation de la laïcité qui dessert les musulmans.

La laïcité, cheval de bataille de la droite française, est plutôt pour la gauche un ourson doux et tendre. Et comme souvent, derrière l’ourson doux et tendre il y a un pedobear.

Manuel Valls est un gentil ministre. Même s’il est ministre de l’intérieur et, par conséquent, responsable des arrestations arbitraires et de l’usage excessif de la force par les forces de l’ordre, il est avant tout super gentil et super enthousiaste.

Enthousiaste par exemple quant à la cohabitation des religions et croyances en France.

« La République c’est la liberté de croire, c’est l’égalité entre les femmes et les hommes, c’est la fraternité au-delà des origines et des histoires personnelles », a-t-il rappelé. « Le paysage urbain où se côtoient églises, temples, mosquées et synagogues souligne ce qu’est la France ».


Dans le monde enchanté de la laïcité, les Français sont fraternels au-delà de leurs croyances. Les provocations permises par la liberté d’expression ne provoquent pas d’attentats, l’antisémitisme n’existe pas, on n’a pas assisté récemment à la mobilisation de nombreux catholiques et hommes d’Église contre une loi ; tout le monde est content de notre belle laïcité.

Elle ne fait d’ailleurs pas débat, et tout le monde sait comment la comprendre. Le port du voile n’est pas un sujet de société, la viande halal dans les cantines non plus. La majorité des Français ne considère pas que les musulmans forment un groupe à part dans la société, ne perçoivent pas la religion musulmane comme une menace pour la laïcité.

La réalité est malheureusement toute autre. L’enthousiasme presque délirant de Manuel Valls reflète assez fidèlement l’état d’esprit des hommes politiques français déconnectés de la réalité, illustré par une petite phrase bien intentionnée :

S’agissant de l’islam, il a rappelé que « le Ramadan, comme les autres grandes fêtes religieuses, fait partie de notre calendrier commun ».

Et là, il y a de quoi introduire la confusion dans les esprits. La laïcité donne-t-elle aux Français un « calendrier commun » sur lequel figurent les « grandes fêtes religieuses » ? Jusque-là, le calendrier commun comportait des fêtes nationales ainsi que des fêtes chrétiennes – pour des raisons historiques, pas vraiment en tant que fêtes religieuses. C’est d’autant plus pratique que ce calendrier est lisible, dépendant de la date et non de la lune.

Selon la conception qu’on adopte de la laïcité, ses implications changent considérablement. La laïcité comme plus petit commun dénominateur interdit le port de signes religieux ostentatoires en tant qu’expression ouverte de la religion de l’individu. Elle bannit les crucifix des salles de classes, le Notre-Père comme rite matinal pour les écoliers, et exclut le ramadan du calendrier commun.

En évoquant un calendrier commun, Manuel Valls ouvre la porte à un menu commun, une garde-robe commune, des rites communs. Ce n’est pas sans rappeler la différence conceptuelle entre égalité et indifférenciation entre hommes et femmes : pour certains, hommes et femmes doivent avoir les mêmes droits, ce qui n’est que bon sens. Pour d’autres, ils doivent être identiques ; on doit s’assurer qu’à chaque étape du développement, garçons et filles aient les mêmes comportements pour se débarrasser des différences qui seraient avant tout construites.

Il faudra donc choisir. On peut vivre dans une société où la spiritualité de chacun ne concerne que lui, où les musulmans font ramadan, les chrétiens carême et les juifs Kippour sans que l’ensemble des Français se mettent à jeûner, se priver et pardonner. Ou dans une société où tout le monde pratique les rites des autres, où les juifs fêtent Noël et les catholiques sont privés de vin de messe.

Ce choix en revanche n’est pas un choix de la société ou de Manuel Valls ; c’est un choix individuel. Nous ne partageons pas de calendrier commun en dehors des choix que nous faisons. La liberté de conscience et de religion prime sur la laïcité ; respecter la religion d’autrui n’impose pas de respecter ses rites. Que les musulmans puissent faire ramadan ne fait pas débat en France. Que leur rite soit inscrit dans un calendrier commun, qu’un calendrier commun existe, ne doit pas faire débat.

Les propos de Manuel Valls, aussi bien intentionnés soient-ils, sont dangereux. C’est ce genre de propos qui conduit 3/4 des Français à penser que l’islam est incompatible avec les valeurs de la république. Les Français craignent que l’islam remette en cause la laïcité, que les musulmans imposent aux autres leurs rites. Ce n’est pas le cas ; la plupart des musulmans aspirent à vivre leur rite dans la sphère privée.

Mais ce que voient les Français, ce sont des musulmans, minoritaires mais visibles et bruyants, qui refusent tout ce qui n’est pas islamo-compatible ; ils refusent le Père Noël dans les écoles et que leurs enfants aient les mêmes repas que les autres. Et ils obtiennent gain de cause, parce qu’ils rencontrent une position balbutiante, incapable d’articuler liberté de culte et laïcité.

Le Père Noël fait partie du folklore, pas de la trinité chrétienne. Exiger de la viande halal dans les cantines, c’est exiger l’absence de viande le vendredi, c’est exiger de ne pas servir dans un même repas viande et laitages. Manuel Valls oublie tout simplement, comme tant de socialistes, que chaque Français a sa propre vie, sa propre conscience, ses propres choix, son propre calendrier.

Devoir se plier aux choix des autres est justement ce qui effraie, à raison, les Français, et le calendrier vallsien risque d’alimenter la méfiance des 74% de Français qui voient en l’islam une religion totalitaire incompatible avec la république. En fermant la porte aux points de vue divergents tout en imposant sa vision de plus en plus collectiviste, l’État français met la fraternité en danger au motif de la renforcer. Sur tous les plans, ce gouvernement se révèle bien contre-productif.

« Musulman modéré » n’est pas un oxymore