Nos démocraties ont un problème de compétence au sommet

Sanctuariser la propriété et la justice par le droit hors « législation » mettrait au second plan les problèmes liés à la professionnalisation de la vie politique démocratique.

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Nos démocraties ont un problème de compétence au sommet

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 28 juillet 2022
- A +

Dans une tribune publiée dans le Financial Times, Janan Ganesh estime que les démocraties occidentales ont un grave problème de personnel. Ce ne sont pas les électeurs qui préfèrent des troisièmes couteaux aux véritables hommes d’État disponibles, mais une classe politique qui peine à recruter : « (d)es personnes aptes, de tendance libérale ou modérée, [qui] ne sont pas assez nombreuses à se lancer en politique ».

L’auteur de la tribune a en tête la succession de Boris Johnson en tant que Premier ministre du Royaume-Uni. Il est facile pour nous de voir que le problème se pose aussi après la réélection mouvementée d’Emmanuel Macron.

Une fois à l’Élysée, M. Macron a mis beaucoup de temps pour former son nouveau gouvernement et  choisir un Premier ministre : parce qu’il y avait peu de compétition pour rejoindre l’équipe présidentielle, il a fallu se contenter des fidèles et des ressources disponibles. Élisabeth Borne n’était pas le premier choix d’Emmanuel Macron, mais il n’y avait pas mieux disponible pour une position aussi délicate.

 

Qui veut faire de la politique aujourd’hui ?

L’auteur donne deux explications, assez classiques, à cette crise de recrutement.

La première repose sur l’écart des grilles de salaire entre l’engagement public et les carrières privées à compétences équivalentes.

La seconde sur l’exposition publique du personnel élu : « La presse a gardé les secrets de John F. Kennedy, et ceux de François Mitterrand. Même si elle était aussi encline à le faire aujourd’hui, un citoyen doté d’un téléphone avec appareil photo et d’un compte Twitter n’a pas besoin de l’être. »

En offrant des carrières plus discrètes et mieux rémunérées, le secteur privé attire les personnes les plus compétentes et érode discrètement les institutions qui assurent le bon fonctionnement du système capitaliste, assure M. Ganesh : « Peut-être que le libéralisme est simplement à court de grands hommes et de grandes femmes. » C’est possible, mais quelle alternative proposer ?

La question de la fuite des talents en politique n’est pas nouvelle, puisqu’Hayek déplorait déjà que la démocratie attirait les plus médiocres, mais elle s’est aggravée ces dernières décennies. Ajoutons que le manque se fait cruellement sentir à une époque particulièrement agitée, entre retour de l’inflation, guerre en Ukraine et alarmisme climatique.

Il existe trois pistes de réflexion à explorer pour répondre à cette véritable crise de l’offre politique, la première social-démocrate, la seconde socialiste et la troisième libérale.

 

Trois pistes politiques possibles

La première piste consiste à aligner les salaires et les carrières du Politique sur ceux du privé.

Cela suppose d’augmenter substantiellement le coût de la démocratie afin de réorienter vers le public une partie des individus susceptibles de s’engager dans le privé. Non seulement le coût de la politique exploserait car il semble difficile de pouvoir s’aligner sur l’offre des plus grandes entreprises ou des plus grands cabinets de conseil aujourd’hui, mais cela ne garantirait en rien une amélioration de ses fonctions essentielles de représentation et de redistribution. Au contraire, la coupure entre le peuple et ses élites politiques s’élargirait, et l’accaparement des ressources par l’État et ses clientèles ne feraient que s’accroître.

La seconde piste consisterait à plafonner les salaires du privé pour décourager les plus aptes à se tourner vers des postes plus lucratifs que ceux proposés par l’État.

Il s’agirait en fait d’étendre la politisation de la société au-delà du cercle du gouvernement représentatif, et de planifier les carrières pour les créer non pas en fonction du marché, mais des intérêts de l’État lui-même.

En plus du coût et du dirigisme politique aussi présents dans une moindre mesure dans la solution sociale-démocrate, réapparaîtrait alors le problème classique de la mauvaise allocation des ressources dans un système où les signaux, c’est-à-dire les prix fixés par la rencontre de l’offre et de la demande, seraient éliminés du tableau. Les personnes les plus performantes dans leur secteur d’activité seraient obligées de se tourner vers des carrières où leurs talents ne seraient pas pleinement exploités, ou iraient les proposer ailleurs dans le monde.

La troisième piste serait plutôt une solution libérale à un problème du libéralisme : limiter l’influence des majorités politiques sur la vie des individus en encadrant les démocraties par des constitutions économiques plus strictes, dans le sillage des réflexions de James Buchanan et de Gordon Tullock. Certaines institutions essentielles au bon fonctionnement du capitalisme démocratique devraient être préservées du marchandage démocratique.

