Vivre ensemble avec la majorité

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La majorité ne créera jamais d’emplois, mais elle peut décider de protéger ceux qui existent assez bien et que jamais aucun emploi ne soit créé.

Comme pour le logement, il est évident, bien sûr, que l’État doit intervenir pour faire financer par les chefs d’entreprise le bingo municipal et la réfection du fronton de la mairie !

Par Baptiste Créteur.

Après avoir consciencieusement imposé des règles et mesures créant un déséquilibre entre l’offre et la demande sur le marché immobilier, les collectivistes apportent de nouvelles solutions, toujours plus sensées.

Certains proposent, purement et simplement, de remettre plus profondément en question la propriété privée. Pour proposer un logement digne à chaque individu, le plus simple serait de priver certains individus de leur logement pour le donner à d’autres, extension de l’idée selon laquelle les logements des uns doivent être financés par d’autres et qu’on appelle « logement social ».

Heureusement, tous ne vont pas jusque là et Cécile Duflot, connue pour sa créativité sans égale et son civisme à nul autre pareil, promeut le logement partagé. Cette idée révolutionnaire, inspirée de la Réforme Révolutionnaire du Logement, est une forme résolument moderne de Kommounalka : puisque les logements individuels sont devenus trop chers, mieux vaut les partager.

La pénurie de logement est sans nul doute causée par le capitalisme immoral et débridé des propriétaires ; il est inconcevable que les plans d’urbanisme et nombreuses restrictions imposées par la bureaucratie étatique soient d’une quelconque façon à mettre en cause. Assez concevable toutefois pour que le gouvernement souhaite légiférer par ordonnances pour s’affranchir de la contrainte étatique lorsqu’il prend des décisions et lance des projets.

Voilà ce que les collectivistes ont à offrir : des déséquilibres qu’ils créent, et des mesures correctrices créant d’autres déséquilibres. Rien d’étonnant à cela ; les interactions entre les individus sont complexes, bien trop complexes pour que la décision de quelques bureaucrates puisse les rendre meilleures et plus fructueuses.

L’État ne crée rien ; il ne fait que redistribuer et orienter, et il le fait mal. La création de richesse est le fait des individus et des entreprises. Mais ils ne sont pas assez solidaires, ne contribuent pas assez au bien-être général. L’État veut et doit compenser l’absence d’humanité des capitalistes qui oublient trop souvent de sponsoriser les lots offerts au bingo annuel du village et financer la réfection du fronton de la mairie. Trop souvent, les chefs d’entreprises oublient leur « responsabilité sociale » ; ils ferment des usines, licencient pour faire des profits, rémunèrent les investisseurs.

Ils n’expriment en effet que leur intérêt personnel lorsqu’ils créent leur entreprise, développent de nouveaux produits, apportent aux consommateurs les produits qu’ils désirent à un prix abordable. C’est uniquement leur intérêt personnel qui conduit à la création des emplois qu’ils détruisent parfois et que l’État et les syndicats ont la présence d’esprit de vouloir sauvegarder – quitte à sauvegarder 400 emplois pendant 5 ans pour en détruire 1 200 à tout jamais.

De la même façon que les salariés n’expriment que leur intérêt personnel lorsqu’ils contribuent à créer de la richesse, dans le cadre d’un contrat de travail qu’ils ont négocié et signé – dans la limite, de plus en plus restreinte, des possibilités laissées par un code du travail de plus en plus lourd.

La première contribution d’un entrepreneur à la société, c’est son entreprise ; aucune autre ne devrait être obligatoire. Celui qui met à la disposition des consommateurs les produits et services qu’ils désirent ne devrait pas être contraint de financer en plus le « logement digne » de tout un chacun.

Le marché n’est pas l’extrême opposé du communisme ; le marché est le reflet des choix des individus, il est l’expression de leur liberté. Chaque entrave au fonctionnement devrait systématiquement soulever deux questions :

  • Est-il plus efficace que quelqu’un décide à la place des individus qui prennent part à l’échange ?
  • Est-il plus moral que quelqu’un décide à la place des individus qui prennent part à l’échange ?

À ces deux questions, la réponse sera non. À ces deux questions, on peut répondre par l’absurde. Quelle interférence étatique dans les interactions aura, au mieux, les effets recherchés ? Et est-il moral de vouloir influer sur les interactions librement consenties entre les individus, dans quelque but que ce soit ?

Si la réponse à la deuxième question n’est pas évidente, il convient de se demander si les individus ont le droit de vivre leur propre vie, d’être leur propre fin, ou s’ils sont les moyens au service d’une autre fin, décidée par quelqu’un d’autre ou par une majorité d’autres, réunis ou votant pour présider aux destinées de ceux qui n’auraient pas la présence d’esprit de se trouver du bon côté de la majorité.

La majorité ne créera jamais l’ampoule ou l’électricité, mais elle peut décider de redistribuer la richesse créée par leurs inventeurs pour construire des logements dignes. La majorité ne développera jamais un vaccin contre le SIDA, mais elle peut imposer assez fortement les profits pour empêcher les entreprises d’investir en recherche et développement. La majorité ne créera jamais d’emplois, mais elle peut décider de protéger ceux qui existent assez bien pour que la destruction créatrice ne puisse avoir lieu et que jamais aucun emploi ne soit créé. La majorité ne peut pas le faire mieux que vous, mais elle peut décider à votre place.