Croire en Dieu rend-il crétin ?

Croire en Dieu

Peut-on croire encore en Dieu dans un monde aussi éclairé que le nôtre ?

Peut-on croire encore en Dieu dans un monde aussi éclairé que le nôtre ?

Par Jean-Baptiste Noé.

Deux accroches : le titre tiré de la chanson de Polnareff, et le bandeau qui pose la question : « Croire en Dieu rend-il crétin ? » Où est donc ce paradis et peut-on croire encore en Dieu dans un monde aussi éclairé que le nôtre ?

En une centaine de pages, écrites de façon claire et enlevée, l’auteur, professeur de philosophie, dresse un rapide état de la place de Dieu dans la philosophie : la raison a progressivement remplacé l’explication théologique du monde. Les premiers philosophes grecs ont marginalisé Dieu, la philosophie moderne et contemporaine l’a évincé, depuis les Lumières jusqu’à Nietzsche, Marx et Freud, en offrant d’autres conceptions du paradis que celle de la religion. Le paradis n’est-il finalement pas réalisé sur terre avec la civilisation marchande qui s’emploie à satisfaire tous les besoins après les avoir suscités ?

Dieu expire est le titre de cette première partie ; Dieu respire, titre de la seconde, explore les manifestations de la permanence du religieux dans une société qui semble pourtant lui tourner le dos : la Révolution française comme la révolution bolchevique n’ont pas éteint le christianisme ; Dieu reste présent dans les institutions de la plupart des pays comme sur la monnaie internationale. Les questions d’éthique – avortement, euthanasie, divorce, mariage homosexuel – occupent les sociétés qui doivent compter sur les éclairages des religions, dont l’auteur mentionne les convergences et les divergences sur ces grands sujets. Un détour par Kant lui permet d’introduire comment sa philosophie en interdisant la connaissance en soi de la réalité, n’empêche pas de penser cette réalité dans sa globalité, dégageant tout l’espace nécessaire à la croyance. Kant encore est invoqué dans l’observation de la démarche scientifique, qui est animée par l’idée de vérité unificatrice à découvrir.

Dieu inspire, troisième et dernier chapitre, offre une réflexion sur les formes de la prière, son besoin vital, et ouvre sur la place de la mystique dans les différentes religions.

Ce petit livre, d’une lecture très salutaire, offre avec simplicité, humour souvent et pertinence des pistes de réflexion. Il s’adresse à tout public. Ce doit être un bonheur pour ses élèves que d’avoir un tel professeur. Restant dans le domaine de la philosophie, mentionnant les apports des grandes religions, il peut être entendu par toute sorte de personnes, croyantes ou non. Il n’empêche que son propos invite à la démarche de foi : clairement, croire en Dieu ne rend pas crétin, mais donne accès à une vie supérieure à celle de la seule raison. Les religions sont convoquées à titre égal, Kant se taille une place de choix, et il reste bien des choses à dire. Mais c’est une entrée en matière stimulante, pédagogique, à recommander vivement.

• Emmanuel Jaffelin, On ira tous au paradis, Flammarion, 2013, 128 pages.


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