En termes plus crus, en limitant certains biens et certains services à proposer sur le marché politique, il est possible de réduire la capacité de nuisance d’un personnel politique médiocre. Sanctuariser la propriété et la justice par le droit hors « législation » mettrait au second plan les problèmes liés à la professionnalisation de la vie politique démocratique. Nos politiciens ne seraient sans doute pas bien meilleurs, mais nos vies seraient mieux protégées de leurs erreurs et de leurs bêtises.

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  • Votre troisième piste suppose, pour la rendre électoralement acceptable, un gros travail d’éducation qui demandera certainement au moins une génération ou deux. On vit quand même dans un pays où quel que soit le problème, le réflexe est de demander l’intervention du gouvernement. L’essence est trop chère? Monsieur Macron, faites quelque chose! Ma maison est mal isolée? Monsieur Macron, faites quelque chose! On pourrait continuer ainsi des heures.

    Une quatrième piste serait d’abandonner le suffrage universel, et de conditionner le vote à un critère soit de revenu (paiement de l’impôt), soit d’éducation (réussite d’un examen sur le fonctionnement des institutions). Là aussi, cette solution entraînera avec elle son lot de problèmes, il n’y a pas de miracles. La solution de conditionner le vote au paiement de l’impôt aurait toutefois l’avantage de responsabiliser un peu les gens, car c’est trop facile de voter pour des candidats qui promettent plus de dépenses, lorsque ces dépenses sont financées par les impôts des autres.

    10
    • « L’essence est trop chère? Monsieur Macron, faites quelque chose! »
      En l’occurence ce réflexe suit une logique : 60% du coût étant lié aux taxes.
      Si ce n’était pas le cas on pourrait parler de marché : en la matière la distorsion du marché est énorme.
      Pour la maison c’est bien au propriétaire d’être maitre chez lui. S’il l’occupe c’est le prix, non faussé, du marché de l’énergie qui doit rentabiliser l’investissement et s’il la loue il faut que la liberté du loyer permette également d’amortir l’investissement car les économies seront réalisées par le locataire.

      • « Pour la maison c’est bien au propriétaire d’être maitre chez lui. »

        On est bien d’accord, mais allez expliquer ça à des gens drogués à la subvention. Pas plus tard que la semaine dernière, ma voisine se plaignait de devoir refaire son toit, et de n’avoir droit à aucune aide. J’ai fait un gros effort pour rester poli, mais j’avais bien envie de lui répondre « Ma cocotte, si c’est trop cher pour toi ici, tu n’a qu’à aller habiter ailleurs ». Bref, le type qui promettra d’abolir toutes les aides aux travaux privés aura mon vote, c’est sûr, mais il n’est pas près d’être élu pour autant.

      • Le réflexe ne suit aucune logique, d’ailleurs les mesures ne consistent jamais à baisser les taxes. Il s’agit d’un problème de compétence élémentaire à la base, de citoyens qui s’imaginent que l’univers obéit aux diktats des dirigeants et non à des implications logiques. L’immense majorité des citoyens ne réclame que d’autres diktats qui correspondent mieux à leur « morale » et ont une peur bleue de laisser jouer la logique des implications. Hors de question pour eux de baisser les taxes, ce qui favoriserait les riches aux grosses voitures, ou de virer les squatteurs quand le propriétaire peut se loger ailleurs.

  • « La première piste consiste à aligner les salaires et les carrières du Politique sur ceux du privé. »
    Oui, bien sûr, mais alors aligner aussi la prise de risque, l’évaluation des compétences du candidat par rapport au poste visé, la responsabilité des mauvaises décisions, l’emploi non garanti à vie, l’obligation de résultats et éventuellement la sanction en cas d’échec, tous ces petits inconvénients des carrières dans le privé dont les politiques sont exonérés d’office! Pas sûr que cet « alignement » attire beaucoup des candidats actuels!

  • « La seconde piste consisterait à plafonner les salaires du privé pour décourager les plus aptes à se tourner vers des postes plus lucratifs que ceux proposés par l’État. »

    Pas très libérale cette « piste »! Et qui va décider du niveau du plafond?

  • aie… comme les élus veulent se mêler de tout, je pose l’ incompétence des élus comme inexorable..

    ce n’est pas leur compétence ou manque d’icelle qui est un sujet à discuter ..c’est leur champ d’action légitime..

    on vote pour des problèmes à trancher qui ne relèvent pas de « compétences »…

    on vote sur l’âge de la majorité sexuelle par exemple.. sur les règles de vie en communauté, l’ehure à la quelle il est interdit de faire du bruit;. ou le droit de se balader à poil.
    En somme, gérer le mal , les nuisances , sinon l’inconfort faits aux autres.. en n’oubliant pas que ces règles sont arbitraires et rencontrent à un moment ou un autre la limiter de l’absurde.. et qu’elles font une multitudes de petites entailles à la liberté individuelles..

    la démocratie est une tyrannie .. les démocraties libérales ont atteint une telle multitude de régulations epsilonesques que d »aucuns peuvent clamer que « on est plus libre sous poutine »..

    il y a une grande différence…le problème en france c’est la majorité qui est délibérément tyrannique..
    les gens ont admis des idées absurdes..

