L’introuvable « choc de simplification »

Publié Par Michel de Poncins, le dans Politique

Comme ses prédécesseurs, François Hollande a formulé le vœu pieux de libérer la France du carcan bureaucratique.

Par Michel de Poncins.

Le président très provisoirement en place vient à plusieurs reprises d’adopter un langage guerrier. C’est peut-être le costume inattendu de chef des armées qui lui donne des ailes. Sur un mode incantatoire il parle d’offensive ; ses courtisans exaltés par l’orchestre médiatique célèbrent l’événement comme un tournant majeur du quinquennat.

Le choc de simplification en fait signifie une lutte victorieuse contre les usines à gaz. Les vraies usines à gaz produisent du gaz et le gèrent. Les usines à gaz politico-aministratives viennent de l’espoir fou de créer de la richesse alors qu’elles la détruisent par leur propre complexité. Les tuyauteries sont tellement enchevêtrées que l’argent est avalé par la « bourreaucratie ».

Elles ruinent la France de deux façons. Elles gangrènent les entreprises. Annonçant l’offensive, qu’il ne mènera pas, le chef de guerre a parlé de 60 milliards d’euros à récupérer. C’est une parole pour rire. Une seule certitude : tout allègement de statistiques, de formalités, de normes, de réglementations diminue le boulet que les pouvoirs successifs ont imposé aux entreprises dans la compétition mondiale. La deuxième ligne de front se situe dans les budgets publics formidablement lourds par la complexité et générant les impôts meurtriers que nous évoquons régulièrement.

Une histoire peu encourageante

Giscard en 1978 voulait libérer la France du carcan administratif. Mitterrand fit la guerre à son tour et fustigea le cancer bureaucratique en essayant sans succès de supprimer les textes et les organismes inutiles. Sarko pour faire la guerre avait organisé une parlotte : les assises internationales de la simplification. Il y a 400 000 normes et 668 commissions interministérielles qu’il prétendait réduire. Il a selon la tradition républicaine aggravé le mal. Hollande a commandé neuf audits sur les politiques publiques, ce qui est une bonne façon de repasser la patate chaude à plus tard. 101 commissions vont être supprimées ; bravo si on y arrive malgré les résistances ; ce sera un petit pas.

Quelles sont les causes ?

La cause principale est l’avidité du personnel politique, s’exprimant par le carriérisme politique. Ce point étant connu, cherchons d’autres aspects directement liés à la complexité.

D’abord le nombre de ministres : 40 avec des sous-sous-ministres, secrétaires d’État, etc. Hollande a amplifié la dérive en sacrifiant à la ridicule chimère de la parité. Chaque titulaire pour marquer son passage crache ses lois avec décret-lois, circulaires, contentieux, etc. Nombreuses sont ces lois contradictoires ou inapplicables. Les organismes inutiles comme la Banque Publique d’Investissement ou BPI foisonnent : statistiques, lenteurs, formalités. Les agences indépendantes sont au nombre de 1244 ! Déluge similaire avec chacune ses statistiques. Les subventions ruinent la France par les impôts nécessaires et ouvrent un véritable parcours du combattant aux candidats potentiels.

La connaissance des causes montre le chemin à parcourir pour enfin faire reculer les usines à gaz qui étouffent le pays : sabrer dans les ministères, les organismes, les agences, les impôts. Ce serait des bouffées d’oxygène pour les entreprises seules créatrices de richesses.

Il faut évidemment une volonté politique. Si elle tarde à se manifester, le pire est à craindre.


Lire aussi : Où est passé le choc de simplification ?

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  1. Même si cette « volonté » était mise en oeuvre, cela n’apporterait jamais le bol d’air nécessaire au pays. En effet, il ne se passe pas une semaine sans qu’une nouvelle entité publique, lois, réglementation ou norme soit créée. Les supprimer à ce rythme ne ferait donc que maintenir le statu-quo. La destruction étant beaucoup plus difficile que la création car allant à l’encontre de la volonté des corps intermédiaire, il est illusoire de penser que le rythme de nettoyage puisse être aussi élevé. C’est pour cela que toutes ces tentatives finissent comme des fleuves dans le désert à se perdre dans les sables …

  2. La bureaucratie est comme un gaz : elle occupe tout l’espace qu’on lui donne.
    Le seul moyen de faire régresser la bureaucratie est de diminuer le nombre de fonctionnaires.
    L’Etat se concentre sur ses missions régaliennes et laisse le reste au privé.
    Autant dire que cela n’arrivera pas avec Hollande, ni même avec l’UMP.

    Cela ne pourra se faire que par la force des choses. Un petit krach obligataire et notre système s’écroule.

    1. +1
      Et la suppression, de tout ce qu’à fait Sarkozy, bon ou mauvais, par principe revanchard et idéologique, quitte à refiare la même chose avec un nouveau nom un an plus tard (pex.TVA social = CICE + hausse TVA)

      1. Je pense que si c’était réalisable, ils feraient comme les pharaons qui effaçaient aux burins le nom de leur prédécesseur de tous les monuments …

  3. Paradoxe hexagonal : la France est le pays qui se roule dans les règles et le flicage de toute la vie économique, emm… tout le monde, et n’arrive à contrôler ni son budget, ni ses paramètres essentiels.

  4. ‘Il faut évidemment une volonté politique.’

    Pourquoi attendre des hommes politiques qu’ils agissent directement contre leur propres intérets? Ca n’a pas de sens.

  5. Faut pas Rêver ! Le Millefeuille, c’est leur drogue dure, vous enlevez cela aux oligarques politiciens, syndicalistes, fonctionnaires et patrons de presse de masse, il meurent ! Oserions-nous les inciter à un suicide collectif ?

  6. Ca y est ! Enfin le gouvernement a dévoilé son « choc de simplification » ce 17 juillet. Parmi les mesures phares, certaines vont tout d’abord permettre aux particuliers comme aux entreprises de faire ses démarches directement sur internet. Et bien je pense que ce n’est pas trop tôt, moi qui suis dans le milieu de l’informatique après avoir monté une startup l’an dernier, j’ai été navré de constaté à quel point, du point de vue administratif, notre pays était à la traîne. Et d’autre part, il y a des mesures qui permettront d’être mieux suivi et aidé lorsqu’une entreprise est en difficulté. Allez continuons dans cette voix et peut-être que M. Hollande sera à la hauteur des espérances des français…