L’Allemagne qui réussit a-t-elle des leçons à recevoir de la France qui échoue ?

Après les critiques maladroites du parti socialiste, les relations franco-allemandes sont au plus mal. Les Français sont-ils vraiment en position de faire la leçon aux Allemands ?

Après les critiques maladroites du parti socialiste, les relations franco-allemandes sont au plus mal. Les Français sont-ils vraiment en position de faire la leçon aux Allemands ?

Par Fang Shuo, depuis la Chine.

L’Allemagne est un grand pays : grand pays de culture, grand pays industriel, grand pays démocratique.

Au XXième siècle, les Allemands ont commis une faute collective parmi les plus graves de l’Histoire. Mais les Français de cette époque ne sont pas sans taches. Après la guerre, l’Allemagne toute entière s’est profondément remise en question, dans une attitude humble qui dure encore aujourd’hui. Elle a enduré le désarmement, l’occupation, et une amputation déchirante. Mais elle ne s’est pas plaint, car elle avait honte – une honte juste – du crime commis.

Malgré sa honte, elle a enseigné à ses enfants le nom de son crime, elle leur avoué ses fautes, et elle s’est efforcée de continuer à vivre, dans le sérieux, la rigueur, le travail, et la justice. Visitez l’Allemagne d’aujourd’hui : c’est un pays prospère où les gens vivent heureux, avec un fort sens des responsabilités. C’est un pays moderne, raisonnable, et responsable.

La France, après la guerre, s’est assise sans gêne à la table des vainqueurs

Il est vrai que grâce à l’honnêteté sans faille du général De Gaulle et au courage d’un tout petit nombre, elle y avait un droit.

Mais elle n’a jamais fait un travail équivalent, cette remise en question nécessaire, ce mea culpa qui permet de comprendre et de dépasser les fautes. De grandir en tirant certaines leçons. Et ce malgré Munich, malgré Vichy, malgré la collaboration volontaire avec un régime inhumain, malgré la déportation. Malgré aussi tout ce qui avait précédé la guerre, et qui l’avait soit permise soit causée. Ce mot de Daladier, par exemple, au retour de Munich, et qui reste si populaire chez ceux qui jugent le peuple : les « cons ».

Aujourd’hui il y a chez nous un mythe tenace

Nous, les Français, nous considérons volontiers comme les détenteurs du bon droit, ceux qui apportent à l’Humanité progrès, justice et liberté. Mais qu’y a-t-il d’autre derrière ces expressions d’un « modèle français », d’une « exception culturelle française », sinon une incroyable prétention ?

Notre modèle social ? Il est injuste et en faillite. Et l’exception, c’est surtout notre goût démesuré des privilèges, notre refus constant des règles communes, notre recherche permanente des régimes spéciaux, dérogations, et autres combines désirées par chacun pour s’affranchir de la loi qui n’est bonne que pour les autres. Combien de tristes exemples de ce genre nous viennent à l’esprit, jusque chez ceux qui gouvernent ce pays ?

Ce mythe est donc à la fois faux et injuste

La France aussi a commis des infamies, nous le savons tous, mais surtout il y a trop longtemps que la France a négligé de se rénover, de se remettre en question. La France n’est pas meilleure que les autres. Et il serait temps que les Français en prennent conscience car cela les empêche de grandir, de devenir les adultes dont l’Europe a besoin, aux côtés de leurs cousins Allemands. Il est urgent de mettre fin à ce malentendu, urgent de reconnaître et de comprendre nos erreurs. Je ne demande pas une plaque de rue ni une larme du maire de Paris. Elles ont leur valeur : symbolique.

Je demande que nous nous interrogions avec lucidité sur ce que nous avons réellement apporté au monde depuis cinquante ans, et que nous abandonnions enfin ce ridicule complexe de supériorité vis-à-vis de l’Allemagne, et du monde en général.

Aujourd’hui le monde entier nous considère comme des donneurs de leçons. Cela me perce le cœur. Et pourtant reconnaissons-le : il a bien souvent raison. C’est un constat amer que font beaucoup d’entre nous à l’étranger : les Français ne sont pas aimés, et ils sont de moins en moins pris au sérieux.

Les attentes vis-à-vis de la France restent fortes

Mais l’écart avec la réalité est de plus en plus évident. Beaucoup pensent qu’elle a renoncé. À moi, cette idée m’est insupportable. Comme beaucoup en France et ailleurs, j’ai une haute idée de notre pays, et vis-à-vis de lui, vis-à-vis de nous-même, j’ai des exigences élevées : la France a un devoir à accomplir, elle a un rôle à tenir, et j’en suis convaincu, elle a quelque chose d’unique à apporter au monde.

À condition qu’elle s’amende et se réforme enfin vraiment et profondément. Non pas à la française, par d’interminables discours creux et tricolores. Mais, pour une fois, faisons cela à l’allemande, car l’Allemagne aussi a quelque chose à nous apprendre : le courage, la simplicité, et le redressement dans la justice. Elle en a l’expérience : elle l’a fait. En partant de la pire des situations. Et avec un succès éclatant. Mais sans orgueil mal placé pour autant.

Patriote, l’idée que la France renonce à son chemin de droiture, d’honnêteté, et de liberté m’est insupportable. Et il m’est insupportable de voir qu’un parti politique, par refus d’admettre ses propres faiblesses, attaque si violemment le dirigeant démocrate, plébiscité, et couronné d’un succès durable, d’un pays ami et, pour le dire clairement, du seul pays d’Europe qui aujourd’hui n’a rien à se reprocher.

Nous sommes une voix dans l’Histoire du monde, nous avons une responsabilité. Refusons qu’elle soit dénaturée par un parti politique irresponsable. Affirmons aux Allemands notre respect et notre amitié.


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