    • Un certain nombre d’études (je n’ai pas les références sous la main) ont montré que les gens étaient bien plus libéraux « pour la réalité » que dans le « débat d’idées ». Ils pensent qu’il « faut un État fort pour contraindre les gens à être solidaires » in abstracto mais trouvent quand on leur propose une loi précise sur ce sujet que c’est « de l’infantilisation et se mêler de ce qui ne les regarde pas »…

      Le problème fondamental c’est que le réflexe, dans la vie quotidienne est plutôt libéral mais que l’idée consciente ne s’est pas formée naturellement mais a été imposée par les médias et par l’enseignement. Les gens admettant sans filtre de pensée critique ce que les « grands médias », les « profs » et « les politiciens » (du bon camp respectivement) disent, ils sont très anti-libéraux dans les « idées » puisque ces gens sont (par construction ou presque) anti-libéraux !

  • Une très grande partie de nos politiciens ont fait des études dans les IEP !
    Quand on voit le niveau, l’endoctrinement woke actuel, l’écriture incluse qui y règne, l’absence complète de tout niveau scientifique demandé pour y rentrer et d’acquisition scientifique (au singulier car c’est le zéro pointé) pendant les études ne pas s’étonner que la simple LOGIQUE soit totalement absente de ces cerveaux !
    Les IEP sont à éliminer encore plus sûrement que l’ENA.

    10
  • Oui mais a qui la faute?
    En démocratie c’est le peuple qui choisit son dirigeant, et par conséquent il doit avoir les compétences pour le faire. Cela veut dire un système éducatif et des medias qui apprends aux habitants à avoir un sens critique, et des valeurs familiales qui apprennent l’honnêteté et le sens du bien commun.

    • Le peuple ne choisit rien du tout. Pas plus qu’il n’élimine ceux qu’il reconnaît pourtant incompétents. Mais serait-il éduqué et correctement informé que ça changerait quelque chose ? On pourrait certes essayer, mais ça ne suffirait sans doute pas. Il faudrait sans doute aussi une tradition de suicide rituel chez les dirigeants qui échouent, et de respect unanime envers ceux qui se comporteraient loyalement et honnêtement. On en reste loin.

  • Indépendamment des salaires, les personnes compétentes ne sont pas idiotes et n’ont pas envie d’aller se bruler les ailes dans un système alambiqué, inefficace. (sauf à avoir un égo démesuré et pourtant certain y vont…).

    • (sauf à avoir un égo démesuré et pourtant certain y vont…).
      0Oui, les plus médiocres qui ne trouveraient aucun emploi pérenne de leurs incompétences ailleurs!

  • Hors périodes dramatiques,le peuple ne peut élire que des médiocres.
    A la dernière élection présidentielle ZEMMOUR n’avait aucune chance.

  • Une grosse part de notre personnel politique est, hélas, formé de gens brillants intellectuellement, certains ont même connu des carrières de haut niveau dans le privé. Le problème est qu’ils sont très conscients de leur « supériorité » et remplis d’idés préconçues. Se pensant au dessus de « la masse » ils pensent qu’il faut qu’ils la régissent sinon, vous comprenez, « ces pauvres gens mal informés risqueraient de dépenser leur argent pour se distraire au foot plutôt qu’au musée d’art contemporain, qui est pourtant bien mieux pour eux…  »

    Ce qu’il manque ce n’est pas de la compétence, mais de l’humilité, c’est de reconnaître que l’on sait fort peu de choses et que la meilleure façon d’en découvrir de nouvelles c’est la sérendipité et l’interaction libre d’un grand nombre de gens cherchant (à leur façon) leur propre intérêt. Je vois tous les jours à quel point il est difficile pour un docteur, diplômée de grande école, largement publiée dans les revues les plus prestigieuses, d’admettre que des gens « moins brillants » qu’elle puissent avoir raison et savoir mieux qu’elle ce qui est bon pour eux. Et pire encore d’accepter que si chacun essaye librement de se débrouiller pour avoir ce qui est le mieux pour lui, alors on aura un « optimum social »… La grandeur de Pareto, Mises, Arrow ou Hayek c’est d’avoir été assez humbles pour admettre que la seule définition du « bien commun » qui tienne c’est « truc que les gens trouvent bien » !

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