Président et ministres, une bande d’acculés

imgscan contrepoints 2013943

Monsieur le Président, vous avez un problème, et personne ne vous apportera la solution. Voici en revanche quelques conseils.

Monsieur le Président, vous avez sans doute des conseillers dédiés à l’étude de votre image. Vos ministres sont prompts à dénoncer la propagation d’une mauvaise image de la France à l’étranger, et parlent d’une Une de The Economist datant de quelques mois comme d’un persiflage de la perfide Albion. Il y a pourtant dans la presse étrangère de bonnes leçons pour votre gouvernement.

Intéressez-vous par exemple à l’Allemagne, dont vous êtes tenté de faire un bouc émissaire. The Economist a préparé un dossier de rattrapage pour vous, qui vous expliquera le succès et les risques du modèle allemand.

Les succès sont assez simples à comprendre. Vous serez surpris d’apprendre que l’Allemagne a bénéficié d’une devise faible, l’Euro ; et heureux d’apprendre que les réformes entreprises il y a une décennie ont fait du maillon faible de l’Europe un pays économiquement puissant et stable. Contenir les salaires a permis à l’Allemagne d’être compétitive, un système éducatif de qualité et la valorisation du travail permettent une bonne insertion professionnelle et apportent aux entreprises une main-d’œuvre de qualité.

Tout n’est pas rose en Allemagne pour autant ; la compétitivité du pays est menacée par sa vision un peu trop verte. La transition énergétique fait peser sur les ménages et les entreprises un coût important qui, s’il met l’Allemagne à risque, mettrait la France à genoux. Si vous vous préoccupez un tant soit peu de l’avenir économique du pays, soyez vigilant.

Au-delà du modèle économique, vous apprendrez que jouer un rôle sur la scène internationale et faire grand bruit n’est pas la priorité de tous les dirigeants européens ; et que tous ne considèrent pas le libre-échange comme une menace pour l’exception culturelle locale.

Aux leçons économiques et politiques de l’Allemagne, qui vous inciteraient à faire preuve d’un peu de ce courage politique qui vous fait tant défaut, s’ajouterait une fantastique leçon humaine.

La position allemande, que vous décriez tant, est plus simple qu’il n’y parait : la solidarité que vous appelez de vos vœux entre fourmis et cigales n’aura pas lieu tant que les États dépensiers n’auront pas entrepris les nécessaires réformes. Elle est exposée dans de nombreux articles ces dernières semaines ; vous préférez le train à l’avion et trouverez aisément le Spiegel dans n’importe quelle gare.

Les Allemands ne sont pas opposés à l’idée de soutenir les pays en difficulté ; ils attendent néanmoins que ces pays mettent de l’ordre dans leurs dépenses, réduisent les gaspillages et le périmètre de l’État. Leur raisonnement va plus loin : ils n’annonceront aucune mesure de soutien tant que les États cigales n’auront pas cessé de chanter été comme hiver.

Pour faciliter votre compréhension, monsieur le Président, le problème peut être reformulé. L’aggravation de la situation française la rend chaque jour plus urgente ; il sera bientôt inévitable pour l’État français de faire appel à cor et à cris à la solidarité allemande ou d’entreprendre des réformes. C’est à double tranchant : vous n’obtiendrez aucune aide tant que vous ne ferez rien, mais vous serez appuyé dès que vous commencerez à changer. S’il fallait le dire crûment, monsieur le Président : les cercueils n’ont qu’une place.

Il s’agit pour vous d’une leçon humaine, car vous comprendrez alors qu’il ne faut pas attendre d’être au pied du mur pour faire marche arrière.

C’est aussi pour cette raison que je renouvelle mon désaccord avec Félix Marquardt, qui renouvelle son appel aux jeunes Français à quitter la France pour y revenir plein de nouvelles idées dans le New York Times après l’avoir formulé dans Libération. Non pas que je souhaite que la France se vide de tous ses talents ; mais je souhaite de tout cœur qu’elle change, et elle ne changera pas tant que la situation intenable n’aura pas rendu le changement inévitable.

C’est encore à double tranchant : la France qui sombre se vide de ses talents et perd peu à peu ses chances de s’en sortir, mais la situation s’améliorant créera des opportunités pour les talents français et internationaux – qui pourront alors contribuer à la croissance. À condition, évidemment, que la situation change, et seule une réduction du périmètre de l’État et un changement de mentalité en créeront les conditions. À défaut d’avoir une vision prometteuse et noble, soyez un bon gestionnaire du quotidien ; à défaut de comprendre la philosophie et l’éthique de la liberté, rendez vous aux évidences.

En attendant, monsieur le Président, sachez que ni les Allemands ni les jeunes français en exil ne vous aideront. « Aide-toi, et le Ciel t’aidera ». En attendant, monsieur le Président, vous et votre gouvernement n’êtes qu’une bande d’acculés, aux abois, qui cherchez à traquer quelques dissidents fiscaux sans vous attaquer au problème évident qui saute aux yeux de tous – et vous avez sans doute en votre possession un rapport que votre premier ministre vous a remis en vous encourageant à ne jamais l’ouvrir.

Ce problème, monsieur le Président, c’est la dépense publique. L’Allemagne prévoit de commencer à rembourser sa dette à partir de 2017 sans augmenter les impôts, là où vous créez des taxes exceptionnelles en ne parvenant qu’à vous endetter plus rapidement encore et où votre seul engagement – jusqu’ici non tenu, et que vous ne tiendrez pas plus demain si vous ne changez rien – est de réduire le déficit à 3% du PIB.

Ce problème, monsieur le Président, c’est votre incapacité jusqu’à présent à comprendre que la production et l’échange ne se décrètent pas plus qu’ils ne se relancent, et que les milliards injectés, redistribués, investis par l’État sont prélevés ailleurs ; ils sont au mieux aussi efficaces, et certainement plus nocifs, que quelques pancartes que vous et vos ministres pourraient arborer.

Ce problème, monsieur le Président, c’est votre préférence pour l’égalité à tout prix. Vous êtes peut-être prêt à le payer, mais je doute que les Français le soient aussi, et je doute que les Allemands soient prêts à le payer à leur place.

Ce problème, monsieur le Président, c’est le vôtre. Vous avez passé votre vie à vivre aux frais de la République, à conquérir élection après élection une place pour votre buste dans toutes les mairies de France ; il est maintenant grand temps de commencer à le résoudre. Et tant que vous n’aurez pas commencé, personne ne vous y aidera.