L’UDI, un parti politique libéral ou pas ?

Alors que le PLD rejoint l’UDI, il est intéressant de se demander si l’UDI a au moins une (petite) dimension libérale.

Alors que le PLD rejoint l’UDI, il est intéressant de se demander si l’UDI a au moins une (petite) dimension libérale.

Par Philippe Robert.

Dans la France contemporaine, les cartes sont en passe d’être rebattues quasiment en repartant de zéro. Un aggiornamento forcé qui doit plus particulièrement concerner la sphère politique où une majorité d’élus, ainsi placés aux avant-postes de l’Etat, ne nous paraissent plus dignes de représenter le peuple souverain.

Aussi la question de confiance à 75% d’1 million d’euros est-elle désormais posée : quelles voies de salut les Français vont-ils devoir découvrir et suivre pour tenter, pendant qu’il en est encore temps, de redresser la barre du bateau France en perdition que son capitaine inapte à naviguer se montre incapable de manœuvrer ?

A droite de l’échiquier politique, l’opposition repliée sur elle-même ne cesse d’envoyer des signaux contradictoires du genre “retenez-moi ou je fais un malheur !” dénués de toute vertu politique; on imagine sans peine ce que les Français au trente-sixième dessous peuvent alors bien penser d’un tel spectacle vaudevillesque !

L’histoire que je vais maintenant vous conter me paraît des plus symptomatiques de cette impuissance à concevoir un vrai projet pour la France susceptible, à l’aide d’un argumentaire solidement étayé et accessible à tous, de rendre espoir au peuple français plus que jamais demandeur d’une solution durable.

A la suite d’une forte divergence de vue, le Parti libéral démocrate (PLD) est créé et prend son envol en septembre 2008. Ce jeune parti n’a pour seul viatique que les cotisations et les dons de ceux des Français qui, déjà, sont convaincus que la dernière chance de la France réside dans la mise en place d’une politique libérale.

En France, le libéralisme est tellement frappé d’ostracisme qu’il est quasiment impossible d’en parler sans se faire taxer d’affreux ultra-libéral suceur du sang du prolétariat. C’est pourquoi Aurélien Véron, jeune président du PLD, a accepté de rejoindre l’UDI dans l’espoir de sortir du néant :

Aurélien Véron : “Ce n’est un hasard si Jean-Louis Borloo a sollicité le PLD pour rejoindre l’UDI fin 2012. Nous avons accepté sa proposition pour accélérer le développement de notre parti dans un jeu politique très verrouillé”. Dont acte.

En conséquence de quoi, le 8 avril 2013, le message suivant (extraits) est adressé personnellement par e-mail à tous les adhérents issus des anciennes formations concernées dès lors converties en nouveaux partis frères au sein de l’UDI :

“Plusieurs formations politiques[1] ont décidé de conjuguer leurs forces et de s’engager au sein de l’UDI (…) Cette adhésion vous octroie automatiquement le statut d’adhérent à l’UDI, votre carte d’adhérent vous sera adressée prochainement, sauf avis contraire de votre part”.

Précisément, j’ai grand besoin de réfléchir…

Et justement, le 6 mai 2013 (ce qui n’est pas innocent), l’UDI publie son programme “républicain de redressement national” décliné en dix mesures “vitales, urgentes et indispensables” pour sortir le pays de la crise. Le fol espoir de découvrir un vrai programme de gouvernement, peut-être même (un peu) libéral, s’empare de tout mon être.

Je lis donc fébrilement les dix points parmi lesquels, ne soyons pas sectaires, il est quand même possible de découvrir, ici ou là, quelques mesures de bon sens mais aussi sans grande ambition politique tant le but recherché, me semble-t-il, est avant tout de rassembler le plus largement possible en vue de susciter le consensus.

En revanche, la déception est grande, mais certainement pas inattendue, de découvrir des propositions dignes de l’UMP (et du PS) qui se partagent le terrain (miné) depuis des décennies avec le succès que l’on sait. Dans les domaines les plus sensibles du retard français, voici donc ce que propose l’UDI (en résumé) :

Sur un plan général (point 1) : “Relancer la croissance : 5 mesures urgentes pour la compétitivité et l’emploi. Un choc de compétitivité; Une relance massive de l’activité en France et en Europe; Une relance du bâtiment, secteur par excellence créateur d’emplois; La nécessité de grands travaux; Les services à la personne, un secteur à relancer”. Pour le détail de ces propositions et lire le texte intégral, voir à l’adresse suivante : www.parti-udi.fr.

En matière de fiscalité (point 5), “Un engagement à ne pas augmenter les prélèvements obligatoires tant sur les ménages que sur les entreprises d’ici 2017, tout en diminuant les dépenses publiques”. C’est un peu court, jeune homme !

En matière de retraite (point 6), “Des débats de fond auront inévitablement lieu avec les partenaires sociaux et la Nation toute entière, la confrontation des idées sera forte. Mais d’ores et déjà, anticiper de deux ans l’application de la loi de 2010 modifiée en 2012. Et après, on recommence ?

S’agissant des dépenses publiques (point 7) : “Nos services publics améliorent leur productivité d’au moins 1% par an. Dans ces conditions, une très légère diminution de 0,2% des personnels par an pendant 10 ans. A charge pour chaque gouvernement de l’appliquer en fonction de ses priorités; baisse des dépenses publiques de dix milliards d’euros par an”.

A propos de l’Europe (point 9), l’UDI fait son Cameron : “La définition d’une position commune de toutes les forces politiques adressée à nos partenaires européens est possible sur certains points : L’union bancaire et la régulation; La lutte contre les paradis fiscaux; La confirmation de la position française de réduction de ses déficits mais à un rythme moins élevé etc; La possibilité pour la Banque centrale européenne (BCE) de prêter directement aux Etats etc.; La mise en place élargie et approfondie de la taxe sur les transactions financières etc.; la mise en place de la taxe carbone aux frontières de l’Europe etc. etc.”

“Nous, membres de l’UDI, qui avons notamment pour philosophie d’être une opposition déterminée mais constructive, avons la conviction qu’il n’y aura ni vainqueur ni vaincu, mais que les seuls gagnants en seront les Français. Un accord même limité serait un vrai signal pour nos compatriotes”.

Pour ma part et avec la plus grande humilité, je n’aurai garde de jamais oublier la fameuse invocation de Jacques Rueff que, pourtant, nous ne cessons coupablement de transgresser au grand dam du peuple français : “Soyez libéraux, soyez socialistes, mais ne soyez pas menteurs” (L’ordre social, 1945).

  1. Le Parti radical, le Nouveau Centre, Force Européenne Démocrate, la Convention démocrate, l’Alliance centriste, la Gauche Moderne, le CNIP, le Parti Libéral Démocrate.