Un boulevard pour Marine Le Pen ?

Entre une UMP ruinée et à l’organisation douteuse, une première année de quinquennat PS désastreuse et une gauche divisée et en perdition, le FN semble avoir un boulevard pour 2017.

Entre une UMP ruinée et à l’organisation douteuse, une première année de quinquennat PS désastreuse et une gauche divisée et en perdition, le FN semble avoir un boulevard pour 2017.

Par Stéphane Montabert.

Alors que ses comptes de campagne 2007 ont été invalidés par le Conseil Constitutionnel, privant son parti de 11 millions d’euros de subventions, Nicolas Sarkozy s’est fendu d’un appel sur Facebook à destination de ses « amis ». Comme le rapporte Le Figaro :

Nicolas Sarkozy qualifie cette situation d' »inédite sous la Ve République ». « Elle met en péril la formation qui doit préparer l’alternance tellement nécessaire au socialisme ».

Alternance nécessaire ? De la part du politicien qui a été le chantre de l’ouverture à gauche, qui a écrasé les Français sous le RSA et d’innombrables autres prélèvements, introduit la Taxe Tobin chère aux altermondialistes, alourdi la dette et guidé le pays à vue entre sondages d’opinion et agitation stérile, l’évocation d’un danger socialiste a de quoi faire sourire. L’alternance pour quoi, au juste ?

L’étatisme, la fiscalité, les déficits et le chômage ont massivement augmenté sous l’ère Sarkozy. La liberté des Français s’est réduite d’autant ; il n’y a guère que son successeur pour faire pire. Mais cela n’empêche pas le retraité politique éternellement sur le retour de se poser désormais en sage : « Au-delà de la seule UMP, cet état de fait doit concerner tous ceux qui sont attachés au pluralisme », ajoute-t-il.

Le pluralisme dont se réclame tardivement M. Sarkozy est au niveau de sa politique : à géométrie variable. Il ne concerne évidemment pas l’infréquentable Front National, par exemple. La volonté d’alternance est pourtant bien là, comme l’expriment récemment les Français en votant de plus en plus pour la formation de Marine Le Pen.

Lors des élections précédentes, notamment législatives, l’électoral FN arrivait rarement à atteindre le second tour pour provoquer des triangulaires ; cette étape est dépassée. Désormais le FN arrive en premier ou en second, mettant l’UMP et le PS dans une situation inconfortable. Théoriquement, les deux formations sont censées mettre leurs divergences de côté pour faire barrage au FN, mais les électeurs n’obéissent plus aux états-majors…

Un baromètre TNS/Sofres révèle ainsi l’indicible : le « verrou républicain » n’existe plus. Marine Le Pen atteint 31% de cote favorable auprès des citoyens, et même 39% au sein des sympathisants de l’UMP. On aurait tort pourtant de croire que le problème ne se pose qu’au sein de la droite traditionnelle. Une étude montre ainsi que lors de l’élection partielle de Villeneuve-sur-Lot, les électeurs du PS se sont reportés au second tour davantage pour le candidat du FN plutôt qu’en faveur de celui de l’UMP. Couplé à la montée en puissance du Front National, ce comportement électoral ne va pas sans poser des problèmes à l’avenir :

Désormais, les stratèges électoraux du PS et de l’UMP s’inquiètent pour les municipales. Les socialistes ont bien compris que, faute d’union dès le premier tour, ils risquaient de se voir reléguer à la troisième place dans un grand nombre de villes. Le ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll, l’a rappelé lundi dernier à Matignon : « Il faut l’union de la gauche et des écologistes aux municipales dès le premier tour et dans toutes les villes. Chacun doit prendre ses responsabilités. » À l’UMP, on en est pour le moment à exclure ceux qui annoncent leur intention de s’allier avec le FN, en espérant qu’en mars prochain ils ne seront pas trop nombreux à céder aux sirènes du FN entre les deux tours. Jean-François Copé espérait une vague bleue aux prochaines municipales. Si ça continue comme ça, la vague risque de virer au bleu marine…

Les municipales seront un test fort pour les tendances de la politique française.

