La culture tricolore

L’ouverture fait-elle partie de la tradition culturelle française ?

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La culture tricolore

Publié le 25 juin 2013
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L’ouverture fait-elle partie de la tradition culturelle française ?

Par Jacques Garello.
Un article de l’aleps.

La France vient de remporter une victoire diplomatique déterminante : si un accord de libre échange est signé avec les États-Unis dans les prochaines semaines, il ne concernera pas les « biens culturels ».

On ne va tout de même pas se laisser envahir par les films, les disques et romans américains !

D’abord parce que ce ne sont pas des biens marchands, explique Madame Filipetti, ministre de la culture, dont on connaît le mépris pour le marché, l’argent, le capitalisme. Ensuite parce que la France doit défendre son identité culturelle contre l’invasion anglo-saxonne.

Quelle belle culture en effet avons-nous à défendre aujourd’hui dans le pays qui a sacré Messieurs Renaud, Debbouze, Noah et autres vedettes, qui permet de voir sur les chaînes publiques des films comme Indigène ou Les Hors la Loi, dans le pays où les écoliers sont instruits sur les genres par des personnes d’un genre particulier, dans le pays des jeunes banlieusards qui se retrouvent au Trocadéro pour célébrer le PSG, équipe qui cultive un football hautement inspiré par la culture française, avec le soutien des Qataris. Il n’y a qu’à écouter nos chanteurs et nos émissions de variétés, il n’y a qu’à voir nos films d’auteurs, il n’y a qu’à voir nos séries, pour constater que les prestations sont réellement autres que les décadentes et vulgaires productions américaines. On se demande encore pourquoi le gouvernement permet toujours la programmation de Texas Rangers, Colombo, Hercule Poirot, Arabesque, and so on. Ne parle-t-on pas de reprendre Dallas ?

Bref, je cherche à m’interroger sur le caractère exceptionnel de la culture française actuelle. Cependant j’aborde la question avec un préjugé stupide : j’ai toujours pensé que les cultures, pour spécifiques qu’elles paraissent, sont toujours le résultat de contacts nombreux, plus ou moins harmonieux certes, avec d’autres cultures. La civilisation n’est-elle pas née autour de la Méditerranée par l’apport de trois cultures, celles d’Athènes, de Jérusalem et de Rome ? Comment s’est produite la Renaissance ? Qui a acheté les tableaux des impressionnistes français ? Quand j’entends culture, je pense ouverture.

L’ouverture fait-elle partie de la tradition culturelle française ? En me référant à l’histoire, j’en viens à penser que, de ce point de vue, il n’y a pas une culture française, mais bien trois : la bleue, la blanche et la rouge. Mais une culture peut-elle être tricolore ?

La bleue, c’est celle à laquelle les libéraux que nous sommes songent spontanément. C’est celle de Saint Bernard, de la Sorbonne, de la Pléiade, de Saint Vincent de Paul, de Descartes, de Pascal, de Voltaire, des Lumières, des Encyclopédistes, de Turgot, Benjamin Constant, Tocqueville, Bastiat. C’est celle qui a apporté au monde entier le système métrique et à certains pays le Code Civil, c’est celle qui a porté la civilisation en Afrique avec les Pères Blancs, Savorgnan de Brazza, Charles de Foucauld ou Liautey. La première caractéristique de cette culture est son universalisme et son humanisme : tous ces gens ont sillonné l’Europe entière. Voilà comment la langue française est devenue, après le latin et à partir du XVIIème siècle, la langue des gens cultivés.

La blanche est venue perturber la bleue. C’est la culture étatiste, centralisatrice, celle du pouvoir politique. La Royauté française, à la différence  des autres, s’est constituée en brisant tous les pouvoirs locaux. L’absolutisme semble à son apogée avec Louis XIV. Pourtant, la Révolution jacobine ira plus loin dans le centralisme et Napoléon couronnera l’édifice en organisant le droit, l’administration, la justice, l’enseignement sur un modèle unique. Lorsque naît la Troisième République, elle se proclame « une et indivisible ». La culture française, la blanche, celle des légitimistes et des bonapartistes, celle du drapeau blanc, c’est celle du despotisme, celle de la « servitude consentie » disait La Boëtie.

La rouge est moins discrète. Ses éclats traversent l’histoire du pays avec un cortège de révolutions, de luttes, de massacres allant jusqu’au génocide, de divisions sanglantes, de dénonciations et de trahisons. Le 25 février 1848, Lamartine a dénoncé le drapeau rouge, celui de la guerre civile, traîné « dans le sang du peuple ». Cette culture française est celle de la discorde, qui peut tourner à la Terreur. Il n’est pas étonnant que la France ait été agitée par les mouvements politiques les plus extrêmes, du drapeau rouge à croix gammée au drapeau rouge à faucille et marteau. Avons-nous à défendre cette culture contre celle des Américains ?

Alors, la culture française, comme d’ailleurs celle de nombreuses nations, ne peut passer pour exemplaire aux yeux de l’histoire. Elle est « victime de ses contradictions internes » comme disait Marx. Par conséquent, il faut cesser de s’émouvoir et de se révolter à l’idée d’un débarquement des Américains – un de plus ! Il faut ramener l’affaire à ce qu’elle est réellement : une grosse affaire d’argent.

