La lutte contre l’esclavage demande moins de CRAN

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Le CRAN demande réparation à la CDC pour avoir financièrement tiré profit de l’esclavage. Mais qui offrira réparation aux esclaves d’aujourd’hui ?

Le CRAN demande réparation à la CDC pour avoir financièrement tiré profit de l’esclavage. Mais qui offrira réparation aux esclaves d’aujourd’hui ?

Par Baptiste Créteur.

Le CRAN, Conseil Représentatif des Associations Noires, a demandé réparation financière à la CDC, qui aurait bénéficié de l’esclavage en « empochant les sommes versées par Haïti en contrepartie de son indépendance ».

Lors des débats sur l’abolition de l’esclavage, les gouvernements des pays esclavagistes demandaient en effet des compensations pour les bénéficiaires de l’esclavage – principalement pour des raisons politiques, c’est-à-dire pour rendre l’abolition de l’esclavage « acceptable » – alors que le bon sens voudrait (et les libéraux, déjà, demandaient) que soient indemnisés non les esclavagistes, mais les esclaves.

Pour un libéral, la propriété privée est inaliénable, et la première d’entre elle est la propriété de chaque individu sur lui-même. Ce qui est aujourd’hui une évidence ne l’était apparemment pas à l’époque, mais quelle que soit sa couleur, sa religion ou son sexe, tout individu est propriétaire de lui-même, de son propre corps et des fruits de son travail.

Quand le CRAN demande réparation, il n’a donc pas complétement tort. Les esclaves auraient dû être indemnisés, bien que le mot soit faible ; il est impossible d’estimer la valeur du consentement d’un individu, et, dans la même logique, on ne peut pas « indemniser » une victime de viol. En revanche, demander réparation aujourd’hui revient à faire payer l’État – donc, les contribuables français.

Or, dans quelle mesure les contribuables français sont-ils responsables de l’esclavage ? À titre personnel, je ne suis responsable ni de la colonisation, ni de l’esclavage, ni des nombreuses folies décidées par des gouvernements à travers l’histoire, quand bien même ils l’auraient fait en mon nom ; la responsabilité collective n’existe pas, encore moins sur plusieurs générations. Donc, chers amis du CRAN, je trouve votre demande illégitime : non pas parce que les esclaves ne devraient pas être indemnisés, mais parce que vous demandez réparation aux mauvaises personnes.

Ceux qui devraient indemniser les esclaves, ce ne sont pas les contribuables français qui, à titre collectif, ne doivent rien aux esclaves – le titre collectif n’existant pas – et, à titre individuel, sont rares à leur devoir quoi que ce soit. Si vous parvenez à identifier des descendants d’esclaves et les descendants de leurs propriétaires, vous pourrez légitimement demander réparation.

Mais, si vous êtes sensibles à la question de l’esclavage, et qu’on considère un esclave comme un individu privé de tout ou partie des fruits de son travail, alors vous avez sans doute un combat plus ample à mener : les contribuables, aujourd’hui, sont privés d’une partie considérable des fruits de leur travail. Les prélèvements de l’État représentent près de la moitié du PIB, donc de la richesse créée par les individus (bien que le PIB en soit un mauvais indicateur).

Les contribuables créent de la richesse, et la moitié de celle-ci est prélevée par l’État. Ils sont donc, si on s’en tient à la définition donnée plus haut, des esclaves [1]. Les fruits de leur travail dont ils ne peuvent pas jouir servent à financer le train de vie de l’État, de madame Trierweiller et de tous les Français auxquels l’État offre des garanties économiques.

Dans la mesure où les choses dont l’homme a besoin pour survivre doivent être produites, et où la nature ne garantit le succès d’aucune entreprise humaine, il n’y a pas et il ne peut pas y avoir de garantie d’une sécurité économique. L’employeur qui vous donne un emploi n’a aucune garantie que son entreprise va rester en activité, que ses clients vont continuer à acheter ses produits ou services. Les clients n’ont aucune garantie qu’ils auront toujours la capacité et l’envie d’échanger avec lui, aucune garantie de ce que leur besoins, choix et revenus seront dans le futur. Si vous vous retirez dans une ferme autonome, vous n’avez aucune garantie vous protégeant des conséquences d’une inondation ou d’un ouragan sur vos terres et vos cultures. Si vous laissez tout aux mains du gouvernement et lui donnez tout pouvoir pour planifier l’économie dans son ensemble, cela ne garantira aucunement votre sécurité économique, mais garantira l’abaissement de la nation entière à un niveau de pauvreté misérable – le résultat pratique que toutes les économies totalitaires, communistes ou fascistes, ont démontré.

Moralement, la promesse d’un impossible « droit » à la stabilité économique est une infâme tentative d’abrogation du concept de droits. Elle ne peut signifier et ne signifie qu’une seule chose : la promesse de réduire en esclavage tous les hommes qui produisent au bénéfice de ceux qui ne travaillent pas. « Si certains hommes ont le droit de bénéficier des fruits du travail des autres, cela signifie que ces autres sont privés de droits et condamnés à travailler en esclaves. »* Il ne peut y avoir de droit de réduire en esclavage, i.e. de droit de détruire les droits.

Ayn Rand, « The Ayn Rand Letter » ; *Ayn Rand, « Capitalism: The Unknown Ideal ».

Je vous encourage donc, chers membres du Conseil Représentatif des Associations Noires, à lutter contre l’esclavage aujourd’hui. Il semble désormais admis en France que la traite des noirs était une abomination ; mais que les citoyens sont esclaves de l’État est bien moins compris, et la condition d’esclave prévaudra tant que l’individu sera considéré comme le gardien de son frère plutôt que comme son égal.

Luttons ensemble pour libérer l’homme de ses chaînes. Défendons ensemble les idéaux de liberté. Combattons l’esclavage. Mais avant cela, essayons d’être crédibles. Contrepoints ne reçoit aucune subvention et n’en recevra jamais ; si vous prétendez défendre la liberté, chers amis du CRAN, renoncez-y également. Sinon, vous ne ferez que perpétuer l’esclavage dont vous prétendez défendre la mémoire.

  1. Bien que la définition donnée semble difficilement contestable, on pourrait en donner une autre : « Individu soumis à un pouvoir arbitraire ». La condition d’esclave serait alors autrement plus répandue.