Les Verts n’aiment pas le gaz de schiste, car ils n’aiment pas la prospérité

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Si la contamination de l’eau ou des séïsmes causés par le fracking pour le gaz de schiste, étaient possibles, on le saurait, à ce stade.

Si la contamination de l’eau ou des séismes causés par le fracking pour le gaz de schiste, étaient possibles, on le saurait, à ce stade.

Par Daniel Hannan, depuis Oxford, Royaume Uni.

On pourrait penser que les verts se réjouiraient du trésor de gaz de schiste sous nos pieds. Voici un approvisionnement en énergie abondant, qui n’émet pas de suie (comme le charbon), qui ne bloque pas les estuaires (comme l’énergie marémotrice), qui n’affame pas les Africains (comme les bio carburants), et qui ne massacre pas des oiseaux rares (comme les champs d’éoliennes). Il n’a pas besoin de subventions publiques (comme les renouvelables et le nucléaire). Au contraire, il va générer un robuste flux de revenus fiscaux pour l’échiquier. Il va diminuer notre dépendance envers des régimes déplaisants, de Téhéran à Moscou, précisément le genre de régimes contre lesquels manifestent les verts. Oh, et il va faire baisser nos émissions de carbone en remplaçant le charbon dans notre production d’électricité.

Où est, donc, le problème ? Certains activistes parlent de pollution de l’eau. D’autres, de façon un peu fanfaronne, de tremblements de terre. Si l’un des deux était une possibilité le moins du monde sérieuse, on le saurait, à ce stade. Il y a déjà eu beaucoup de fracking aux États-Unis, et pas un seul cas de contamination de la nappe phréatique. Quant aux tremblements de terre, eh bien, oui, techniquement, tout tremblement est qualifié comme tremblement de terre, mais la sorte qui est provoquée par le fracking est, d’après le rapport le plus exhaustif à ce jour, « à peu près la même que l’impact provoqué par la chute d’une bouteille de lait ». Le procédé a été déclaré sûr par la Royal Society of Engineering et par la Royal Society.

Bien sûr, les gens sont prêts à croire le pire quand ils vivent dans les zones susceptibles d’être affectées. Et, on ne peut le nier, le fracking va causer certains dérangements au début, comme c’est le cas de tous les projets de construction. Il y aura des camions et des ouvriers, et de l’agitation générale. Ces choses, cependant, ne sont jamais aussi mauvaises que ne le clament leurs opposants. Tout comme, pour être juste, les emplois ne sont jamais aussi nombreux que ne le clament leurs supporters. Dans tous les cas, aussi bien les emplois que le dérangement seront provisoires. Les gains dépasseront les inconvénients par un facteur de 1000, et je dis ça en tant qu’eurodéputé pour une région qui sera probablement plus affectée que la plupart.

Les Unes du jour (le 28 juin) nous avertissent du rationnement de l’électricité et de coupures de courant à grande échelle qui se préparent. Le fracking ne va pas juste résoudre ce problème, il va nous tirer jusqu’à un retour de la croissance, tout comme il l’a fait aux États-Unis. La découverte a eu lieu, par le jeu du hasard, au moment même où les réserves de pétrole, et plus particulièrement de gaz de la Mer du Nord s’épuisent. Et maintenant, il s’avère que nous sommes assis sur le plus grand butin de gaz de schiste d’Europe. Ça semble presque providentiel.

D’une façon très similaire, nos ancêtres, il y a longtemps, ont trouvé une manière d’accéder à des quantités presque illimitées de charbon, juste au moment où la Grande Bretagne entamait son expansion du XVIIIième Siècle. En conséquence, la révolution industrielle s’est produite ici, plutôt que, disons, en Chine ou en Italie. Nous sommes devenus la plus grande et la plus riche nation sur terre. Le charbon est la raison pour laquelle le monde parle Anglais.

Mais voilà la différence. Malgré les horribles dangers de l’exploitation du charbon au XVIIième Siècle — l’effondrement des galeries, les inondations, les gaz explosifs — l’industrie a été autorisée à se développer, et est graduellement devenue de plus en plus sûre et de plus en plus propre. Aujourd’hui, par contraste, une industrie plus propre et plus sûre que la plus propre des mines de charbon, est menacée par une coalition d’eurocrates envieux et de verts.

Je peux à peu près voir ce qui dérange les eurocrates. Ils n’aiment pas le capitalisme, et ils n’aiment pas les combustibles fossiles, et ils n’aiment pas la Grande-Bretagne. Les objections vertes sont plus dures à comprendre : nous avons là un approvisionnement en énergie propre, qui profitera à tout le monde, mais disproportionnellement plus aux moins riches, qui dépensent une plus grande part de leurs revenus en énergie. Quand j’ai pris la parole au parlement européen en soutien du fracking, la plupart des commentaires négatifs qu’on m’a opposés ne se sont pas concentrés sur des soucis particuliers de sécurité. Bien plutôt, ils se plaignaient en termes généraux que le fracking « empoisonnerait la planète », ou « saignerait notre mère, la Terre », sans cause plus élevée que l’appât du gain.

Ce qu’on entend ici par « appât du gain' » est le désir d’améliorer ses conditions matérielles, qui a poussé toutes nos avancées depuis l’âge de pierre. Quelqu’un voit une opportunité d’offrir un service pour lequel les autres seront prêts à payer et, en conséquence, de la richesse est créée, là où il n’y en avait pas auparavant. Ce qui s’est passé avec le charbon au XVIIIième siècle pourrait se reproduire maintenant : les prix vont chuter, la productivité va augmenter, les gens seront libérés pour de nouveaux emplois, élevant le niveau de vie pour tout le monde. « L’appât du gain », dans  ce sens, est pourquoi nous avons toujours des dents à l’âge de 30 ans, pourquoi les femmes ne s’attendent plus à mourir en accouchant, pourquoi nous avons du café et des ordinateurs et des cathédrales. « L’appât du gain » est pourquoi nous avons le temps d’écouter Beethoven, et de faire des promenades à la campagne, et de jouer avec nos enfants. Une énergie meilleur marché, quelle que soit la façon dont on le mesure, améliore notre qualité de vie.

Mais c’est précisément ce à quoi certains verts s’opposent. Ce qu’ils veulent, comme ils l’admettent franchement, est la décarbonisation, la désindustrialisation et la dépopulation. Ils voient les diverses avancées que nous avons connues depuis l’âge de pierre -le café, les ordinateurs, les cathédrales- avec regret. Ce dont la société a besoin, nous disent-ils, n’est pas du consumérisme vert, mais de moins de consumérisme. Ce qui, bien sûr, est ce que la plupart des pays occidentaux ont eu depuis 2008. Le krach nous a amené tout ce que les éco-guerriers exigent : un PIB plus bas, moins de consommation, un déclin du commerce international. Et cependant, étrangement, quand ça s’est produit, ils n’ont pas eu l’air satisfaits du tout. Il y a des gens qui ne sont jamais contents.

Traduction Contrepoints.

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