À gauche, l’équilibre est fragile. Les relations sont tendues entre écologistes et socialistes depuis l’éviction de Delphine Batho du gouvernement Ayrault et les querelles conséquentes à l’échec de Villeneuve-sur-Lot. Les écologistes ne peuvent pourtant pas se permettre de se fâcher, eux qui n’existent qu’à travers les accords électoraux avec les socialistes : 17 députés, 12 sénateurs et une poignée de ministres avec 2,5% des voix à la présidentielle… Mais les socialistes ne peuvent pas jouer les grands seigneurs non plus. Ils ont perdu les huit élections complémentaires depuis la présidentielle. La cote de popularité de François Hollande est en berne et la base électorale semble plus démotivée que jamais. Le groupe PS à l’Assemblée ne compte plus que 292 députés, soit trois voix de plus que la majorité absolue ; encore quelques pertes et il faudra mettre sa fierté dans sa poche pour trouver des alliances.

La droite UMP ne vaut guère mieux. Les candidats se bousculent au portillon sans qu’aucun ne soit convaincant. François Fillon est coupable par complicité du quinquennat précédent et n’a pas le parti avec lui ; Jean-François Copé est fragilisé par les fraudes massives liées à son élection à la présidence ; quant à Nicolas Sarkozy, il est mis en cause dans une multitude d’affaires. Les dossiers s’accumulent : financement libyen de sa campagne, affaire Bettencourt, affaire Karachi, arbitrage entre Tapie et le Crédit Lyonnais… Tous ne sont pas solides, mais donnent une impression d’ensemble déplorable et ont déjà coûté leur réputation à nombre de proches de l’ancien chef d’État. Entre un parti ruiné, une organisation douteuse, des cheffaillons ambitieux et des scandales à répétition, l’élection présidentielle de 2017 paraît bien loin.

Rajoutons pour mémoire que les alliances entre partis, quelle qu’elles soient, résistent mal aux revers électoraux, et que la France n’est pas encore entrée pour de bon dans la crise financière.

Face à ce sombre tableau, est-il imprudent de poser l’équation en se demandant qui fera face à Marine Le Pen au second tour de l’élection présidentielle de 2017 ? Oui et non. La dynamique est favorable au Front National, c’est une évidence. Mais il n’est pas exclu que le pouvoir français, qui apporte un soin tout particulier aux dossiers contre Nicolas Sarkozy, fasse en sorte d’écarter la dirigeante du Front National sur de fallacieux prétextes. On notera ainsi la récente levée d’immunité de la députée européenne sur des motifs parfaitement discutables (à comparer avec trente contre-exemples à cette levée d’immunité…).

Il n’y a qu’un obstacle sur le boulevard ouvert à Marine Le Pen en direction du pouvoir, le risque d’un verdict politique. Une peine d’inéligibilité est si vite prononcée… Si un juge aux ordres de l’Élysée prononce la peine fatidique contre Marine Le Pen, je n’ose imaginer ce qui se passera.

Nous sommes en 2013, les vacances d’été commencent à peine. Les grandes lignes de l’avenir sont pourtant déjà tracées jusqu’à 2017 : un Front National conquérant, une gauche divisée et en perdition, un François Hollande s’accrochant au pouvoir et livrant une guérilla politico-judiciaire contre ses adversaires les plus menaçants, et pendant ce temps, une France se dirigeant résolument vers une crise financière d’ampleur encore jamais vue. Bien entendu, pas un seul des partis en lice – ni PS, ni UMP, ni Front National – n’est en mesure de mettre en place la nécessaire réduction du périmètre de l’État ; les gens au pouvoir en 2017 auront donc à organiser la faillite en bon ordre du pays, si elle n’est pas intervenue avant.

Le président français n’a accompli qu’un an de son quinquennat. Les quatre années restantes vont être l’enfer.


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