En jeu, ce sont les prébendes que l’État Providence français déverse sur les institutions culturelles françaises. Par exemple, en 2012 ce sont 855 millions qui sont tombés dans l’escarcelle du CNC (Centre National du Cinéma et de l’Image animée) qui prélève sa rançon sur les tickets de cinéma, les ventes de DVD, les chaînes de télévision, les accès internet. Finalement, on veut bien de la culture américaine, chinoise, cubaine, pourvu qu’elle soit « made in France » ou qu’elle ait payé le péage à l’entrée – comme les téléviseurs de Poitiers.

Comme tout protectionnisme, le protectionnisme culturel est l’ultime défense des cultures en péril. Il est la réaction normale de gens qui se sentent menacés dans leurs monopoles et leurs privilèges par l’ouverture des frontières.

Mais que nos élites politiques ne nous infligent pas des leçons de morale et d’histoire sur la culture française. Aujourd’hui la nouvelle culture française, c’est celle de la décadence morale et de la corruption. Faut-il réellement la défendre ?


Sur le web.

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  • Amusant, moi aussi je songeais « joli » !

    Mais peut-on encore parler de « culture » quand il s’agit de ne voir apparaître que d’ennuyeux machins militants, avec message subliminal à répétition, plus dignes de camps de redressement psychiatrique que de vraie culture ?

    Un film peut-il être subventionné en France sans une bonne dose de multiculturalité, de joyeux invertis, de familles si recomposées que personne n’y retrouve ses jeunes, et de vilains gros riches forcément très méchants ?

    Quand un film français se profile, le seul recours est de zapper.

  • La ministre pratique finalement le national socialisme.

  • Personnellement, plus je lis Voltaire plus je l’aime.

    Je n’attends pas de lui qu’il me rende meilleur, ni plus doux avec mon prochain. Son intolérance, bien réelle, et souvent méprisante, vis-à-vis de l’erreur, de l’ignorance, de la mesquinerie, est due pour partie à la culture aristocratique de l’époque (même si bien sûr Voltaire n’est pas membre à proprement parler de cette caste), et pour partie à l’exigence la plus haute que ces hommes avaient sur eux-mêmes. Ils visaient le meilleur, que le reste crève. Peu importe le faible, le faux, le raté : ce n’est pas politiquement correct, mais c’est la seule doctrine qui vaille dans le domaine de la pensée, et partant, de la culture, dont il est question ici.

    Autrement dit, les grands penseurs ne sont pas, ne sont jamais des penseurs mous, et pas mêmes tolérants. Qui a eu ce mot charmant ? « La tolérance, il y a des maisons pour cela ». Par comparaison, on sait les bouses que produit la culture fonctionnant sur d’autres thèses moins naturelles.

    Bien évidemment, nous, aujourd’hui, sommes devenu le contraire de Voltaire : tolérants à n’en même plus mourir.

    Quant à ceux qui veulent rendre le monde meilleur, ils renoncent aux carrières de la pensée, n’écrivent pas de livres, ne supportent aucune de ces trois couleurs, et deviennent des Saints. Mais c’est là une étoffe encore plus rare que celles des Voltaire et autre Céline (choisi ici à dessein).

    • Moi, c’est l’inverse. Jeune, j’étais un grand admirateur de Voltaire ; je le reste pour son style. J’en suis bien revenu. Il n’est pas « intolérant » uniquement « vis-à-vis de l’erreur, de l’ignorance, de la mesquinerie ». Ce serait trop beau si c’était là son attitude. C’était lui-même un homme très mesquin, par moments hystérique, au point que même ses amis en étaient parfois gênés. Son comportement à l’égard de ceux qui ne s’aplatissaient pas devant lui montre la petitesse de l’homme. Son attitude envers Fréron est caractéristique.

      Voltaire est le prototype de l’intellectuel prétendument progressiste, ignoble envers le peuple : il n’était pas bon de l’instruire, selon Voltaire, ce qui fait que je ne passe jamais devant un collège Voltaire, lycée Voltaire etc. sans rire.

      Il n’y a absolument aucun rapport entre ne pas être mou et être fanatique, ce qu’était Voltaire. Seulement Voltaire s’était donné le monopole de la définition de ce qu’était « le » fanatisme ».

      Ça n’empêche pas que Voltaire écrivait merveilleusement bien.

      Votre paragraphe final est curieux. Vous semblez pensez que les saints renoncent aux carrières de la pensée…

  • Il est un paradoxe, c’est que si la culture française s’est répandue au XVII ème et XVIII ème, c’est à cause de l’intolérance et de la violence : Contre les protestants, d’abord, puis contre les aristocrates, ensuite.

    Ceux-ci, sont partis se réfugier dans tous les pays environnants, et comme dans les deux cas, il s’agissait d’une population assez cultivée, le prestige de la France en a été grandi.

    Le même phénomène risque de se reproduire avec la fuite des cerveaux, conséquence de la politique (…) conduite par les gouvernements actuels.

    La France va se recroqueviller sur elle-même, mais les français vont bénéficier d’une image améliorée dans le monde, grâce aux évadés fiscaux, au entrepreneurs empêchés, aux scientifiques paupérisés.

    Enfin, pour revenir à ce qui a déclencher l’écriture de cet article, à savoir l’exception culturelle, je me demande comment on peut dire que la culture n’est pas une marchandise : Une marchandise est ce qui s’échange. S’il n’y a pas d’échange, il n’y a pas de marchandise, seulement des biens.

    De la même façon, la culture n’existe que dans l’échange. Dans l’isolement, il n’y a pas de culture. La culture est presque synonyme d’échange, c’est le supplément d’âme que nous ajoutons aux choses pour communiquer avec les autres, pour exister vis à vis des autres. Pour échanger.

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